Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche


mercredi 26 septembre 2007


48 mois et un jour.

4 ans hier.
Rien à fêter.
Sauf que j'aimerai rajouter, un brin faraude : « même pas mal d'abord »
Mais défier la vie est vain.
Je crois que je préfère l'avaler.
A défaut de la digérer.




mardi 3 juillet 2007


Les mots qu'on garde (2)

Parfois je pleure et parfois je souris, lorsque je me souviens.

Il disait... avec un air grave ... qu'il avait beaucoup de chance car :
- je ne pouvais pas l'aimer pour son argent [— puisque j'en gagnais plus que lui ! ]
- je ne pouvais pas l'aimer pour son corps de rêve [— puisque qu'il pesait deux fois et demi mon poids ]
Alors lui au moins il avait la certitude que je l'aimais pour ce qu'il était vraiment et que tout le monde ne pouvait pas en dire autant ! A mais !

Il disait qu'il ne perdait pas ses cheveux... non... c'était ses fans qui lui arrachaient...

Il disait... Il disait...

Il y a des jours où ils me manquent tellement ses mots gorgés de rire...




vendredi 15 décembre 2006


Pourquoi t'es parti ?

statuette en argile. Qui pleure



mercredi 29 novembre 2006


Méandres, ergo.

Je n'ai jamais remis le compteur journalier à zéro.
Depuis plus de trois ans maintenant.
Pourquoi je ne sais pas vraiment.
Car je n'aime pas les collections de souvenirs. Ni les mausolées.

Et pourtant.

Sans même m'en apercevoir j'ai remis une photo de mon mari dans mon bureau.
Le cadre était posé à plat sur une étagère depuis mon déménagement.
Un jour, en passant, incidemment, je l'ai redressé.
Il restera ainsi désormais.

Cependant.

J'essaye toujours d'oublier — et non pas de me souvenir.
C'est plus facile ainsi.

Antienne tarquiniolesque :
Ne pas calibrer son présent à l'aune de son passé.
L'un et l'autre ne souffrent pas la comparaison.

Il est flagrant que l'une et l'autre de mes vies sont méconnaissables.
Il est flagrant que je ne ressemble plus que de très loin à celle qu'il aimait.

Néanmoins.
J'ai la certitude qu'il m'aimerait tout autant.
Il m'aimait tellement.
Précieuse certitude qui me réchauffe et me glace.
S'en souvenir me confine au passé.
Insondable perte.
Gouffre dans lequel je ne me noie que trop.

Alors cela je ne veux pas y penser.

Ordoncques.
Foncer. Cela peut faire illusion.
Mais bouffer la vie ne nourrit  pas son homme, loin de là.
Sauf que je n'ai pas trouvé d'autre solution...
C'est toujours mieux que de pleurer son passé !

Nonobstant.
Il faut que je me souvienne.
Sinon je vais me perdre.
Alors je remets la chaîne.
La sienne, celle où s'enchâssent nos alliances.

Qu'il est tortueux le chemin qui va du passé vers un éventuel futur...




vendredi 4 août 2006


Résurgence - La force et fardeau.

J'ai revu la nièce de Tarquin; la cousine des enfants.
Je sais pourquoi j'ai tant eu besoin de me couper d'eux et même d'elle.
C'est si douloureux ces vestiges de cette vie qui n'est plus.
Cela me saute à la gorge avec une force que je ne soupçonne plus et me terrasse à chaque fois.
Elle a raison. C'était un putain de mec mon mari.
Un de ceux dont tout le monde sait qu'ils étaient des êtres d'exception.
Pas facile pour tous les autres de tenir la route après lui...
Moi je ne préfère pas y penser.
Je sais trop bien que si je mesure sa gentillesse, sa droiture, sa sincérité et sa franchise avec toutes celles auxquelles je me suis frottée depuis, tout le monde sera perdant. Et moi la première d'avoir accepté de telles compromissions... Ce qui me tracasse le plus ce n'est pas de reproduire une relation que je savais unique, c'est d'arriver à conserver un minimum de respect pour ceux avec qui j'ai pu penser un instant partager un bout de chemin. Et pour l'instant, et en toute franchise, il me faut bien avouer que ce qui me saute le plus aux yeux c'est surtout la force de leur égoïsme étriqué... Je ne suis pas sortie de l'auberge...




samedi 22 juillet 2006


Radio et sanglots

France Musique ne passe pas aujourd'hui.
Alors juchée sur une échelle, je laisse se déverser une improbable radio locale.
Un morceau de Santana.
Et c'est la débandade.

Ça me prends à la gorge et ça me monte aux yeux.

Il n'y a aucun signe annonciateur.
Quelque soit mon moral ou mes projets, cela ne prévient pas.
Parfois c'est dans un taxi, tantôt sur un parking, souvent sur mon vélo, aujourd'hui sur une échelle.

Simplement cela me terrasse.
J'ai juste le temps d'enfouir la tête dans mes bras.
Et de pleurer à m'en étouffer.

Putain qu'il me manque.
C'est comme s'il était mort hier. 
Comme s'il pouvait encore m'offrir une moquerie comme on offre une fleur
Comme s'il pouvait encore partager ses rires pour mieux offrir sa tendresse.
Comme si je pouvais encore sentir son amour.

Presque trois ans.
A peine quelques jours.




jeudi 27 avril 2006


L'avenir doué de mémoire et d'émois besogneux

Je pourrais penser que plus le temps nous sépare, moins son absence est cuisante.
Au quotidien, c'est sans doute vrai.
Là où nous étions deux, c'est maintenant seule et sans le moindre embarras que je m'achemine vers un avenir incertain mais entier.
Même coincée à l'autre bout de la France dans un train au départ improbable, je sais dorénavant les numéros de téléphone qui mettront les tarquinets à l'abri des inopinées absences de leur mère courant d'air. Je sais désormais les coordonnées des garagistes ouverts nuit et weekend. Qu'il s'agisse d'une roue crevée ou d'une batterie à plat, je ne dérange même pas les voisins...
Je pars seule en vacances sans la crainte de n'être une charge pour quiconque. Et je ne me souviens pas même la dernière fois où j'ai demandé de l'aide à quelqu'un.
Certains voient dans cette indépendance acharnée une défiance d'autrui maladive, pour moi ce n'est simplement que l'indispensable modalité de ma liberté.
Cela ne signifie pas, loin de là, que par définition, je ne suis plus capable de partager mon existence. Je n'ai fait serment d'allégeance ni à la fidélité d'un défunt que j'aimais, ni à une indépendance qui serait si étroite qu'elle en deviendrait cloître. D'avoir su ne plus être terrifiée d'être seule, ne m'a pas convaincu de l'intérêt de le rester par principe. Et si même je l'imaginais, les tarquinets qui n'ont de cesse de vouloir "caser" leur mère et gagner un papa, seraient là pour secouer méchamment mes rêves d'obstinée solitude. Que voulez-vous, trois marmots hardis et déterminés et deux ans de psy cela vous ouvre les yeux sur ce que le mot deuil signifie... Et il vaut mieux en rire avec eux qu'en pleurer parce que des larmes j'en ai versées bien assez. Sauf que si tout cela aligné sur le papier en lignes rectilignes et pensées démontre incontestablement que certes la vie continue, si je suis la première à me gausser de n'avoir aucune crainte à me disputer des droits de visite et d'hébergement que certains  de mon âge se déchirent, voire même de n'avoir à craindre aucune infidélité du père de mes enfants, la réalité c'est que savoir faire désormais sans lui ne me fait pas oublier combien j'étais heureuse en sa compagnie.
Contrairement à ce que l'on pense le plus difficile n'est pas de passer le pas, cela, la vie et le temps le font pour vous et demande moins d'effort qu'on veut bien vous en gratifier.
Le plus difficile c'est d'admettre qu'avant de bâtir il faudra mesurer combien elle est lourde la différence entre ce que nous partagions et ce que je découvre maintenant. La médiocrité n'est pas dans les individus mais dans la pauvreté de ce qu'ils ont à partager, qu'il s'agisse d'émotions, de respect ou de confiance. Je sais bien que c'est le lot commun et que les princes charmants n'existent pas. Mais putain, après avoir aimé comme je l'ai aimé, après avoir été aimée comme je le savais, on ne me fera pas oublier pourquoi pendant douze ans je savais que c'était lui l'homme de ma vie. Passer le pas n'est vraiment  pas très difficile et si beaucoup y voit un progrès, preuve tangible tant de votre deuil que de votre bonne santé, quand le soleil tombe et le silence se fait, quand le lit est trop grand et les souvenirs précis, accepter de se frotter aux banals accoutrements du cœur a parfois quelque chose de diablement pathétique.




samedi 8 avril 2006


La croisée au dessus du cimetière

Je ne fous plus les pieds au cimetière.

Parfois je lève un coin de rideau, pas seulement celui qui orne mes croisées mais celui que j'ai tiré sur ces deux ans et demi où j'ai compté mes abattis. Juste un coin, juste un fragment, un coin de cimetière sur quelques fragments de souvenirs. Tous ceux-là qu'on enterre parce que d'avoir goûté un putain de bonheur n'est jamais un bon motif pour s'interdire de vivre. Ils ne sont pas très loin, ils sont avec moi, mi-carapace mi-alibi. Je peux les contourner en dérision quand ils deviennent encombrants ou me réfugier contre eux quand je cherche un sens à ma vie. Je les fuis mais je les aime aussi.

Quand la vie m'aspire je les nargue et les défie. « ah ! ah !  vous voyez bien que vous n'êtes pas parvenus à me réduire à néant ! Je respire aussi fort qu'avant et si mon coeur ne bat pas de la même façon, vous n'avez pas réussi à l'étouffer ! » — piètre revanche que celle dirigée contre ce qui ne vous veut ni bien ni mal... —

Et puis parfois le temps s'arrête et prend celui de regarder derrière soi. Alors le silence se fait et la gorge se serre, parfois au milieu d'une phrase, parfois au milieu d'une nuit.  Je m'en vais alors soupirer et aussi pleurer contre eux, mes souvenirs heureux, ceux des temps où j'aimais aussi fort que l'on m'aimait : précieuse certitude dont le prix dépasse celui de tous les trésors du monde réunis.

Comble de la liberté, j'ai le droit d'en rire et celui d'en pleurer, irréfutable preuve que je me les suis appropriés, j'en ai fait mon histoire pour moins les subir, je les raille ou je les choie, et si je n'aime pas m'en parer je serais pourtant incapable de les fouler au pied.

Simplement je n'ai pas envie d'aller au cimetière, de voir les plantes brûlées par l'hiver, le marbre grisé par la poussière et gravé dans celui-ci le nom de mon mari. J'ai su ôter mon alliance mais pas encore toute ma culpabilité de vivre sans lui. Un coin de mes croisées suffira pour le moment.




mercredi 15 mars 2006


Hautbois et insomnie

Parfois on croit qu'on oublie, parfois on se fait illusion, on voyage et on volage aussi. On fuit mais on s'amuse aussi.

Et puis parfois, dans le silence de la nuit, il y a un hautbois au son duquel on se roule en boule, on se recroqueville très loin sous ses draps et on réalise soudain qu'il est bien loin le temps où l'on était heureux pour de vrai.


Alessandro Marcello — Concerto pour hautbois en ré mineur — Adagio.
Hautbois, Clare Shanks — The Academy of Ancient Music, Christopher Hogwood




samedi 14 janvier 2006


Hauteur, largeur, poids et densité du passé

Je sais dorénavant qu'il y aura d'autres hommes dans ma vie.
Je sais aussi qu'il y aura d'autres sensations.
Je sais encore que le plus dur est derrière moi, que des murs sont tombés et que des voies se sont tracées.
En tout cela, je ne peux que remercier celui que j'appelais mon secret.

Cela n'a pas fait disparaître l'absolue certitude que Tarquin était l'homme de ma vie.
Cela n'a pas affadi la conscience particulière de l'amour assourdissant que je lui portais.
Cela ne me fait pas oublier comment lui savait m'aimer, entièrement, sans faux semblant, avec la plus parfaite honnêteté et sans penser un instant à s'en défendre ou s'en protéger.

Je ne suis pas certaine de ne pas porter toute ma vie le fardeau de cet amour perdu.
Je ne suis pas certaine de savoir aimer comme je l'ai aimé.
Et je suis persuadée que plus jamais on ne m'aimera comme lui savait m'aimer.
Ce n'est pas parce que je m'interdis de poursuivre des chimères perdues que j'en oublie la force et la singularité de ce que nous partagions.
Ce n'est pas parce que je m'interdis de me repaître du passé que j'en oublie la profondeur de ce qui nous unissait.




samedi 17 décembre 2005


Quelques parages du passé

J'y allais souvent dans ce service d'un grand hôpital parisien où se situait le bureau d'un éminent expert judiciaire . Je m'y souviens encore de ma première expertise où j'étais terriblement impressionnée par la renommée du grand homme. Ultime détail cocasse, je me souviens même des chaussures que je portais !

Et puis j'y suis retournée souvent ; j'ai assisté et participé à des prises de bec d'anthologies, à des discussion où se sont joué le sort de nombres d'handicapés et aussi la responsabilité de réputés praticiens. Comme le voulait l'usage, je sortais lors de l'examen de la victime par les médecins présents.

Alors je faisais quelques pas et je poussais une porte vitrée pour me griller une cigarette. Sur un espèce de rampe, j'absorbais consciencieusement mes bouffées empoisonnées. L'endroit m'intriguait et je m'interrogeais parfois sur l'usage de cette porte à moitié dérobée où visiblement les piétons n'avaient pas le droit de cité. Mais pour y fumer en surveillant une porte du coin de l'œil l'endroit était incontestablement parfait.

De longues années plus tard, j'y suis retournée. C'était juste après que Tarquin l'avait franchie sur un brancard. La porte n'avait d'utilité que pour le SAMU.

Alors puisque désormais c'était lui que j'attendais dans ce service de neuro-chirurgie, j'ai repris mon poste d'observation.

J'y ai fumé des nuits entières sans savoir si au matin, après d'ultimes interventions, il y serait encore vivant. J'y ai fumé en rêvant qu'il allait bientôt ouvrir les yeux et les planter dans les miens.

J'y ai pleuré tout ce que mon corps pouvait produire de larmes — jusqu'à les avoir toutes épuisées.

J'y ai eu peur à ne même plus savoir émettre un son.

J'y ai eu mal comme je n'imaginais pas qu'on puisse avoir mal, douleur d'une telle intensité que j'avais appris à entendre l'instant où se répandrait le flux anesthésiant par lequel mon esprit s'évaderait de cette gangue de souffrance.

L'oiseau de mauvais augure que j'étais devenue allait aussi se poser à cet endroit pour distiller son savant mélange de nouvelles point trop pessimistes, étroite frontière entre le désespoir et le mensonge.

J'y allais aussi prendre des nouvelles de ma mère sans savoir lequel des deux la mort me prendrait en premier.

Drôle d'endroit que ce coin là. Par bonheur les expertises ne s'y déroulent plus, de sorte que j'espère ne jamais y retourner.

Je sais pourtant que je n'ai pas besoin de me rendre sur ces lieux pour que les souvenirs que j'y ai laissés m'y débusquent. Quand ils m'étreignent parfois, hébétée, je mesure soudainement combien violents et cruels étaient ces tourments. L'espace d'un instant ils m'emportent encore avec eux là-bas, là où le mal est si profond que l'on s'étonne ensuite d'être encore en vie. Une vie où plus que jamais je continue à penser à lui.




mercredi 12 octobre 2005


Mélancolie en embuscade

Un, deux trois. Ils sont si près de moi que je peux les compter mes fantômes.

Issus de mes souvenirs, je me convaincs qu'ils m'aiment ; et leur réalité ne viendra pas me contredire... Souvenirs que l'on fait et défait pour mieux se les approprier, les façonner à sa mesure.

On s'aménage son passé comme un placard bien agencé où l'on vient piocher selon chaque situation le sparadrap ou le remède qui mettra du baume à l'âme.

C'est tellement plus facile quand c'est irréel.

Sauf que lorsque l'on se frotte à la vie c'est autrement différent. Chacun son histoire, chacun ses plaies, chacun ses mots. Et tout cela se télescope à l'aveuglette. C'est la loi du genre, celle où l'on est bien obligé de tendre les mains pour connaître les limites.

Et puis parfois les souvenirs s'en mêlent, ils cessent de rester sagement dans leur boîte où l'on croyait les avoir proprement remisés. Alors ils s'élancent, se serrent contre vous, vous étreignent et deviennent embûches.

Le soleil brillait, les enfants chantaient et je conduisais quand je me suis souvenue de l'éclat de son ventre sur son lit d'hôpital, sa blancheur, sa douceur, sa rondeur. Juste un petit morceau de peau qui m'a clouée là. Alors Tarquinette m'a demandé, une fois encore, « Maman, tu pleures pour Papa ? ». J'ai, une fois encore, répondu « oui ».




vendredi 23 septembre 2005


Les cris des enfants résonnent si longtemps...

Dimanche, je crois que je ne dirai rien. Dimanche, je tairai la longueur des deux années écoulées. Certains anniversaires ne s'évoquent qu'en silence, parce que les mots sont trop brutaux, trop douloureux et aussi trop vains. Dimanche, j'espère qu'il fera beau et que la vie me tiendra loin des rives lancinantes de certains souvenirs.

Certains cris ne s'entendent qu'en silence et les vibrations de quelques uns vous poursuivent toute une vie. Curieusement les miens ne sont pas ceux dont j'ai conservé un souvenir précis - si tant est qu'ils aient existé. Moi, je me souviens d'avoir été muette. Trop abrutie pour faire du bruit. Juste assommée - estomaquée comme si ma vie aussi s'était arrêtée. Pétrifiée, voilà ce que j'étais.

Et quand j'ai répété haut et fort les mots définitifs que l'on venait de m'annoncer, les cris des autres m'ont terrifiés.

Alors je suis partie. Je suis allée me cacher sous la table à langer de mon tout petit. Je me suis faufilée,  recroquevillée, rouler en boule et j'ai attendu de mourir aussi, parce que je ne savais plus vivre. J'étais minuscule, invisible, je n'existais plus. Mais l'on m'a cherché, et si l'on ne m'a pas trouvé, l'on m'a appelée, l'on m'a criée. Alors sans bruit, je suis sortie, j'ai réapparu, j'ai fait semblant de comprendre leurs cris quand seul un immense et définitif silence m'engloutissait.

Un dernier face à face et tout s'est tu à tout jamais. Tout s'est terminé dans le silence des respirateurs et des larmes qui s'écrasaient sur lui.

Et puis le pire, le plus difficile, le plus indicible. Aller chercher les enfants à l'école, leur sourire, les accueillir, faire le chemin, l'air de rien, sans leur dire, pas  là, pas comme ça.

Et puis s'asseoir, les prendre contre soi, tout prêt. Et parler. Et puis les écouter et penser mourir en entendant résonner ces cris où se mêlent douleur et terreur et qui jamais ne devraient jaillir de la bouche des enfants.

Dimanche, j'essayerai de ne pas penser à ces sons là, ces cris dont je me souviens si précisément.




samedi 17 septembre 2005


La mort, la vie et le temps.

En quelques heures, il était mort.
Je lui ai parlé jusqu'au dernier moment quand bien même il était inconscient.
Je lui ai parlé pendant longtemps.
Et puis brutalement, j'ai quitté cette chambre blanche remplie d'écrans, d'alarmes, de tubes et de son corps.
J'ai fermé la porte sans attendre l'ultime battement, j'ai fermé la porte fermement sachant que je ne le verrai plus vivant.
Je ne lui ai plus jamais parlé.

C'est volontairement et contre l'avis de tout le monde que je suis allé à l'amphithéâtre des morts.
Je suis me suis plantée près de lui et sans bouger, sans rien dire je l'ai regardé.
J'ai regardé son corps gisant.
Je l'ai regardé fixement, longtemps, silencieusement.
Je l'ai regardé jusqu'au moment où, gênés, des hommes en noirs sont venus me voir pour me dire qu'on "allait être en retard".
Sa mort m'était tellement insupportable, tellement inacceptable que j'avais besoin de me convaincre de sa réalité.
Je ne voulais pas douter, je ne voulais pas rêver.
Je voulais être persuadée qu'il était mort à tout jamais.

Je me souviens avoir chuchoté quelques mots au grand cercueil de bois blond.
Puis à la lourde urne bleue.
Je me souviens lui avoir dit qu'il était chaud comme une brioche...
Par pure dérision peut-être.

Et brutalement, j'ai cessé de lui parler.
J'ai bien sûr interpellé une fois ou deux mes enfants par son prénom parce que l'on n'efface pas douze ans de vie commune d'un simple trait de plume.
Mais plus jamais je ne me suis adressée à lui, si ce n'est pour lancer parfois un « salut ! » à une pierre de marbre sombre.

Plus jamais je ne l'ai fait revivre et j'ai volontairement éloigné tout ceux qui s'avisaient de parler en son nom. Je n'ai mené aucune conversation dans le silence des nuits de douleur. Je n'ai jamais recherché son approbation, je n'ai jamais imaginé qu'il puisse être à mes côtés. Et l'envisager m'a toujours été intolérable.

Intolérable car synonyme d'une indicible souffrance. Planter comme ça sa femme et ses enfants : rien ne pouvait lui faire plus peur, rien ne pouvait lui faire plus mal. C'était la pire de ses craintes. Lui qui voulait toujours me protéger, en mourant, il me laissait seule, m'abandonnait.

Du jour au lendemain il n'était plus là et jamais je ne l'ai fait subsister, jamais je ne lui parlé, jamais je ne l'ai pris à témoin. Il n'a pas disparu pour autant, mais sans fiction, sans supputation, sans supposition. Il est toujours le père de ses enfants dont on parle, dont on rit et qu'on pleure aussi mais hormis l'absolue certitude de son amour et de l'indéfectible fierté que lui inspirent "ses trois biquets", il ne sera jamais un juge, un arbitre ou un censeur.

Sa mort est définitive. Elle est immuable. La seule chose qui persiste c'est l'absence irrémédiable, pas une présence douteuse. Et c'est tant mieux.

Lui qui était jaloux comme un poux de mon amour, de ma tendresse, de mon corps et même de certaines amitiés, serait foutrement malheureux non seulement de me savoir pleurer mais aussi de rire et même d'être libre. Si cela n'empêche pas de pleurer, cela n'empêche pas non plus de continuer à vivre.




mercredi 13 juillet 2005


Insomnie

Une insomnie — une vraie.

Une de celle qui ne m'arrive jamais.
Une où pour partir j'ai abusé de café
et où trop fatiguée, je suis restée.

J'entends le cimetière s'éveiller,
Les merles et les moineaux chanter.
Le cimetière où il est enterré.

Une aube où j'essaye de me rappeler du goût de ses baisers.
Mais où celui-ci m'a échappé.
Un instant où je réalise que le dernier homme contre lequel je me suis blottie était en train de mourrir.
Parfois j'aimerai dormir.




lundi 4 juillet 2005


671 jours plus un

671

Hier j'étais tellement fatiguée que j'ai planté-là le billet que je rédigeais.

Je le trouvais trop triste — trop "miserabilis"
Comme si j'allongeais impudiquement ce qui n'est que quelques minutes dans les mille quatre cent quarante que compte une journée.
Alors j'ai fermé Toshop, j'ai laissé hors ligne ces quelques lignes et je suis partie raconter ma peine à Morphée.
Je lui ai dit à peu près ceci :

Six cent soixante et onze.
C'est le nombre de jours successifs où j'ai pleuré.
Aujourd'hui compris.
Je ne m'en rends même plus compte.
J'ai réalisé ce soir que cela faisait 671 jours.
Le premier jour c'était pour apprendre que maman était condamnée.
Le second jour pour apprendre que Tarquin l'était peut-être.
Au 23ème jour, on m'annonçait la mort du second.
Au 44ème, celle de la première.

671, en l'écrivant cela me semble interminable. Pourtant ce n'est plus aujourd'hui que quelques larmes par jour.
Une ou deux, parfois plus. Souvent plus.
Mais jamais autant que celles que j'ai déversées.
Dans le métro, dans mon lit, sur mon vélo. Un véritable océan.

Adoncques, je ne l'ai pas publié.
Et aujourd'hui, je me suis dit qu'il ne serait pas perdu.
Non, j'allais au contraire le titrer ainsi :
671 jours moins un.
Et qu'aujourd'hui ces quelques molécules d'H2O ne fugueront pas ; qu'elles seraient certainement bien plus faciles à contenir que d'ôter l'anneau que je cherche toujours non pas à agacer sur sa chaîne mais à faire rouler sur mon doigt.

Et puis le téléphone a sonné.

Une voix connue, des années en arrière, nos premières années, ses copains d'alors qui sont devenus les miens, les couples qui s'installent, les déménagements qu'on partage, nos premiers enfants, nos premiers mariages.  C'était le temps où l'on était radieux, le temps où l'on savait que rien ne serait plus jamais comme avant. Celui où la vie prend un grand tournant, celui où le bonheur vous aspire et où l'on s'en amuse tant.

Ce sera « 671 jours plus un »
Je sais dorénavant que certaines solitudes sont plus douces que certains souvenirs.
Ce sera « 671 jours plus quelques uns  » parce que je préfère pleurer que de renoncer à ces souvenirs là.




vendredi 1 juillet 2005


Tentative

Deux alliances sur une chaîne



jeudi 16 juin 2005


La vie continue (4)

J'écris des mots, sans cesse et sans relâche. Je noircis mes carnets pour ne pas en venir au fait que tôt ce matin, j'ai lu le billet de Laurent.

Et que j'y ai pensé toute la journée.

Et que durant tout le jour une petite voix lancinante m'a soufflé de passer enfin le pas et de glisser dans un collier ce que je porte au doigt.

Autour de mon cou avec la sienne, sur la chaîne qu'il portait, serait une solution acceptable.

Malgré la profondeur et la justesse de ce billet, j'ai conservé à l'annulaire mon alliance.




dimanche 5 juin 2005


Chronique d'un amour mort.

Il était la plus belle chose qui m'était arrivée dans ma vie. Ce n'était pas un Adonis, pas un super héros, juste un gros bonhomme plein d'amour, d'humour et de gentillesse.Ce n'était pas une gravure de mode, il ne roulait pas sur l'or et il ne sortait pas d'une grande école. Il était juste drôle, drôle et gentil.




vendredi 15 avril 2005


Théorème tarquiniolesque

Si l'on considère:

  • la vitesse de réaction d'une Tarquine qui cavale benoîtement dans les couloirs du métro en entendant la rame s'approcher du quai dont s'agit ;

  • sa faculté à percevoir au vol trois ou quatre mesures d'un air d'une sirupeuse musique de médiocre électronique ;

  • la vigueur de son accélération pour franchir les portes avant qu'elles ne se referment ;

  • et la violence des sanglots qui la secouent quand ces mêmes portes sont closes ;

alors on peut conclure, avec une très petite marge d'erreur, que son Tarquin lui manque sauvagement.