Tout a commencé par une petite phrase prononcée
au bord du bassin de la Villette, il y a six mois de cela. Une phrase
de Marie-Cat, celle qui ferait courir un arbre s'il le fallait... La
petite phrase a fait son chemin et en novembre elle s'est faite plus
pressante : "si tu y vas, j'y vais" m'a dit son frangin. Alors la
petite phrase s'est faite refrain. A l'an nouveau, Zomozygote m'a dit :
"moi j'en suis !". Alors je n'ai pas réfléchi
bien longtemps : la petite ritournelle s'était
transformée en un tube à succès depuis
un moment déjà. J'ai juste tapoté
quelques mots sur mon clavier "Et bien nous irons donc de conserve !".
Aligner quatre courses sur deux jours quand on part à peu
près de zéro c'est comme de regarder le Mont
Blanc depuis l'autoroute... même quand on l'a sous les yeux
on sait que ce n'est pas le même monde. Alors pour tenter de
l'approcher on a beaucoup cavalé, entraînement
après entraînement, course après
course. On s'est beaucoup écrit, on s'est
encouragé. On s'est tout un peu surpris d'y mettre tant
d'allant.
Et puis on a pris, qui l'avion, qui le train, qui la voiture et on
s'est retrouvé quelques heures avant le départ.
Pour certains c'était la première entrevue, pour
d'autres l'aventure avait commencé vingt-cinq ans plus
tôt, à l'époque c'était la
musique qui nous réunissait.
Le reste est indicible. Ou presque.
Le reste c'est le canal du midi à perte de vue, à
perte de souffle, à perte de force.
Ce sont les mains qui se tendent et dans lesquelles on frappe en
clamant "Fonce fonce !!"
Ce sont les bras qu'on tend en criant "Bravo Championne !"
Ce sont les sacs qui débordent dans la voiture qui nous
mène rejoindre celui ou celle qui court. C'est la carte
étalée sur les jambes trop dures. "38 minutes
qu'il est parti, il ne faut pas se perdre..." C'est le regard que l'on
lance derrière à celle qui le relayera, "Ca va ?
Tu es prête ?" Ce sont les litres que l'on boit, ce sont les
ampoules que l'on soigne, ce sont les faims dont on n'imaginait pas
qu'elles puissent être si impérieuses et si
gigantesques.
Quatre course chacun, celle où l'on dépasse les
péniches, celle où l'on souffre, celle
où l'on s'étonne d'aimer encore cela, et la plus
belle, celle que l'on finit en pleurant.
C'est la plus belle aventure qui m'est arrivée depuis des
années.
A l'arrivée, pour le 500 mètres final et en
équipe, nous étions quelques uns
à courir un bandeau sur les yeux. Un bandeau pour signifier
que d'aucuns perdent la vue et que "rien que pour voir" France
Choroïdérémie était venue.
Sur mes yeux il y avait un bandeau noir et c'est tant mieux parce que
cela m'a permis de planquer mes larmes.
Je n'avais pas bien envie de la quitter ma belle équipe...
Marie-Cat
Benoît
Patricia
Marie... la Zomozygote
et moi...
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