Couloir du métro en flou

Photographie de Tarquinet

Ce soir, ils ont refait une cabane, un havre d'édicule, un refuge à câlins.
A trois, cette fois.
Tarquinet dort à gauche, dans mon vieux duvet orange, sous le côté du toit constitué d'une couette Pikatchou.
Tarquinou dort au milieu. Le doudou en bataille et les bras en croix.
Tarquinette ne dort toujours pas.
Elle est à droite là où le toit est bas, n'arrivant pas à quitter un livre où il est question de princesses dégourdies et qui n'ont peur de rien, évidemment !

Pour faire taire leur rire et gagner leur sommeil, je les guette dans le couloir.
Je les envie aussi.

Ils n'avaient pas fait cela depuis des années.
Mais quand ils me l'ont demandé j'ai acquiescé sans délai.
Oui mes amours.
Réfugiez-vous. Agrégez-vous. Retranchez-vous.

Je les regarde et je me sens comme eux.
Ailleurs.
J'ai l'impression de nager dans une ouate trop blanche, trop molle — assourdissante.
Comme si je n'étais plus capable de rien d'autre que d'espionner mes mômes.
De sentir leur besoin.
Et de ne pas savoir nécessairement y répondre.
Comme si j'étais là mais que c'était une autre.
Et comme si cette autre ferait forcément mieux.

Perdue dans un océan d'irréalité.
Épuisée, je crois.
J'ai aussi envie d'une cabane là.