Maman je taime plus que tout au MONde et papa ossi ma petite maman cheri que jaimerai pour toujour

Cette année, ils n'ont rien ramené de l'école et c'est heureux car les cadres en agglo fabriqués à Taiwan encore sous cellophane ou les mini pot-pourris senteur WC offerts par la mairie et distribués aux enfants 15 minutes avant la sortie des classes afin de les remettre le lendemain à maman transformaient le collier de nouille en somptueuse création artistique !

Ils en ont vaguement parlé qu'aujourd'hui c'était la fête des mères mais je me suis empressée de leur dire que ce n'était pas très important et je pensais qu'entre Thoiry hier et la piscine ce matin ils avaient eu le temps d'oublier.

Moi, j'y pensais cependant. Je pensais qu'il y a deux ans, j'aurais téléphoné à ma mère pour lui dire qu'il ne fallait pas qu'elle compte sur moi pour lui souhaiter une fête qu'elle abhorrait, et encore, elle était chanceuse car comme j'étais d'humeur facétieuse j'avais presque pensé à lui offrir un aspirateur où une friteuse ! Elle aurait ri aux éclats et elle m'aurait remercié d'avoir pensé à l'appeler.

Et puis on aurait tout de suite changé de sujet pour deviser de longs moments sur le référendum, pour s'esclaffer de cette campagne politique qui brille par sa médiocrité, des choix de Chirac qui, cette fois à l'échelle de l'Europe, nous a refait le coup de la dissolution, on aurait fait des pronostics, on aurait échangé nos idées...

J'étais perdue dans mes pensées quand Tarquinet me lance : « Maman, tu as regardé sur l'ordi ? ».

Je lève les yeux et je vois posé devant l'écran un cahier très particulier. Un très beau cahier que son papa lui avait acheté le dernier été, juste avant la rentrée. Quelques jours à peine avant de nous quitter pour toujours.

Tarquinet n'avait jamais rien écrit dans ce cahier. Il le gardait précieusement, c'est tout.

Aujourd'hui sur une page du beau cahier, Tarquinet a tracé des mots pas seulement pour moi, mais aussi pour papa.