l'incommensurable profondeur de la vacuité...
Les histoires d'amour me font toujours pleurer : la mienne était trop belle. Et je ne sais pas bien barbouiller de gris mon passé pour rendre plus luisant mon présent.
Sept années ont passé.
Les premières étaient si sombres que nul éclat ne pouvait les adoucir. Les suivantes, de croire que les ténèbres pouvaient s'éclaircir, étaient chamarrées du plus dérisoire espoir.
Puis les dernières sont venues.
- S'interdire de jeter les yeux derrière soi
- Bientôt proscrire toute idée d'un futur
- Ne pas penser- surtout ne pas rêver.
- Calibrer la lumière au trébuchet des ténèbres. Et bien se garder de s'éblouir de ses lumineux souvenirs.
- Oublier ce qu'est le bonheur. Mon présent en sera moins miteux.
Jusqu'au jour où l'évident constat vous saute à la gorge.
J'ai beau rire, j'ai beau sourire, j'ai beau me réjouir je n'aime décidément pas ce que ma vie est devenue...
Avant de m'écrire combien c'est mal de mépriser le présent, de ne pas me jeter dans l'avenir à corps perdu ou tout simplement d'avoir écrit ce billet, merci de lire les deux commentaires que j'ai d'ores et déjà écrits à ce sujet et que je me suis permise de mettre en gras pour que nul n'en ignore. N'insistez pas, je ne retrancherai pas le moindre mot et ne travestirai des émotions qui, bien que publiquement exprimées, sont et demeurent miennes...
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 05/10/2010
Chagrine Tarquine
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Commentaires
On a beau s'exorter à vivre au présent, il n'en reste que le passé est ce qui a fait que nous sommes qui nous sommes. Et le futur la seule raison d'avancer un jour après l'autre.
Alors, oui, même quand on a la descendance à regarder merveilleusement grandir, même quand il y a des satisfactions, des fous rires, des sourires, des bons moments... difficile de vivre sans espoir d'un grand bonheur. Et impossible de vouloir y croire tant la vie peut être décevante.
Pour la partie remontage de moral : je te propose la création d'un club de vieilles indignes, pour dans quelques années.
Cela fait des années que je vous lis ( sans jamais laisser de commentaires qui sont pour moi bien souvent des condensés de flagornerie, de vacuité et de paroles inutiles).Aujourd'hui je ne peux m'empêcher de bondir. Bien souvent votre douleur a fait vibrer la mienne et je me suis souvent émue de vos paroles vraies que j'aurais pu crier. ( Qui suis-je pour parler de douleur? juste une femme qui a perdu deux enfants, ses parents, et vécu deux cancers en quelques années). Là où je ne vous suis plus c'est dans ce mépris du présent. Etre infiniment désespérée et totalement heureuse de l'instant, être amputée et se sentir completement vivante, être nostalgique du passé et croire à l'avenir, oui c'est possible et j'ai quelquefois l'impression que vous refusez de toutes vos forces cette ambivalence par fidélité à un homme qui aimait pourtant vous voir heureuse. Et quand vous dites que vous n'aimez pas ce que votre vie est devenue j'ai de la peine pour vos enfants qui vous la font si belle. Je pense que votre fougue ombrageuse va me balayer d'un revers épistolaire courroucé mais voilà aujourd'hui, j'ai bondi et je ne pouvais me taire.Amicalement.
C'est étrange l'interprétation que l'on fait des paroles d'autrui. Moi en te lisant je me suis dit " peut être, tant mieux, qu'elle n'aime pas ce que sa vie est devenue, peut être est ce le début d'une nouvelle étape". Quelque soit nos projections, tes mots trouvent toujours une résonance profonde, c'est la force de ton écriture.
Pour ma part je te souhaite d'aimer à nouveau ta vie, et je comprend bien que si tes enfants te la font souvent belle, ta vie ne peut se résumer à eux et c'est tant mieux pour eux. Je t'embrasse
Anne, j'adhère dans la minute et par anticipation à ce club si délicieusement indigne !
Chris, me lire depuis des années (ce qui me touche beaucoup) ne peut signifier pour autant que vous sachiez tout de ma vie, tout de mes souhaits, tout de ma force. L'écriture d'un billet n'est que le reflet d'un moment. Y voir davantage est par essence réducteur. Ici j'écris peu et ne jette que les humeurs les plus noires. Ma vie ne se résume pourtant pas à cela.
Chris, voyez-vous la vie me brûle tant qu'elle en est souffrance. J'ai tant d'énergie en moi que j'en piaffe, que j'en déborde, qu'elle me consume...
Mais de foncer droit devant, de vivre de projet en projet, ne fait totalement disparaître la triste réalité. C'est en construisant des murs que j'aime à me dépenser...
Luce, merci de mettre un rayon de couleur dans ce noir parfois trop profond.
voilà, tu as tout dit dans ce dernier commentaire, je comprends bien ce que tu ressens, cette vacuité devant l'absence de compagnonnage rassurant et chaleureux. Les enfants, oui, c'est une partie de notre vie, mais pas notre avenir ! Et il est si difficile de s'empêcher de se projeter dans le futur. Moi aussi, je veux bien faire partie du club...
Tarquine, pourquoi proscrire l'idée du futur, pourquoi oublier le bonheur ?
J'ai longtemps été très malheureux. Pourtant, ça s'est arrangé. Maintenant, je peux prendre plaisir, tout simplement, à prendre mon thé bien chaud le matin, ou lire un bon livre.
Il ne faut pas négliger les petits bonheurs : je les trouve même plus importants que les grands bonheurs. Ces derniers sont temporaires, alors que ma tasse se remplit tous les jours...
Mon côté prosaïque et cynique t'accompagne plutôt dans cette vision grisonnante. Mais mon autre facette fataliste dans l'optimisme (quoi qu'on fasse, ça se termine toujours bien pour le bon côté de la Force) dirait que c'est une (très) longue phase de transition, douloureuse à la hauteur du bonheur que tu avais vécu. Mais quand cette phase sera épuisée, bah il ne restera qu'un nouveau bonheur dont il faudra profiter. ;)
Pardon pour mon côté neuneulosophe. ;)
Je n'aime pas ce que ma vie est devenue.
Je ne vais pas m'en excuser.
C'est ainsi.
Je n'aime pas ce que ma vie est devenue.
Je la regarde.
Vide de sens.
Regarder en arrière me rappelle combien j'étais heureuse.
Foncer. Je ne sais faire que cela précisément.
Et c'est précisément parce que je ne fonce vers rien que je n'aime pas ce que ma vie est devenue.
Je ne vais pas m'en excuser.
Je ne vais pas m'en accuser.
C'est ainsi.
Et si je n'écris pas ce que vous voudriez lire, vous m'en voyez désolée.
Saperli dit « Les enfants, oui, c'est une partie de notre vie, mais pas notre avenir ! »
C’est vrai quand on a (statistiquement) beaucoup d’avenir devant soi. Quand comme moi on est plus près de la sortie que de l’entrée, cette partie devient la plus importante.
Et de savoir que les miens se couperaient un bras pour moi, que je ne finirai pas ma vie dans un mouroir de retraite, ça aide…
Vivre et s'accommoder de ce qu'on a pour ne pas davantage regretter ensuite.
Heureuse de relire ce blog, le temps a passé si vite depuis deux ans...c'est toujours beau et émouvant ici.
J'avais prévu qu'au revers vous frapperiez fort...je risque un amorti. Loin de moi l'idée de vous "juger" ou comme le dit Luce que" la vie ne peut se résumer aux enfants" ( autrement je serai morte!). J'ai juste réagie avec ce que je ressens. Livrer un vécu différent me paraissait important car le sujet me tient à coeur ( et je ne suis pas arrivée à cet état d'esprit sans travail sur moi-même) mais je suis désolée si vous l'avez senti comme une agression. J'ai bien conscience que ce blog est pour vous "un gueuloir" et je ne voudrais en aucun cas qu'il devienne aseptisé Je voulais juste dire qu'il est important de ne pas oublier tout ce que la vie nous offre comme cadeaux même si elle nous a aussi asséné les pires vacheries. Mais je ne dois pas être douée pour les commentaires pour m'être fait si mal comprendre! Amicalement
chris, j'ai simplement souhaité, non pas vous blesser, mais préciser que je ne méprise en rien mon présent comme vous l'écriviez ; et que ne pas le mépriser ne signifie pas nécessairement l'aimer...
J'ose à peine commenter, parce que finalement, que dire ? "je comprends, j'ai vécu autrement mais pareil" ne change strictement rien aux choses, chacun à sa vie, il n'y a pas de recette universelle pour être "mieux", et puis on a parfaitement le droit de regretter un temps qui ne peut pas revenir, on a parfaitement le droit de juger le présent à l'aune du passé, et se dire que "c'est pas ça, ça ne va pas". Et reconnaître que ça peut aller "mieux", mais jamais aussi bien qu'on voudrait, jamais aussi bien que ça a été. On ne se connaît même pas "en vrai", ce que je connais et j'apprécie de vous par ce blog et un petit bout de vous, et peut être que vous me trouveriez stupide, insupportable, bref, suivre quelqu'un sur un blog, ce n'est pas de l'amitié, ça ne peut pas en tenir lieu.
Mais je crois que je peux quand même vous souhaiter bon courage.
Je n'aime pas ma vie non plus. Ça ne veut pas dire que je n'aime pas mes enfants. Mais je trouve que vivre pour ses enfants, aussi beaux et intelligents soient-ils, ce n'est pas une vie. Ce n'est pas MA vie. Vivre pour son travail, même passionnant, non plus.
Je vis exilée dans ma propre existence.
J'ai des tas de satisfactions, mais je n'aime pas particulièrement ma vie. Et j'ai parfois l'impression qu'elle me le rend bien…