Valeurs chrétiennes...
Nouvelle rentrée. Nouveau directeur. L'ancien avait le cheveu blanc et l'allure austère, la mine sévère. Il parlait peu, avec mesure. Le nouveau a le poil brun, l'accent chantant et le sourire... mauvais. Il n'y a qu'une dizaine de parents réunis dans une classe en face de lui, dix parents qui sont là attentifs, des parents de tous milieux qui ont choisis de mettre leur progéniture dans cette école privée de quartier. Certainement pas à cause de son renom. Mais parce qu'ils pensent que c'est mieux pour leur enfant que le collège du coin, celui du 18ème ou du 9-3.
Et pendant dix minutes, assis sur des mauvais siège en bois, on ne leur parle pas d'éducation, de projet ou d'avenir. On ne leur parle même pas de leur enfant. On ne leur parle que de leur faute...
Mauvais parents puisque leur enfant ont un téléphone portable. Mauvais parents qui ont la bêtise de penser qu'internet est un progrès. Mauvais parent qui vont même parfois jusqu'à faire confiance à leur enfant !
La jeunesse est un mal profond et tous les parents coupables de l'avoir commise.
Au roquet au sourire satisfait et au jabot gonflé de sa propre autorité, succède sa sous-directrice dont le seul message intelligible est qu'elle n'aime pas son métier. On sent la fatigue, les discours rabâchés et une total absence d'intérêt, ses certitudes ont force de loi. Et la première d'entre elles c'est la défiance profonde qu'il faut nourrir pour ses enfants...
Habituels discours de rentrée me direz-vous. Ceux où l'on affirme son autorité, où l'on fait son défilé en grande tenue d'apparat et exhibe sa force de frappe en imposant sa cadence...
Je le sais. Mais je n'avais jamais encore été coupable d'avoir mis des enfants au monde. Je n'avais pas encore compris qu'ils étaient si malfaisants qu'ils n'étaient plus bon à éduquer mais à redresser...
Terrifiant... et consternant...
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 22/09/2010
De bric en vrac
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Commentaires
quelle misère, l'école ! Je n'en garde que des mauvais souvenirs et ça perdure...
Comme tu dis. Un coup à se relire les Souvenirs d'Enfance de Pagnol pour se redonner un peu foi en l'éducation des enfants (et tirer quelques bourres au privé, aussi, qui même si parfois on trouve ça mieux, ben...!!)
Cela me rappelle mes rentrées de classe, ressortant avec la rage au cœur que l'on ait tant de haine vis à vis des enfants. C'était tout pareil, on ne parlait que d'engeance, pas d'élèves.
comme quoi le privé....
Je suis professeur des écoles (en province et dans le public) et votre post, ainsi que les commentaires, m'ont fichu une claque. Misère, haine, engeance, mal profond, parents coupables, méfiance, c'est pour moi l'horreur.
J'imagine bien la quantité d'angoisse, de malentendus, de souffrance et de peur nécessaire à un tel constat. Mais c'est mon métier, merde! Et là, il vogue sur une vague de détestation. A vrai dire, chacun a ses raisons, dans une certaine mesure assurément valables, d'abominer les instruisous de tout poil et la grande maison où ils prolifèrent (quoique de moins en moins...): l'école.
Demain soir, j'organise ma réunion d'informations aux parents d'élèves et je me doute que derrière quelques poignées de main se cachera de l'angoisse et de la détestation pour ce que je représente, peut-être même pour ce que je suis, allez savoir. Je ne me permettrai aucun conseil éducatif mais je penserai très fort aux couchers tardifs, aux heures passées sur Facebook, aux abus de téléphones portables, au manque de dialogue, à ces enfants qui souffrent probablement dans ma classe, qui souffrent de ma rigueur pourtant compréhensive, qui souffrent de devoir rester assis trop longtemps, concentrés trop longtemps, parce qu'ils ne sont pas en état d'assumer une journée d'école. J'y penserai très fort parce que c'est la réalité, et que ça ne représente pas la minorité de mes élèves, là où j'exerce mon métier.
Je ne tiens sûrement pas à défendre monsieur Ducon, mais on se trouve parfois en face d'extrémistes bornés qu'on a choisis. Sûrement s'est-il trompé de public, ce monsieur Ducon du privé. Mais il va se rendre compte, je pense, même s'il faut l'y aider un peu.
Pas de méprise, chère Tarquine, je ne pense que vous détestez les enseignants, du moins pas tous, mais votre emporte-pièce ainsi que ceux de vos lecteurs ont allumé le mien.
Levana, vous glissez entre mes mots non pas ce que j'ai écrit mais ce que vous croyez y voir avant de me faire le reproche d'avoir une plume à l'emporte pièce...
Je ne témoigne rien d'autre que ce que j'ai entendu.
Ne vous en déplaise.
Ma mère était enseignante, ma sœur est enseignante, même ma belle-sœur était enseignante... J'ai grandi entre les ouvrages de pédagogie et les discussions sur le rôle, la place de l'école. Toutes trois se seraient sans doute levées et seraient parties en entendant pareil discours...
Moi j'ai rongé mon frein en griffonnant dans mon carnet noir.
Je vous concède bien volontiers que les parents ne sont pas parfaits, mais entre les mettre en garde et les mépriser il y a plus d'une nuance que je sais parfaitement saisir...
Elle s'appelait Madame Desrayaud (je ne suis plus très sûre de l'orthographe).
Elle était professeur de mathématiques.
Elle était sévère, très austère et plus très jeune...
Elle s'habillait de gris, elle avait la langue vive, le ton sec, l'amour de son métier et ce don un peu magique de rendre lumineux ce qui vous avez toujours paru obscur.
Nous étions en classe de 4ème et tous, nous avions un peu peur d'elle.
C'était l'année du nouveau directeur.
Il était petit et venimeux.
Un jour il est entré dans la classe pour remettre les carnets de note.
Il nous a servi un discours où il n'était question que de notre infinie médiocrité.
Elle était à coté et ne disait rien.
Tout à coup, elle est partie.
Sans rien dire, sans un mot d'excuse.
Une fois finie la séance d'humiliation publique, une fois parti le nabot (dont le patronyme ne différait que d'une lettre de son surnom), elle est revenue.
Elle s'est assise. Elle nous a regardé longuement. Et elle nous a dit qu'elle n'était pas solidaire de ces discours dégradants.
Et puis elle a repris son cours.
Toujours aussi sévèrement.
Sans la moindre inflexion dans le timbre de sa voix.
Avec la même magie de faire le jour dans le noir le plus complet.
Madame Desrayaud, du fond du cœur, merci.
Levana, j'ai le plus grand respect pour les enseignants... et que vous me jugiez ou non m'importe peu.
Consternant, c'est sûr. J'espère que les enseignants ne seront pas du même acabit. Et en plus tu paie pour entendre cela ! Ça doit être ton côté maso ;-)
Je ne connais pas assez le 9.3, mais le 18e, je connais mieux. Et il y a de très bons collèges (public, il y en a aussi d'excellents en privé, mais ce n'est pas mon rayon). Par contre, je trouve que de là où tu habites, ça fait un peu loin pour des enfants. Une des amies de Lou faisait le trajet tous les jours en bus jusqu'aà Abbesses et quand elle commençait à 8 heures, en 6e, ça lui faisait beaucoup…
Levana : c'est sans doute moins vrai au niveau du primaire, mais le système français a tout de même une large tendance à rabaisser nos enfants surtout quand ils sont en difficultés. La notation, les commentaires sur les bulletins, les réflexions des enseignants… Il faut trier, éliminer pour dégager une soit-disant élite républicaine. Les parents parfaits n'existent pas, c'est sûr. Mais parfois ils travaillent dur, parfois ont meme plusieurs boulots pour s'en sortir. Parfois ils n'ont pas de boulot et sont à la dérive. et puis parfois c'est l'enfant qui a un problème. J'ai deux amies dont les fils ont des difficultés de se situer dans le temps. Un problème de dysphasie. Reconnue et certifiée par des neurologues. Et quand les parents demandent aux enseignants une certaine compréhension, les profs répondent (pas tous, mais beaucoup) : votre fils est un simulateur…
Evidemment que ce n'est pas le cas de tout le personnel enseignant (ou encadrant). Mais ce discours que pointe Tarquine, il existe. Et personne ne peut le nier.
l'école n'est pas obligatoire seule l'éducation.
Ce qui est amusant (si on voulait rire), c’est de penser que ce portrait (dont je n’ai aucune raison de douter, hélas) casse un chouïa le préjugé lu sur tant de blogues et de sites (je pense par exemple à Rue89) : caca le public, bôô le privé !
J’ai enseigné dans le privé, mes enfants ont fait privé et public, j’ai eu des collègues dans les deux, des élèves (et donc des parents) venus de l’un et de l’autre.
Eh bien je peux dire ceci :
Si la grosse différence (au détriment du public) est que celui-ci doit accepter tous les enfants alors que celui-là peut trier, pour le reste, on trouve du bon et du mauvais chez l’un comme chez l’autre. Dit autrement : quand des parents me demandaient où mettre leurs enfants je leur répondais : renseignez-vous sur la qualité de l’équipe pédagogique et le projet des établissements que vous envisagez, et faites passer l’étiquette du camembert au second plan.
PS Si ça continue comme ça, si les enseignants de vos enfants ont les mêmes caractéristiques, je me demande s'ils vont finir l'année dans cette école :-)
Quelle idée saugrenue d'aller mettre ses enfants dans le privé. Les enseignants du public tiennent la route et travaillent avec TOUS les enfants. Ils gèrent l'hétérogénéité des classes. Le privé choisit en fonction de ?? et aussi du porte monnaie.
Bonne continuation.
"Quelle idée saugrenue d'aller mettre ses enfants dans le privé"
Tellement saugrenue que ma mère enseignante à l'éducation nationale m'a inscrite dans un collège privé et que j'ai été en son temps avertie par un enseignant du collège en bas de chez moi qu'y inscrire mes enfants était à proscrire compte tenu du niveau (scolaire et de violence) qui y régnait...
Le monde est décidément plein de traîtres...
Quant à l'argument du porte-monnaie il signe parfaitement votre commentaire...
Je reçois tout à fait votre remarque relative à mon comm. et vous en remercie. Votre retour me permet de préciser que notre fille a fréquenté un collège "chaud", classé ZEP (en son temps car je pense que l'on parle maintenant de RAR --> Réseau Ambition Réussite) ce qui ne l'a pas empêchée ensuite d'obtenir un bac S avec mention TB, d'intégrer une prépa. (dite prestigieuse... ce qui me fait bien rigoler mais bon) et de poursuivre sa route dans une GE. Et elle n'a pas été la seule à avoir fréquenté ce fameux collège et à réussir ainsi. Pourtant nous en avons entendu de nos collègues (professions libérales) : "vous n'allez quand même pas la mettre dans ce collège, c'est un mauvais collège"... et j'en passe. Mais nous avons estimé, mon mari et moi, que si l'on essayait de déroger à la règle de sectorisation (nous n'avions qu'un coup de fil à passer pour intégrer un collège côté), il ne fallait pas que nous nous étonnions que des ghettos se créent et que des établissements scolaires -et plus particulièrement dans le public- soient stigmatisés. Nous pensons que l'enseignement public mérite BEAUCOUP MIEUX que cela.
Je voudrais également faire part d'un fait qui me choque énormément : je remarque qu'énormément d'enseignants du public mettent leurs enfants dans "le privé" : je trouve cela totalement incompréhensible et inadmissible... ils se donnent des "coups de pieds" et ça, ça me dépasse.
Oui... mais voyez-vous la grande différence entre vous et moi... c'est que vous, vous êtes parfaite !
"vous êtes parfaite"... NON, sûrement pas mais... idéaliste... probablement car j'aimerais laisser aux générations futures une autre société que celle qui se dessine et que je trouve déplorable. Ceci dit je pense que nous avons tous (même moi) quelque part une part de responsabilité consciente ou pas. Voilà. Je ne voudrais surtout pas que mon billet initial soit mal interprété mais j'ai voulu réagir, ça me tenait trop à cœur.
Je vous souhaite une bonne journée.