Jour après jour les amours mortes n'en finissent pas de mourir.
Dans un pâle et beau soleil axonais, une vitre ancienne où flottent quelques bulles d'air déforme à peine la gigue de deux papillons blancs énamourés.
Je me souviens que lorsque je glissais la clef dans ma porte, je songeais que mon bonheur était doux. J'aimais ma vie. J'aimais ces rires, j'aimais ces vies, ces murs aussi. Construire la mienne et bâtir la leur. Une âme de maçon.
Avant le gouffre. Dont on remonte un jour. Parce que la vie est toujours la plus forte. Une corde que l'on saisit et dont on ne sait plus bien laquelle de nous deux tire l'autre. Moitié main courante moitié béquille, la rampe chemine pourtant à la surface où l'on revoit le jour ; enfin ce qui lui ressemble. Clarté blafarde qui semble d'or d'avoir été si longtemps dans l'obscurité. Avec la même âme de maçon. Et des yeux pour pleurer.
Je vis dans des ruines.
A ne rien construire, je collectionne les fissures.
A défaut d'avenir je collectionne les inscritptions. Je cours de date en date. Un marathon pour tout projet. Dérisoire ouvrage. Mais du vent c'est toujours mieux que le vide. Au bout il reste quelques pleurs et le sentiment de ne pas perdre complétement son temps. Et à courir on s'imagine ne rien attendre...
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 25/08/2010
Tréfonds et sentiments
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Commentaires
il reste aussi de vrais morceaux de littérature que tu nous fais partager.
J'ai lu ou entendu quelque part que les gens qui courraient le marathon avaient quelque chose à franchir dans leur tête (pas seulement le challenge de le faire).
Alors j'imagine que ce projet n'est pas si "anodin" que ça (je ne parle évidemment pas de l'aspect physique de la question).
Alors cours. Moi je suis sûre qu'à cause de plein de choses dans ta vie, elle n'est ni vaine ni perdue.
Bonjour Tarquine,
Je cours, moi aussi. Je fais le même métier que vous. Et j'ai envie de courir le marathon de Paris en 2011.
J'aime bien ce qu'écrit Anne : "quelque chose à franchir", c'est joli. Et sûrement juste.
Courir, c'est avancer. C'est une petite vie en soi, une épreuve qui commence, se vit, se passe, se termine, et dont on se souvient d'une façon qui me semble toujours un peu étrange, laissant une impression forte, mais floue. J'ai du mal à me souvenir de mes courses, je ne me souviens presque pas du parcours, de la fatigue ou des pensées clandestines qui me traversent brièvement l'esprit, que je ne cherche jamais à suivre, encore moins à rattraper.
Courir, c'est respirer. Mon souffle est presque la seule chose dont je suis extrêmement consciente lorsque je cours. Le souffle et le corps: sa danse, sa foulée, son rythme, son déplacement, somnambule, aérien, ou au contraire, ralenti, lourd, tiré par une volonté abstraite - mais toujours au premier plan.
Avancer, respirer, finir, se souvenir. Mal. Mais savoir que quelque chose vient d'être franchi.
ça fait du bien de courir, le temps est différent ; mon fils est parti etudier loin de la maison en 2006, j'ai couru le marathon de Paris en 2007 pour combler ce vide. Courage
Moi aussi je vis dans des ruines, le gouffre, les fissures, les miettes, les larmes cachées et le reste .
Un marathon aussi comme un 1er pas hors du néant.
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