Confutatis maledictis
Ne le dites à personne mais parfois je m'ensauve dans la nuit. Je cours vers mon biclou comme on se jette dans les bras d'un ami. Il me tient plus chaud que le corps que je viens de quitter.
Alors immanquablement c'est le Requiem de Mozart que je verse dans mes oreilles.
Sur l'Agnus dei, j'enfile des perles de rire pour mieux cacher ma peine.
Le confutatis me bouleverse. Plus maudite que jamais je traverse la nuit, je traverse ma vie, sans rien y comprendre. En emportant avec moi ce corps trop ardent. Si ardent que je cavale dans les ténèbres, je l'essouffle dans l'ombre, je voltige sous la lune.
Dies irae. Je n'ai plus de colère, juste une grande détresse. Leurs yeux ne me voient pas ; ils ne sont que les sentinelles de leurs mains, celles que je quête aussi. On ne m'aimera plus jamais. J'ai fait un rempart de mon corps. Kilomètre après kilomètre, il est plus endurci que jamais. Il est ma force, mon pavois. Ils ne voient que lui.
A quatre heures tout est noir.
Il ne reste sous mes yeux que ce gadget à deux balles qui clignote dans la nuit.
Une chandelle dont la flamme aussi électrique que pitoyable tremblote sur une tombe dévorée de bondieuseries criardes. On entend presque glapir une prière.
Sa tombe est noire.
Les fleurs ont crevé.
Et moi kilomètres après kilomètres je continue, j'allonge les foulées, je fais plier ce corps qui a l'affront de lui survivre, qui a l'affront d'avoir faim. Et surtout de s'abreuver avec autant de facilité.
Lacrimosa. Rentrer chez soi. Rentrer se terrer.
Faire des projets.
Repartir, kilomètres après kilomètres.
demain ce sera 5 à petits pas.
Et bientôt tant leur succéderont.
Ils sont la seule route que je parviens à tracer...
Ils sont aussi les seuls à savoir me consoler. Mon corps est bien trop dur désormais pour attirer la tendresse. Je ne l'ai jamais beaucoup aimé, ça tombe bien...
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 06/05/2008
Tréfonds et sentiments
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Commentaires
Le Dies Irae, je ne m'en lasserai jamais !
Tiens il existe toujours ce blog ? Vous avez déjà essayé le requiem de Fauré et en particulier le libera me ?
Mad jurist le pieux ! Je vous remercie de vos bons conseils mais Fauré ne me fait pas jouir...
Bonsoir, Je n'ose bonne nuit, mais espère pour vous bonne suite. Cordialement PS : Oui, il existe ce blog, il me met parfois la rate au court-bouillon, mais je ne peux passer devant sans m'arrêter !
Tiens, je pensais bien être le seul cinglé de la planète à me passer le Requiem de Mozart sur mon vieux biclou qd ca va pas ! Et bien voilà Veuve BricBlogueuse, on ne remerciera jamais assez Sussmayer. Oserai-je vous dire, une fois retournée, de mettre votre AïePaude sur la Sonate nÝ8 de Beethoven par Kempff ?
Je l'aime tant, je voudrais l'entendre au moment où je mourrai...
Le Requiem de Mozart, une merveille, l'oeuvre d'un génie. Je ne me lasse pas de l'écouter ni de le chanter. Et oui, je chante dans un choeur qui a pour répertoire du chant sacré. Vivre passionnément le Requiem en le chantant, vous ne pouvez pas imaginer combien l'émotion déborde de ma voix, de mes pores, de mon corps tout entier. Toutes ces voix mêlées dans un même choeur et dans un même coeur... Introitus et Lacrimosa ont mes préférences.
"Je l'aime tant, je voudrais l'entendre au moment où je mourrai..."
Nous, notre père, ce furent les Vêpres de la Sainte-Vierge, de Monteverdi.
Et un air d'accordéon (un diatonique) joué par un de mes frères.
C'était pas le but ! Quoique du pieu à la jouissance il n'y ait qu'un pas, le requiem ce serait plutôt un trépas....Moi mon truc ce serait plutôt "I've written you a Love song" par Zarah Leander sur U-Tube...ça commence tarte avec une coiffure moche et elle tourne la tête et tout d'un coup on est ému...magique !
Un chef-d'oeuvre , ce requiem de Mozart! Mais qui a pu l'inspirer sinon Dieu?
Un chef-d'oeuvre , ce requiem de Mozart! Mais qui a pu l'inspirer sinon Dieu? c'est une question qui prend des airs d'affirmation. Ca me tue les gens qui savent. Et puis, il ne faut pas mélanger Dieu et le sacré... A quoi nous sert de savoir quelle est la source de cette inspiration, l'essentiel c ce qu'elle nous offre, non ? Ca c'est tangible, réel, sûr et certain, le reste: devinettes, suppositions, allégations...
Tout arrive : je suis d'accord avec Farah !
Vous savez... je n'aime pas toujours ce que vous écrivez, je ne partage pas toutes vos opinions ni vos goûts loin s'en faut. Pourtant, je reviens toujours par ici pour prendre de vos nouvelles et je voulais vous dire que vos enfants sont beaux comme la vie peut l'être et que tant de gens vous aiment. Alors, aimez vous aussi, même s'il faut aller au bout du désespoir pour retrouver le goût du bonheur. Je vous demande humblement de vous en souvenir lorsque vous martyriserez votre corps à vélo ou à la course. miserere
Bonjour Veuve Tarquine, C'est effectivement incroyable, l'effet de CE Requiem. Mon mari les collectionnait; mais Mozart restait son préferé. Cela a aussi été sa dernière musique, le jour de son enterrement... Entendre ce requiem est devenu comme un rite de purification. Comme vous, j'ai besoin d'une armure pour tenir debout. A croire que je me suis transformée en insecte : Je crains parfois de n'avoir plus de squelette à l'interieur tant je me sens faible... C'est pourtant bon la tendresse !