la pertinence de mes dragons
Ils se font parfois si taiseux que j'en viens à les croire
vaincus.
Je m'autorise alors un ersatz de confiance, un
succédané d'espérance, de celle qui
vous permettre de goûter à peu près
l'instant.
Et comme je souffre d'enthousiasme chronique — non, ce n'est
pas contradictoire, vous pouvez me croire — je trouve que la
vie est jolie, même ainsi...
Ils ouvrent un œil de temps en temps. Sachant combien il est
dangereux de les nourrir, alors je me détourne d'eux.
Ce que j'aime moi ce sont les rires ! Pas le feu...
C'est souvent quand je m'y attend le moins, quand je m'installe avec
une certaine mollesse dans un relatif et incertain confort qu'ils se
soulèvent comme on se révolte : avec
brutalité et démesure.
Les doutes se font alors tortures, les détails deviennent
infâmies, la lumière devient nuit.
Il me faudra des jours pour les faire taire.
Mais se feront alors si taiseux que j'en viendrais à les
croire vaincus...
Ma vie suggère le contraire, mais j'ai horreur des drames,
des larmes, et même des conflits.
J'ai juste ma colère et mes dragons.
Si la première m'ôte toute perception de douleur,
les seconds me transportent en enfer.
Sauf que j'ai compris désormais qu'ils sont mes sentinelles.
Et lorsqu'ils tonnent, ils sont avant tout semonce.
Je les crains plus que tout.
Mais il est peut-être temps de savoir les entendre pour enfin
les dompter...
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 30/12/2007
Tréfonds et sentiments
Fil des commentaires de ce billet – Lien permanent de ce billet










Commentaires
Une femme avertie en vaut deux... C'est bien de cela qu'il s'agit ?
VT, Toute petite devant votre chagrin et ces douleurs tapies. suis un peu gênée d'intervenir, c'est très délicat. mais pourtant je me lance courageusement: juste pour vous dire que le concerto nÝ 2 de Rachmaninov est celui que je vous conseille ardemment : il y a dedans toute l'expression de ces chagrins et ces souffrances que la vie nous assène à coups de marteau: l'artiste y a mis la révolte, l'incompréhension, la colère, le recroquevillement sur notre peine, et puis, cette chape de plomb qui se lève, ces éclats, ces sourires. peut être connaissez vous déjà ce concerto.. il est d'ailleurs utilisé par certains psychologues aux usa en musicothérapie. ce n'est pas une recette , oh bien sûr non! . mais la musique résonne et parle pour nous. elle aide à traverser les moments trop lourds. et il y a un espoir indicible dans ce concerto. bon courage
Maky, non, il ne s'agit pas de cela. C'est plus simple et plus complexe à la fois.
Pour être toute à fait franche (et j'ai moins de pudeur à le faire en commentaire que dans un billet) j'ai énormément de difficultés à imaginer que l'on puisse m'aimer... A dire vrai je n'y crois jamais tout à fait. Je suis même tout à fait certaine du contraire... J'essaye d'en faire mon affaire. Si l'on conjugue à ce fait une rare clairvoyance pour percevoir le moindre malaise mais non à le comprendre, ni même à jauger de sa gravité, vous imaginez quels démons j'abrite en mon sein...
anne, rassurez-vous le chagrin ne rend pas plus grand et qui plus est ne vaut pas médaille !
Je connais le concerto nÝ2 de Rachmaninov. Et je l'ai même écouté en entier. Ce qui n'est pas rien quand on sait que définitivement non-moderne mes goûts musicaux ont énormément de difficultés à franchir la barre du 19ème siècle... (sans compter que je ne suis pas spécialement fana de piano, instrument conçu uniquement à la gloire de ses solistes). Bref, vous avez raison, pour qu'une œuvre pareille réussisse à transpercer mon âme obtuse de snobe baroqueuse, c'est qu'elle proprement exceptionnelle :)
Le rapport que l'on entretient avec la musique relève à mon sens de l'intime. J'ai mis plus de deux ans à pourvoir en écouter de nouveau. D'abord timidement. Pour certains morceaux, c'est plus de trois ans qu'il m'a fallu...
Je nous entrevois un dragon commun et qui ne m'étonne pas davantage que ça.
"rassurez-vous le chagrin ne rend pas plus grand" : ce serait si simple, par là même on pourrait plus facilement en sortir et nous offrir quelques raccourcis dans le brouillard qu'ils sont. Je crois pour ma part qu'il rend avant tout et dans les premier longs temps plus vulnérables ; et plus intransigeant(e)s vis-à-vis de ceux qui nous semblent (à tort ou à raison) secondaires. J'ai ainsi perdu quelques amies.
Pour la musique, oui deux ans, peut-être trois. Quand il s'agit au contraire de souvenirs lumineux que rien n'est venu briser par la suite je me suis aperçue cet automne que 10 ans après, j'en avais encore les larmes (aux yeux) (d'émotions) et sur un air pourtant quelconque. J'aime assez l'idée de "prescrire" une musique. L'intention, l'attention que la démarche indique.
Je me permets de vous apporter une citation d'Hippocrate (inventeur de la médecine moderne) :
Il n'y a rien de plus essentiel que ce que l'on peut mettre dans son assiette (et dans son corps), que la nourriture, solide, ou liquide.
Ce fait conditionne toute notre conduite, intérieure, et extérieure.
Vos "dragons" viennent peut-être de là : de nos jours, l'on n'est sûrs de rien lorsqu'il s'agit d'alimentation.
Ce commentaire ne mettra pas en cause les croquettes mais les forces telluriques. Il y en a qui méritent bien votre sentiment : "il est dangereux de les nourrir, alors je me détourne d'eux. Ce que j'aime moi ce sont les rires ! Pas le feu..."
Pour essayer de rester dans le ton :
Parfois, ce qui menace un monde intérieur s'évanouit devant une simple conversation. Parfois un rayon de lumière donne au monstre figure humaine. Bref, c'est bien d'avoir des amitiés dignes de confiance et de parole.
"...c'est bien d'avoir des amitiés dignes de confiance" : Pardonnez-moi, mais c'était le sens de mon propos, ce me semble...
A l'heure d'aujourd'hui, l'on ne peut rien (ou si peu...), contre les "forces telluriques" !
- 'Suffisait de d'mander !
;-) ... et à la relecture, mon propre commentaire obscur m'apparaît peu clair. Je ne parlais pas d'amitié avec les dragons, mais d'amitié qui permette de parler dragons. Bref, bonne année !
Je voulais dire que tout est question de confiance. Confiance aux autres, confiance en soi. Confiance en ce qui nous entoure. Lorsque l'on a perdu un être cher, il faut travailler cette confiance, et faire un effort particulier pour s'alimenter (en nourriture, pour commencer), c'est déjà se mettre en bonne condition pour que le reste des choses de la vie courante se fasse pour le mieux, telle une suite logique d'événements, sans y réfléchir, et cela car la base a été faite du mieux possible... Bonne Année aussi ! ;-))