Le vent dans la pente
Je le sens depuis un moment. Le coeur en pente, le moral en
débandade. Un mois que je sais que cela me pend au nez. Un
mois de ruses pour ne pas me confronter à cette amertume en
embuscade.
Le creux... Je savais bien qu'il me rattraperait. Il me rattrape
toujours. En dépit de mes rognes qui me
caparaçonnent si bien. En dépit de mes feintes,
de mes stratagèmes, de mes intrigues pour ne pas
céder. Car le moral ne peut être qu'en pente
douce, quand un jour la terre ferme s'est dérobée
sous vos pieds, quand un jour la vie s'est faite falaise.
D'abord la falaise depuis laquelle on l'on bascule. Inexorablement.
Sans même penser à amortir la chute. Sans avoir
d'autre conscience que de celle tomber.
Et puis bientôt la falaise qui se dresse et qu'on le veuille
ou non, il faudra bien escalader.
L'honnêteté me force quand même
à avouer que les deuils sont à l'inverse du
vélo : la douleur de la descente est sans commune mesure
avec celle de l'ascension. Et c'est un cynisme que je prise
particulièrement quand je joue d'évitement et de
faux-fuyants avec ma mélancolie. C'est que j'essaye de le
domestiquer comme je peux ce cafard ! Dérision. Sarcasmes.
Tout est bon.
J'ai mis Montand dans mes oreilles et puis j'ai
pédalé comme une dératée.
Je me suis couverte de sueur ; de la tête au pied. J'ai
crevé mes poumons dans des cotes providentielles ; et dans
les pots d'échappement, j'ai éreinté
mon haleine. Je ne sais pas si cela suffira. En tout cas j'ai
pleuré. Je m'y suis autorisée. Moi, la Madeleine.
Qu'un rien émeut... mais qui n'accepte plus
dorénavant que de pleurer son bonhomme, voire ses parents.
Se laisser aller... j'essaye de me persuader que c'est plutôt
bien. Des larmes, je n'en ai pas versé beaucoup, pourtant. Cela
me semblait trop futile. Trop insignifiant. Alors j'ai
appuyé encore plus fort sur mes pédales. J'ai
senti le vent sécher mon visage. Et j'ai songé
que je n'ai aucune envie de m'arrêter. Pas maintenant. J'ai
pris trop d'élan, j'ai fait trop de chemin.
Et j'ai semé mon bourdon...
Une fois encore. Un instant ou plus longtemps je ne sais.
Non, je ne veux pas pleurer, je ne veux pas chialer ma vie. A aucun
prix. Je ne veux pas de ces larmes qui m'obscurcissent la vue encore
plus densément que le vent du mouvement. Quant à
se savoir aveugle, autant en choisir la manière et conserver
l'illusion d'être maître de quelque chose dans ce
relief qui, et c'est ma seule certitude, m'échappe
parfaitement.
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 03/02/2007
Chagrine Tarquine
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Commentaires
Un peu nouveau par ici... Ces mots sont très beaux et peut-être un digne échappatoire à cette pente. Merci pour ces mots même s'ils sont issus d'une baisse de moral...
Courage ;-)
Le hasard des pages m'a amené ici, c'est un très bel endroit qui semble calme et serein. Rempli d'émotions aussi ; la souffrance est un paysage vallonné. Je regarde par la fenêtre, aujourd'hui la lumière est belle, les contours des choses bien nets, nous sommes enfin sortis de la grisaille, le soleil est là. C'est peu mais ça change tout.
les photos, ça fait du bien (je viens de "lire" les trois billets qui suivent celui-ci). non pas courage mais sèche tes larmes ?
- 2 mois que je possède un ordinateur, - 1 mois qu'avec émerveillement et douleur j'ai découvert votre site, - 1 mois que vous faites partie de mon univers et que j'hésite à vous dire :
Tout comme M3, cela fait maintenant quelques jours que je visite régulièrement ce blog, que je l'ai parcourus depuis la première page, sans oser poster pour autant, de peur d'avoir des mots maladroits, de parler pour ne rien dire. Mais voilà, pour tout ce que j'ai pu y lire, je voudrais aussi juste vous dire ce simple mot: courage! Je sais que ce n'est pas facile, je sais ce que c'est de perdre un être qui vous est irremplaçable, mais voilà...
Merci aussi, simplement merci d'avoir pu mettre par écrit avec de si jolis mots des choses si graves, et de nous les avoir un peu communiquées.
J'avoue qu'alors que ce qui m'est tombé dessus est infiniment moins grave et pour partie éventuellement peut-être un jour qui sait un petit peu réversible (sauf la mort de mon père, mais qui pour moi n'est pas le pire), je ne parviens pas à maîtriser les inévitables (et nécessaires :-( ) moments de lâcher prise. Parfois j'ai l'impression que ça va, je m'efforce de faire de mon temps personnel des choses intéressantes et utiles, et ça me rattrape au tournant. Tout à l'heure je suis allée à l'expo Doisneau. Je me croyais heureuse. D'être là en tout cas. Et puis je me suis mise à pleurer devant la photo de Duras (jeune) qu'il avait prise et je sais bien pourquoi. En revanche je ne m'en étais même pas rendue compte, c'est le regard mi-inquiet mi-intrigué d'une jeune femme qui visitait qui m'a fait prendre conscience que mes yeux coulaient. Je finis par me demander si on guérit jamais.
Je découvre ce site et je voulais te féliciter pour cette très belle écriture. Je reviendrai avec le plus grand plaisir !