Croisées d'ogives dans la cathédrale de Soissons

Ce matin, le brouillard la nimbait. Alors en sortant de chez Marek, la boulangerie où l'on achète du pain qui ressemble à du gâteau, j'en ai pris le chemin avec mes tarquinets. Parce que l'on y retourne souvent depuis le jour où je n'ai pas eu le cœur de leur refuser d'allumer une bougie pour Papa.
Elle était belle. Elle l'est toujours.
Et puis j'y étais bien. J'y suis toujours.
J'ai pensé par devers moi que ces vieilles pierres avaient le pouvoir le chasser mes démons... Et je me suis dit que je ne l'écrirai pas ici pour un empire ! Mais comme je ne sais décidément pas mentir et que cela me fait moi-même sourire, je peux bien l'avouer ! J'y ai trop de souvenirs pour renier un seul instant l'effet qu'elle me fait cette cathédrale où ce n'est plus mon père mais mon Tarquinou — le plus grand charmeur que la terre n'ait jamais porté ! — qui m'a déclaré une fois encore que j'étais belle (il me le dit en moyenne cinq fois par jour alors même que je le somme de cesser définitivement ces basses flagorneries !).


Et puis j'ai tourné la tête et je les ai vus ces ogives qui se croisaient sans jamais s'entrechoquer. Il y aura dorénavant dans ma vie la croisée d'ogive comme il y a eu la croisée des chemins. Le moment précis où un démon s'éteint. C'était ce matin et c'était bien.