Quand les ombres n'encombrent plus
Non mes ombres ne m'encombrent pas.
Elles sont là, tout près mais je les appelle
quand même.
Je les sens mais de si loin.
Elles ne m'encombrent pas. J'aimerai pourtant qu'elles m'envahissent et
m'ensevelissent.
Qu'elles me permettent d'oublier mes éternels combats.
J'aimerai me résigner. Laisser pisser.
Certains semblent savoir le faire. Moi je les envie.
Pourquoi faut-il que je sois toujours en train de me battre ?
Contre moi, contre le temps, contre les évidences, contre ce
que je crois savoir, contre ce que je devine, contre ce que je
m'imagine.
Accepter.
C'est peut-être cela le traître mot.
Mes ombres sont là. Tout près. Mais elles ne
protègent plus.
Elles sont dorénavant trop loin.
Maintenant je suis seule.
Et je sens ma vie qui m'échappe.
Sans bien comprendre pourquoi.
Les mots me fuient aussi.
Je ne sais pas décrire ces larmes qui coulent et
qui me laissent pourtant de marbre.
La douleur est toujours là mais je ne la ressens pas.
Pleurer n'a jamais empêché de vivre, ni
même d'en rire.
On pleure sur soi, un peu. Mais pas trop.
On pleure l'amour et la confiance, tous deux envolés. On pleure
beaucoup cela.
On pleure son passé.
Mais le pire c'est quand on pleure déjà son
avenir.
Avenir.
C'est ce mot là qui me terrifie je crois.
Mes ombres ne suffisent plus à le masquer.
Elles ne m'encombrent pas assez.
J'aimerai pourtant beaucoup qu'elles m'obstruent la vue.
Peut-être alors que j'accepterai.
Que je laisserai tomber mes combats stupides.
Contre moi, contre le temps, contre les évidences, contre ce
que je crois savoir, contre ce que je devine, contre ce que je
m'imagine.
Mais si c'était enfin d'accepter qu'ils soient morts qui me
jettent dans cet avenir si ténébreux ?
Rendez-moi mes morts.
Rendez-moi mes mots.
Pleurer son passé c'est beaucoup moins compliqué
que de redouter son avenir.
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 24/11/2006
Chagrine Tarquine
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Commentaires
je me permets de te conseiller la (re)lecture de L'Homme de la Mancha, finalement lui aussi se battait contre/pour des ombres mais pour notre plus grand bonheur... une lecture très réconfortante quand le poid de notre humanité devient lourd à porter...
Pour quelqu'un qui ne sait pas trouver les mots, je trouve que tu t'en sort plutôt pas mal ;-) Il y a trois bouts de chou qui t'y tirent, dans ton avenir. Courage, et pensées affectueuses.
Et bien.. Je tombe sur cet espace par tout hasard en fait. Et je ne le regrette pas. Tu sais écrire. Tu écris bien, même. tu sais retranscrir tes sentiments. Et c'est pas évident. Beau moment que que d'venir te lire ici. Merci.
Quand tu t'arrêtes 5mn de vivre pour regarder autour de toi, il est bien normal de ne pas croire en l'avenir.. J'te comprends.
J'te laisse.. surement à une prochaine fois ici..
Votre billet me fait peur. Et ce surement parce qu'il est terriblement humain. Je ne sais pas quoi dire ni quoi faire, nous sommes tous tellement seuls... et il est parfois impossible d'arriver à se souvenir que l'amour existe encore malgré tout et peut tout.
oui ce sont ces mots là, les ombres, la douleur merci de savoir le dire.
BOnjour,
Vos mots, des fragments sur des images survolées...
J'espère ne pas decevoir la correspondance avec vos mots.
(J'ai mis en ligne des images, à l'adresse ci dessus, en correspondance avec des fragments de votre texte; Je pense que l'album "ombres" devrait s'afficher si soucis dites le moi)
Sentiments les meilleurs
Jean-noël (photographe)
et moi de me rappeler cette angoisse terrifiante qui me prenait devant la table de travail, tard la nuit pendant mon adolescence... je n'avais pas de convictions, je n'avais pas d'acquis, je n'avais pas de capital départ, uniquement des doutes sur mon potentiel.
aujourd'hui je vis dans la haute tour de ma citadelle des certitudes, et je récite mes litanies du 'rien n'est jamais acquis définitivement' et 'tout ce que je sais c'est que je ne sais rien' en espérant que le jour où un tremblement de terre mettra à bas mon château de cartes, il me restera au moins ça...