Accessorium sequitur principale
Ce soir, j'avais très froid.
De ces froids salutaires qui vous prennent pour mieux vous
anesthésier.
De ces froideurs qui vous envahissent pour mieux vous enraidir.
De ces gelées qui vous glace le cœur pour le faire
plus impassible et partant plus léger.
J'en étais à me féliciter de la bonne
santé de mes réflexes salvateurs, devisant par
devers moi quant à savoir si ceux-ci étaient innés ou
acquis quand ma Tarquinette — qui se régalait
d'une part de pizza— s'est mise à pleurer !
« Mais pourquoi pleures-tu mon amour ? » me
suis-alors empressée de lui demander, avec une force
d'autant plus vive que rien ne laissait présager ce brusque
changement d'humeur.
Elle m'a alors expliqué qu'elle était
très triste à cause d'hier !
- Hier ?
- Oui ! Hier quand tu as dit qu'on ne te donnerait plus la main !
Je dois vous dire qu'hier en allant au marché je savourais
à pleines mains les
deux menottes qui s'y étaient étroitement
réfugiées dont je me régalais
de leur
chaleur.
Tarquinette à main droite.
Tarquinou à main gauche.
J'avais la particulière conscience de ces instants que l'on
sait précieux.
Je goûtais la confiance de mes petits, leur
appétit et leur amour aussi.
Alors je leur ai dit combien j'aimais sentir leurs mains dans les
miennes.
Et j'ai rajouté avec bonhomie qu'un jour prochain ils
seraient plus grands que moi.
Et qu'avant cela, ils n'auraient plus du tout envie
de donner la main à leur mère dans la rue !
Moi je pensais que c'était une réaction assez
normale.
Je comprenais parfaitement qu'à un certain
âge, on considère que donner
la main à Maman devant les copains c'est nul !
Mais Tarquinette, elle, elle ne le considérait pas du tout
ainsi !
Tarquinette elle s'est mise à pleurer à grosses
larmes pour me dire que elle, elle aimerait toujours me donner la main
dans la rue, même quand elle, elle serait vieille et que
même moi aussi !
Alors j'ai pris ma Minette dans les bras, je l'ai embrassé
très fort et puis je l'ai rassurée.
Je lui ai dit que toute ma vie je voudrais qu'elle me donne la main
dans la rue.
Et qu'on s'en moquait bien des copains de tous poils !
De tous ! Sans exception !
Nous, on s'aimait bien plus fort que ça !
Elle m'a lancé un grand sourire.
De ces sourires salutaires qui vous envahissent le corps pour mieux
vous ranimer.
De ces rires chaleureux qui vous irradient le cœur pour mieux
vous enflammer.
De ces gaietés d'enfant qui vous rappellent que c'est cela
qui est important.
De savoir les aimer et d'être vivant.
Et puis depuis tout ce temps je devrais le savoir :
Accessorium sequitur principale !
Nécessairement !
J'en ai l'absolue certitude... sans savoir si je tiens celle-ci de
façon innée ou si je l'ai acquise...
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 06/11/2006
Tréfonds et sentiments
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Commentaires
Bouh, ça fait chaud au coeur.
Je me disais hier, en regardant ma fille de 1 an, que certaines de ses mimiques, que certaines de ses attitudes ne sont que passagères. Mon ainée de bientôt 7 ans ne me regarde déjà plus comme ça, ne tend déjà plus son bras en articulant des non-mots lorsque j'arrive ... bref, elle grandit (mais elle apprend à lire maintenant c'est "hyper chou" aussi ça).
Suis-je sur que dans 10 ans, elles me serront encore toutes les 3 bien fort la main dans la main lorsque nous déambuleront dans la rue ... ben non, je me résigne ;-)
J'en suis déjà à glisser mes menottes (enfin si je puis dire), dans leurs mains, en douce, puisque les deux grands se trouvent "trop grands" pour me donner la main. Ils me regardent alors l'air désapprobateur, lançant un "mamaaaaaaaan" exaspéré. Mais j'ai trouvé la réplique imparrable, je leur ai expliqué que c'est moi qui leur donne dorénavant la main, car je les prépare "pour quand je serai vieille" (mais il parait que je suis déjà vieille... c'est à désespérer).
Si ça peut rassurer Tarquinette, après quelques années "off", il m'arrive de donner la main à ma maman quand on se promène, juste par amour, comme ça...
Comme Anne, des années off et puis de nouveaux des gros calins et des bras dessus, bras dessous... C'est toujours si "boulversifiant" l'amour d'un enfant... quoi ? oui je m'impatiente de conaître tout, tout ça ! bises à vous tous !
Je te découvre et j'aime déjà. Cette sensation de main qui se love dans la notre, mon dieu, c'est si cher... Mon fils s'est récemment littéralement offusqué que je puisse insinuer qu'un jour il ne voudrait plus m'embrasser devant l'école... Quel besoin avons-nous de devancer ces instants inéluctables ? Peut-être pour moins souffrir quand ils arriveront...
Je te dis que je te découvre mais c'est faux en réalité, je suis déjà venue ici, bien sûr. Peut-être même es-tu venue chez moi aussi, je crois. Désolée, ce n'est pas que j'avais oublié, c'est juste que je ne crois pas avoir déjà posté un commentaire chez toi.
Léone a le même genre de gros chagrin de temps en temps, quand elle se rend compte qu'elle grandit, qu'elle n'est plus mon gros bébé d'amour. Ça me bouleverse à chaque fois, autant de chagrin pour quelque chose qui pourrait être une fête…
Et c'est si doux les mains des enfants. quand on se faisait des calins, avec lou, nous nous caressions la paume de la main. C'était un tel plaisir. Je crois qu'elle le retrouvera quand elle sera mère à son tour…
A 26 ans je donne toujours la main à ma petite maman. C'est ainsi que je redeviens toute petite :)
Ce billet m'inspire quelque réflexion, qui n'ont rien du commentaire sur ce que fait Tarquine, puisqu'il m'arrive les mêmes choses, ainsi qu'il est clair à beaucoup de mamans qui ont commenté ici. Cela me rappelle que nous aurions tendance à dire des choses à nos enfants, de nos points de vue, et d'oublier combien il est difficile pour eux d'envisager un temps qui n'existe pas encore. C'est un processus cognitif qui nous fait grandir trop vite, qui est source d'angoisse, surtout quand il touche aux émotions, comme c'est le cas dans l'histoire que nous narre avec tant de sensibilité V.T. ici.
Je pourrais décliner à l'infini les conversations que j'ai eu et continue d'avoir avec ma progéniture, et j'ai la chance d'avoir un fils qui m'aura au moins appris comment faire pour ne pas tomber dans ce travers, tout en m'autorisant à lui parler de mes propres émotions. Un exercice périlleux !
Pour ceux qui comme moi n'ont pas fait droit en première langue : http://fr.wikipedia.org/wiki/Jargon_juridique
Moi aussi j'adore que mes enfants me donne la main quand je les emmène à l'école le matin.
et oui quelle erreur , ce soir je vais donner insidieusement la main à mes filles même si je dois me faire traiter de tous les noms car elles ont plutot passé l'âge(sniff) mais moi bien vielle je regrette souvent de ne plus la donner à ma mère parce que nous croyons toutes les deux avoir passé l'age et que nopus nous réfugions derrières les convenances, une pudeur mal placée ou qui sait quoi................
Vous m'avez encore fait pleurer de bonheur Tarquine, merci.