Mon vieux PC, mon premier ordi, celui sur lequel j'ai joué des nuits entières (vous ai-je dit combien j'ai aimé Everquest ?), celui dont, au cours des années, j'ai changé tous les organes, de la carte graphique aux barrettes de ram, en passant par le processeur et la carte mère, celui qui m'a vu toshoper des nuits entières pour éviter de chialer comme un bébé, celui sur lequel j'ai aussi tapé mes premiers billets, s'est emballé de retrouver l'adsl... il a galopé toute la journée et au matin suivant, il s'est éteint dans une odeur âcre. Oui je pourrais le conduire à un nouveau bloc d'alimentation et ainsi tenter une réanimation mais il m'a trop servi pour continuer à m'acharner. Je vais le laisser en paix. Je vais juste conserver ses disques durs pour en extraire tous mes souvenirs, ceux qu'on a fait à deux, puis à trois, puis à quatre, puis à cinq.

La vue c'est l'inverse des cheveux blancs... quand votre vie s'écroule, la première chute et les seconds multiplient. Et puis les seconds restent mais la myopie, elle, elle s'en va. Pour la seconde fois en trois ans la correction de mes verres s'amenuisent. Et non, ce n'est pas encore la presbytie. Je récupère juste un peu ce que j'ai perdu brutalement. Enfin, pour ce qui concerne mes yeux...

Je n'y avais plus mis les pieds. Enfin, deux fois j'étais entrée. Puis le portillon franchi j'avais fait demi-tour. D'abord parce que c'était le matin et que j'avais du travail. Ensuite parce que c'était le soir et que j'avais rendez-vous avec mon galant. Mais Tarquinou en sortant de l'école il voulait aller arroser les fleurs, alors nous y sommes allés, au cimetière. Je m'écroule toujours. Sans bien comprendre pourquoi. Je me mets à pleurer, pleurer à gros bouillons, comme il dit. Pourtant j'ai des projets. Des projets qui me tiennent à cœur et qui me le font battre plus vite aussi.
Mes souvenirs ressemblent aux plantes qui ornent sa tombe. On ne les arrose jamais assez et surtout pas régulièrement. On les a fait geler et cuire aussi. Il faut même avouer qu'on essaye de les abandonner pour se persuader qu'on peut les oublier. Mais sans bruit, elles ont pris racine bien au delà du périmètre qu'on leur avait assigné. Elles vivent dorénavant très bien toutes seules. Simplement on ne peut plus les déplacer. Et quand on se retrouve face à leur vitalité... on ouvre les vannes et on laisser couler, soit l'eau claire, soit les larmes.


les plantes du cimetière