Une ligne en rade et deux opérateurs qui se renvoient la balle.
Point de téléphone, plus d'ADSL.
Alors je m'éloigne, bon gré mal gré.
Je cultive la patience et j'éponge mon sommeil en retard.
Et puis je regarde ma vie qui change aussi.
Je goûte les escapades en amoureux, presque affolée que cela soit si précieux.
Non, ils ne m'ont pas manqué.
Oui, j'en suis revenue troublée.
Trop.

Alors je file bientôt vers mes vieilles pierres.
Celles qui demeurent et qui apaisent.
Celles qui le matin entendent les pieds nus des enfants qui rejoignent un lit trop grand pour eux — mais devient instantanément trop petit pour nous.
Un lit où l'on raconte des livres de chevaliers et de châteaux-forts.
Où l'on se rassemble avant d'affronter les premiers frimas de la saison.
Celle où, le soir venu, l'on fait déjà griller des shamallows et des marrons dans la cheminée,
après avoir chasser les noix,
après avoir courtiser un soleil encore fervent bien que vieillissant.

La patience ne fait pas partie des vertus dont la nature m'a gratifiée.
Je ne sais me rassasier de souvenirs, aussi bons soient-ils.
Je ne pense qu'à croquer ce qui j'espère réjouira mon futur et qui, je l'avoue, possède forme humaine.

Mais ici le temps est différent.
Le passé me nourrit.
L'avenir m'appartient.
Ici je ne ronge pas mon frein.
Ici je prends mon élan.

Jusqu'à demain seulement...