Quand la maîtrise et la colère se conjuguent
D'aussi loin que je me souvienne j'ai toujours entretenu l'illusion de
maîtriser ma vie mais dans le même temps de faire
les choix importants qui pouvaient présider à
celle-ci sans la moindre parcelle de réflexion ! Les choses
s'imposent à moi. Et cela me semble d'une telle
évidence que je ne parviens pas même à
trouver les mots pour décrire ce curieux
mécanisme où l'idée et son adoption
vous viennent si intimement mélées que vous ne
savez plus si elles vous prennent de front ou si elles se
succèdent.
Deux sentiments qui en ce qui me concerne ne sont en rien
contradictoire : maîtriser n'a jamais signifier calculer,
diriger ou dominer ; maîtriser c'est simplement
être capable de foncer quand la vie vous sourit et faire face
sans perdre pied quand elle vous oppresse.
D'aussi loin que je me souvienne, on m'a toujours vanté les
mérites du cartésianisme.
Et d'aussi loin que je me souvienne j'ai toujours eu une attirance
immodérée pour tout ce qui pouvait ressembler
à un raisonnement logique, qu'il s'agisse de
mathématique, de chimie, de droit ou de jeux d'esprit.
Pourtant sincèrement dans ma vie à moi, celle qui
me tient chaud depuis presque 40 ans, je n'ai pas l'impression que cela
m'ait servi à quoi que soit ! Les connaissances que j'ai
acquises évidemment que j'en use mais de leurs recettes, que nenni !
Non, je crois moi que la seule chose qui m'a vraiment guidée
dans ma vie ce n'est pas la méthode, la réflexion
et les raisonnements : ce sont mes tripes. Ce sont mes
émotions et mes sentiments, ces espèces de vagues
impressions qui, à l'échelle des valeurs
où l'on vous apprend à vous repérer,
tout seul sans papa et maman, n'ont pourtant pas grand
crédit.
Qu'on se le dise : la colère est mauvaise
conseillère !
Mais si ma colère à moi c'était ma
panoplie de survie ? Si c'était elle qui m'avait permis de
tenir, elle qui m'avait permis de me défaire de ceux qui
étaient alors pour moi une menace ? La colère ce
n'est pas quelques mots plus hauts que les autres, la colère
c'est une force que l'on abrite presque malgré soi. Et le
simple fait de savoir qu'elle est là contre moi, sage et
taiseuse au quotidien mais prête à surgir,
féroce et impérieuse quand je suis en danger, est
sans doute la meilleure explication au fait que je connaisse si peu la
peur.
Elle n'a pas besoin de montrer les dents, elle n'a pas même
besoin de sortir le bout de son nez, simplement elle existe et elle
constitue ma meilleure conseillère. Elle me
protège d'autrui et a su me montrer encore il y a peu
combien elle était précieuse cette rage qu'on
oppose inexorablement à ceux qui n'ont pas suffisamment de
forces vives et qui viennent manger celles des autres pour gagner le
sentiment d'exister.
Mais le plus surprenant est qu'elle me protège de
moi-même aussi. Elle a su m'obscurcir la vue tant et si bien
qu'à certains moments de ma vie elle en a masqué
la ruine.
Elle m'épuise parfois et me jette dans un sommeil si profond
qu'il constitue la plus belle des fuites.
Elle se rappelle à moi quand j'oublie ce que je suis, elle
est mon garde-fou et aussi ma mémoire.
Je sais que sur moi elle veille et pour moi cela n'est pas rien... Ma
colère et ma soeur, sont les deux seuls éléments de qui je
tolère une chose pareille.
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 03/06/2006
Tréfonds et sentiments
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Commentaires
Ira furor brevis est
Je reste songeuse quant à cette phrase: "la colère c'est une force que l'on abrite presque malgré soi." Certes, "que l'on abrite presque malgré soi". Mais "une force"?...
Ceci est sans doute valable pour une Veuve Tarquine mais si je pense personnellement à la colère, ma colère, il en va tout autrement... C'est un feu qui me dévore, qui dévaste tout en moi, qui annihile toute résistance, qui balaie toute volonté. Chez moi, le colère est destructrice pour moi-même... parce qu'elle vient sans doute d'une peur.
Quand on a peur, la colère peut se manifester afin de nous protéger... bien que la colère ne protège pas du danger, je pense... (Un psy l'expliquerait sans doute mieux que moi.)
"Fear to loss is a path to the Dark Side."
Bien sur, la colère a une force surprenante et je m'en étonne parfois puisque je suis souvent sujette à ce genre d'élans. Pour moi aussi, c'est une force, et elle a réussi à me faire passer le cap de l'adolescence. Par contre, je connais la peur. Au quotidien. Mais elle ne prend jamais le pas sur la colère, et je sens le combat se livrer en moi-même parfois, très nettement. Il y a des gens, comme ça, qui sont nés en colère, et ce sont souvent ceux qui ont les tripes les plus "consistantes", si vous voyez ce que je veux dire...
Non, je ne puis cautionner la colère. Celle des autres ma cassée, humiliée, écrasée comme une merde, à une heure où la mienne était impuissante. Encore aujourd'hui, la surprise de la violence me désarçonne souvent. Puis, quand j'ai su me défendre, j'ai vu le mal que je faisais, qui ne me causait pas de bien. Alors, j'ai interrogé ses sources, et je n'y ai vu qu'ego, sa frustration, son sentiment d'injustice... Et depuis, je penche pour l'amour, la paix, le dialogue, les explications et le pardon. De violence, il est nécessaire pour vivre, mais pas hors de la maîtrise. Il n'est pas question ici de contrainte, de tout ravaler au risque de disparaître, mais de canaliser, de fléchir à la raison et la sensibilité. La colère a une source, et il me semble essentiel de la retrouver pour approfondit sa connaissance de soi.
Ardalia, je crois lire que vous mettez la violence et la colère dans le même sac... peut-être que c'est avec raison, mais je ne le pense pas. La violence me bouffe et je ne la supporte plus du tout, mais je pense que la colère, parfois, a du bon. On ne peut pas toujours tout canaliser, et souvent, elle est nécessaire il me semble...
Marionette, je crains que vous n'ayez quelque peu raccourci mon propos. Néanmoins, je crois que la colère est une violence, certes néssesaire à exprimer, parfois. Le problème, à mon sens, est la perte de contrôle, elle ammène souvent à blesser l'autre, sans que cela fasse avancer le débat. Les paroles, lorsqu'elles dépassent la pensée, ne sont plus de l'expression, laquelle est importante, mais de la violence vulnérante et vaine. Exprimer sa colère sans violence est difficile, certes, mais si enrichissant que cela vaut vraiment la peine de faire cet effort.
Les Stoïciens avaient une théorie selon laquelle la colère est un aveu de faiblesse, et montrent très bien qu'elle est parfaitement inutile. Il faut bien reconnaître que, de temps en temps, cela soulage... La colère peut être bonne, parce qu'elle nous fait réagir, en quelque sorte, mais nous y laissons un peu de nous-mêmes. Personnellement, ce qui m'inquiète de plus en plus, parce que je le remarque tous les jours quand je cyclopédise à Paris, c'est que les gens se supportent de moins en moins, et le ton monte très vite très facilement...
PS: bravo pour ce blog que je viens de découvrir en recherchant des informations sur la circulation cycliste parisienne!
La colère, nous la portons tous en nous, elle est un sentiment humain, et tout comme la joie ou la tristesse, je ne pense pas qu'on puisse vivre sans. Après, c'est ce qu'on en fait qui diffère. La violence, c'est de la colère qui a été rentrée trop longtemps. D'où l'intérêt de ne pas brimer ses sentiments. Après tout s'ils sont là ce n'est pas pour rien. On ne maîtrise pas ses sentiments... Si ?
Il suffit peut-être juste de remplacer colère par rage pour la parfaite précision de ce que j'ai voulu exprimer.
Veuve Tarquine, j'ai plus réagi à votre billet que je ne l'ai commenté, d'où un léger glissement thématique. J'ai suivi votre conseil, et relu en mettant "rage" partout. En effet, le sens global se transforme légèrement. Je ne lis plus "colère", mais réaction devant la menace, devant les sangsues, je lis extirpation de l'inertie, élan hors de l'ensevelissement. Désormais, c'est "pulsion de vie" qui ressort de votre propos, ce qui lutte contre la mort sous toutes ses formes : étouffement affectif, inertie symbolique ou réelle, etc... Et quand la menace est trop grande, il faut en effet de la rage pour exprimer cette pulsion, pour vivre malgré tout, pour être soi malgré la pression du monde. J'espère avoir mieux compris, cette fois.
Veuve Tarquine ,il est bien vital de reconnaitre ses peurs, mais est-il necessaire de se mettre en colère ?