Où l'on reparle de la responsabilité des blogueurs
Je vous indique qu'à la très
sérieuse revue « Responsabilité Civile
et Assurances » vient de paraître un
article intitulé "La vogue du blog dans la vague des
responsabilités" de Laure
Marino, Maître de Conférence
à l'université Paris XIII.
L'article n'est pas très long mais de qualité et
je souscris totalement à son analyse estimant comme non
pertinente une responsabilité du blogueur limitée
relativement aux commentaires qu'il recueille, à celle
qu'encourrait un hébergeur.
A titre liminaire, je vous rappelle qu'un blogueur est bien entendu
entièrement responsable de ses propres écrits
(qu'il s'agisse de billets ou de ses propres commentaires).
En revanche, d'aucuns avaient soulevé
l'hypothèse selon laquelle, concernant les commentaires
déposés par des tiers sur son blog, le blogueur
pourrait n'en être qu'hébergeur tel que
définit dans la loi pour l'économie
numérique.
Or l'article 6 - 2Ý de cette loi dispose :
2. Les personnes physiques ou morales qui assurent, même à titre gratuit, pour mise à disposition du public par des services de communication au public en ligne, le stockage de signaux, d'écrits, d'images, de sons ou de messages de toute nature fournis par des destinataires de ces services ne peuvent pas voir leur responsabilité civile engagée du fait des activités ou des informations stockées à la demande d'un destinataire de ces services si elles n'avaient pas effectivement connaissance de leur caractère illicite ou de faits et circonstances faisant apparaître ce caractère ou si, dès le moment où elles en ont eu cette connaissance, elles ont agi promptement pour retirer ces données ou en rendre l'accès impossible.
Ce régime impliquerait donc qu'il ne serait
responsable des commentaires publiés par des tiers
qu'à la condition d'en avoir été
strictement avisé par ceux qui auraient à s'en
plaindre.
Bref, avec un tel régime, un blogueur serait donc
immédiatement et entièrement responsable de ses
propres écrits mais s'agissant des commentaires, c'est le
fait de ne pas les avoir fait disparaître — ou
amendés — après avoir
été averti de leur caractère
illégal qui pourrait lui valoir des poursuites.
Laure Marino écarte cette analyse rappelant, fort justement,
la jurisprudence d'ores et déjà intervenue qui
retient la responsabilité de l'organisateur de forum pour
des propos tenus par ses participants, corollaire de son pouvoir
d'exclusion.
Outre que cette analyse au regard de l'état du droit et des
principes de la responsabilité civile, me semble la plus
censée, elle correspond parfaitement à la
réalité des blogueurs.
Je ne me sens pas le moins du monde "hébergeur"
des commentaires ! Ici, c'est chez moi et ceux qui
fréquentent régulièrement ces pages ne
peuvent pas l'ignorer. Je m'en sens, vis à vis des tiers,
entièrement responsable et j'ai, à ce titre,
notamment caviardé toute insulte
proférée ! Tout blogueur est maître
chez soi et doit, à ce titre, exerçer "la police"
des commentaires sous peine, avant même de rechercher une
quelconque responsabilité, de se retrouver
dépossédé de son espace personnel !
Je sais bien que d'aucuns attireront mon attention sur le volume des
interventions extérieures estimant que pour certains blogs,
un tel contrôle deviendrait illusoire. D'une part, je vous
avouerai que dans la blogosphère française, je ne
vois aucun site qui justifierait à mes yeux une telle
analyse. D'autre part, il existe désormais des outils
(notamment à l'aide d'une modération a priori)
qui permettent de limiter considérablement le risque de
dérapage des commentaires.
Bref, je ne saurais trop vous inviter à faire le
ménage chez vous sans attendre que certains s'en plaignent !
Sur le sujet de la
responsabilité des blogueurs, je vous rappelle le billet d'Eolas : « Blogueurs et responsabilité »
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 21/07/2005
(non) droit ou (in)justice
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Commentaires
Ah, on a donc deux points de vue opposés. Va falloir attendre qu'un juge se penche là-dessus (bon, chez qui peut-on troller méchamment pour accélérer les choses ?)
C'est parfaitement clair maître. :-) En tout que journaleuse, je suis parfaitement consciente de ma responsbilité quant à mes écrits. Je l'étais un peu sur les commentaires. Si par exemple quelqu'un laissait chez moi un commentaire incitant à la haine raciale, je serai obligée de le détruite (le commentaire bien sur) de peur de tomber sour le coup de la loi. C'est ça ? Ça m'est arrivé une fois (pas aussi violent, mais assez raciste tout de même) et j'hésitais à cendurer tant j'exècre ce mot. Mais si'il y va de ma responsabilité, je n'hésiterai plus. de même, je sais que mon histoire, telle que je la raconte, pourrait me valoir des poursuites, de la part de mon paternel notamment. Risque effacé par mon anonymat (donc le sien, il n'est pas nommé). ppour le reste, je fais très attention. En tout cas j'ai toujours cette idée en tête.
Padawan le fait remarquer justement, il y a débat sur la question, et seule une jurisprudence significative permettrait de la trancher (la question).
Je suis un peu choqué que l'on puisse se trouver responsable de propos qu'on n'a pas tenu, mais qui seraient le fait de commentaires dont on n'a pas, au moins au stade de leur profération, la maîtrise.
Certes on est ici chez toi, Tarquine, sur ce blogue, mais la porte est grande ouverte et n'importe qui peut entrer, moi par exemple que tu ne connais ni des lèvres ni des dents. Et bien que cet espace t'appartienne, il n'a plus tout à fait le caractère privé qu'a par exemple ton souhittôme (prononcer sweet-home). On est donc plutôt dans un espace public, même si tu as la possibilité de me balayer d'un clic quand tu veux.
Encore faut-il que tu aies allumé ton ordinateur, qu'il fonctionne, que tu ne sois pas en train de galoper à la recherches des Tarquinioles égarés dans la nature, ou de plaider les causes perdues devant un tribunal de flagrant délire. Encore faut-il que tu maîtrises bien les joies de Madame Acheté-Haimêle pour modérer, contrôler, ou bloquer les entrées, et balayer au clic. Moi, sorti de la paille de riz, je ne sais pas balayer.
Nul n'est censé ignorer la loi, mais la connaissance de l'outil informatique n'a rien d'obligatoire. Je sais baratiner sur un blogue, mais bien des mystères m'échappent encore pour, justement, vérifier, contrôler, ou fermer les commentaires.
Je repars en déplacement dans des déserts glacés où la prise de courant n'a pas encore été inventée depuis l'homme de Néanderthal, et pendant ce temps là de petit malfrats vont peut-être débloguer chez moi. Dans deux semaines, à mon retour, le mal sera fait, et même si alors j'efface tout, peut-être en détruisant mes blogues parce que je ne saurai pas faire autrement, je ne comprendrais pas que je puisse être pourchassé par des huissiers et des gens d'armes.
Voilà, c'était ma plaidoirie.
Coupable ou non coupable?
je remercie Tarquine pour ce billet
Andrem, à vous lire j'ai le sentiment que vous confondez "être responsable, à part entière, des commentaires laissés chez soi" et " en être responsable de plein droit" .
La différence fondamentale qui existe entre un hébergeur et moi, c'est que je lis attentivement tous le commentaires laissés chez moi. En revanche, je suis bien certain que mon hébergeur OVH ne lit pas toute la prose dont j'inonde le web, pas plus que celle des milliers de sites qu'il héberge.
Il me semble que cette différence, pour le moins significative, explique déjà la nécessité d'une différence dans le régime de responsabilité.
Par ailleurs, le régime de responsabilité du blogueur repose encore sur la faute. Il ne s'agit pas d'une responsabilité de plein droit du seul fait que le commentaire porterait préjudice à un tiers.
Si un commentateur dépose sous chacun de mes billets un commentaire du genre "la société Voledemor est nulle à chier". Je ne peux pas ignorer un instant l'esprit et le but de ses messages.
Si j'écris 100 billets sous le titre "la société Voledemor est nulle à chier" il y a de très grandes chances que la Société OVH ne s'en apercevra jamais, si personne ne l'en avertit expressément.
Dans le premier cas, si je ne retire pas ces commentaires je commet inconstestablement une faute puisque je ne peux pas ignorer leur but véritable qui d'utiliser mon blog pour faire du dénigrement systématique à l'encontre de la Société Voldemor.
Si en revanche, une personne usurpe le nom d'un blogueur connu, par exemple, comme il y en a tant maintenant, des patrons d'agence de communication, voire d'un journaliste, ou d'un avocat et qu'il laisse sous cette signature des messages chez moi non pas illicites en tant que tels mais juste médiocres. (personnes que je ne connais d'ailleurs peut-être pas, la blogosphére est immense)
Il m'est particulièrement difficile de déterminer — a priori— et à coup sûr qu'il s'agit d'une usurpation... Or ces messages insidieux visent incontestablement à nuire à celui dont le nom est usurpé.
Dans ce second cas, venir démontrer que j'ai commis une faute en ne supprimant pas ces commentaires est à mon sens très hasardeux...(il en serait autrement si l'on me démontre que l'identité a vraiment été usurpée, ce qui pose en passant de singuliers problèmes de preuve...)
Tout est donc affaire de mesure, et avant de crier au loup, je crois qu'il vaut mieux essayer de comprendre pourquoi un blogueur ne peut pas, dans les faits, être confondus avec un hébergeur.
S'agissant de votre indigence technique à gérer un blog alors que vous avez choisi d'en tenir un, je ne puis qu'en être navrée pour vous, mais franchement cela ne change rien à votre éventuelle responsabilité (j'aurais presque tendance à penser le contraire... je me vois bien faire du vélo puis clamer que je ne sais pas freiner...)
En plus de tenir un blog qui fait mon admiration, je vois que vous avez d'excellentes lectures !
Permettrez-vous que vous invite chez moi ? C'est austère, mais gentil !
Tarquine, j'ai lu en diagonale parce que là je suis, comment dit-on en bon français, over-booké. ce n'est pas que je sois important à qui que ce soit, c'est que un roitelet m'est un pesant fardeau.
Lundi, je relis lentement et je réfléchis. Je répondrai si je comprends tout, parce que là je patauge. Merci pourtant d'argumenter longuement pour moi, même si j'ai un peu de mal à suivre. Le sujet m'intéresse.
Petit détail matériel: tussoyer ou voutoyer, ici?
Tarquine, j'ai lu en diagonale parce que là je suis, comment dit-on en bon français, over-booké. ce n'est pas que je sois important à qui que ce soit, c'est que un roitelet m'est un pesant fardeau.
Lundi, je relis lentement et je réfléchis. Je répondrai si je comprends tout, parce que là je patauge. Merci pourtant d'argumenter longuement pour moi, même si j'ai un peu de mal à suivre. Le sujet m'intéresse. Il est midi, l'ARTT encore en vie m'appelle.
Petit détail matériel: tussoyer ou voutoyer, ici?
Chère Laure, je découvre avec votre commentaire votre blog (que je suis nouille ! comme ai-je pu louper un blog d'une telle qualité !) J'insère immédiatement dans mon billet des liens vers votre article !
Andrem, je vous avoue qu'à de rares exceptions, j'ai tendance à naturellement vouvouyer les gens, cela me permet une liberté de ton que le tutoiement dévoyerait.
Pas mal la comparaison avec le vélo ! Mais honnêtement, si tous les gens faisaient du vélo en sachant freiner, on serait dans l'île aux enfants, et Casimir ce serait mon voisin !.. Et heureusement (ou malheureusement) pour moi, je n'attends pas de savoir freiner avant d'enfourcher tous les vélos que la vie me présente, et tant pis pour la suite...
En toute honnêteté, vous n'avez pas l'impression d'être parfaitement hors sujet ? (me répondre n'est pas indispensable) — VT.
> il en serait autrement si l'on me démontre que l'identité a vraiment été > usurpée, ce qui pose en passant de singuliers problèmes de preuve...
Attention, DotClear te permet de connaitre l'adresse IP de l'auteur du commentaire. Ce qui est un "commencement de preuve"$$Est-ce le bon terme$$, et permet souvent une identification aproximative. Dans le cadre d'une procédure, couplé avec les logs de l'hébergeur, ça deviendrait une quasi certitude.
J'ai récement démasqué une visiteuse par ce moyen ;-)
François, ce n'est pas moi qui te dirait le contraire. Cependant, cela ne change rien à mon précédent propos. Imagine quelqu'un qui signe François Granger avec une adresse ip 000.000.00 un commentaire nullissime pour te porter préjudice.
Tu le découvres et tu me dis que ce n'est pas toi. Le fait que je connaisse l'adresse IP du premier commentateur ne m'apporte rien. Cela pourrait être toi (de n'importe quel ordinateur) ou cela pourrait être un autre.
Le propos est de déterminer ce qui pourrait être constitutif d'une faute déterminante d'une responsabilité pour le blogueur (pas d'établir l'identité d'un commentateur indélicat).
Dame Tarquine,
bien qu'ayant de nombreux juristes dans ma parentèle, je n'ai pas vraiment les modes de raisonnement qui correspondent. Ca ne doit pas être transmissible génétiquement ;-)
Etre hors sujet je savais que j'étais. Inspiré, c'est ce que le sujet m'a. (dispensable vous répondre ne m'était pas) - Yoda.
Merci une fois de plus pour un billet si instructif, d'autant plus que naïvement je n'imaginais pas un seul instant que je puisse être tenue pour responsable des commentaires que des inconnus pouvaient laisser sur mon blog, pas plus que je ne le suis du courrier que je peux recevoir dans ma boîte aux lettres de la vieille poste de sur terre. Il me semblait de bon sens que si je venais néanmoins à tomber sur un commentaire insultant pour quiconque, je n'aurais pas grand état d'âme à l'effacer, de même qu'un spam, ou tout autre pollution mais je ne pensais pas que c'était une sorte d'obligation légale. En plus de l'usurpation (comment savoir, quelqu'un peut utiliser différents ordinateurs, l'adresse IP ne suffit pas), du cas d'un blog victime de son succès et dont l'auteur n'aurait pas le temps matériel de lire tous les commentaires, je pense aussi aux vacances : on n'a pas toujours un ordinateur à sa disposition afin de consulter quotidiennement son blog ou sa messagerie. Si je pars 3 semaines sans connexion, comment savoir qu'un malfaisant aura déposé en commentaires toutes sortes d'horreurs ? Ca me ferait mal au coeur d'être obligée dans cette seule éventualité de devoir fermer l'accès aux commentaires alors que par ailleurs des amis revenant des leurs ou de simples passants sans mauvaises intentions pourraient avoir envie d'en laisser.
Ca me paraît très triste de ne plus disposer de la liberté d'écrire simplement parce que d'autres auront pris celle de nuire. Les choses étant ce qu'elles sont, merci encore de contribuer à déniaiser les naïfs dont je fais partie.
Pourquoi que ma réponse à Gilda et à notre hôtesse s'est volatilisée? Encore un accident de vélo, ou une déspamisification aussi féroce que chagrine?
Hu ? Je confirme n'avoir supprimé aucun commentaire.
Alors c'est un accident de vélo. Il va vraiment falloir que j'apprenne à freiner.
Deux semaines de silence, maintenant. Dur dur.