« Mais arrêtez de grogner comme un animal ! +
« Alain Bentolila a été témoin, lui, d'une scène de "passage à l'acte" encore plus symptomatique au tribunal de Créteil. Accusé d'avoir volé des CD dans un supermarché, un jeune se faisait littéralement "écraser", ce jour-là, par l'éloquence d'un procureur verbeux à souhait. "Le gars n'arrivait pas à s'exprimer, raconte le linguiste. Le procureur lui a alors lancé : "Mais arrêtez de grogner comme un animal !" Le type a pris feu et est allé lui donner un coup de boule. J'ai eu l'impression que les mots se heurtaient aux parois de son crâne, jusqu'à l'explosion. Quand on n'a pas la possibilité de laisser une trace pacifique dans l'intelligence d'un autre, on a tendance, peut-être, à laisser d'autres traces. C'est ce qu'a voulu faire ce gars en cassant le nez de ce procureur. "Une "trace" chèrement payée : six mois de prison ferme. »
Vivre avec 400 mots — Le Monde du 18 mars 2005
On ne demande certes pas à un procureur d'être gentil, compréhensif et compatissant. Il n'est pas là pour cela ! En revanche, j'exècre cette façon qu'ont certains de vouloir anéantir ceux qu'ils considèrent non plus comme des justiciables mais comme leur proie. Combien en avons-nous vu de ces mises à mort grotesques où l'on sent que la justice n'a plus sa place et qu'elle a cédé le pas à la parodie ?
Je me souviens avoir entendu un bel après-midi de province, une agressive — mais néophyte — représentante de la magistrature debout évoquer à l'audience les ennuis fiscaux d'un honorable commerçant de la ville dont elle avait eu connaissance au cours d'un stage précédent et pour l'heure poursuivi en raison d'un accident de la voie publique...
J'ai entendu un président de Cour d'appel intervenir pour assurer à la prévenue, écroulée de douleur et d'incompréhension que les réquisitions ne constituent en aucune façon l'appréciation de la Cour...
Mais pour être parfaitement honnête, et outre le fait que l'on pourrait en dire à peu près autant de certaines prestations de membres de ma profession, j'en ai vu aussi de brillants ! J'en ai entendu de ces superbes morceaux de tempête empreinte d'humanité. J'en ai vu qui savaient les mots pour faire courber la tête non de haine mais de contrite lucidité.
De tous les métiers judiciaires c'est à mon sens le plus difficile et celui où vous n'aurez pas l'ombre d'une reconnaissance...
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 20/03/2005
(non) droit ou (in)justice
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Commentaires
Une histoire (ancienne) quasi semblable inaugure mon carnet. si vous avez un moment...
Lorsque lÝon se cache derrière son autorité. sa culture, ses privilèges, ses avoirs, ce sont les inconvénients auxquels on a droit. Les fractures de toutes sortes, dans notre société, sont à lÝorigine de bien des violences et agressions.
On ne peut tout résoudre bien sûr, mais un peu dÝhumilité et de compréhension de la part des « puissants + devrait être la première chose à apprendre.
Notre procureur lÝaura-t-il appris aujourdÝhui, à ses dépens, cÝest la seule chose que je souhaite.
« Si quelqu'un voit en nous autre chose que des hommes, nous ne le regarderons pas non plus comme tel, mais comme un monstre et le traiterons pareillement. + Max STIRNER
Je suis contre la violence et n'excuse nullement le geste mais le comportement de ce procureur est inadmissible. Je me demande aussi pourquoi si on casse le nez d'un procureur on reçoit 6 mois ferme alors que des faits similaires perpétrés sur un illustre inconnu se juge dans un tribulance de petite instance... Les juges et les procureurs sont-ils des demi-dieux? En tout cas ils en ont l'impression.
C'est ô combien vrai. Au delà même du domaine strictement judiciaire, les conséquences de la faible capacité à communiquer par la voie écrite ou orale sont sensibles un peu partout.
Trop souvent celui qui veut exprimer une idée pense qu'il suffit d'y penser très fort et que les mots qui sortent alors mécaniquement de la bouche véhiculent cette idée que l'interlocuteur devinera.
C'est le syndrome du "tuwa". Quand celui qui veut faire passer une idée estime avoir émis assez de mots pour que son interlocuteur puisse deviner le sens de sa phrase et qu'il sent que les mots vont lui manquer, il suspend sa phrase immédiatement, en la concluant d'un "Tuwa ?" ou de "Tuwa ce que je veux dire ?"
La courtoisie impose de ne jamais détromper l'interlocuteur, ce qui serait humiliant, et de lui répliquer invariablement "c'est clair" même si ça ne l'est pas.
Le sentiment de ne pas être compris entraîne des réactions violentes (le plus souvent verbalement, parfois hélas physiquement) de frustration. On le voit souvent dans les commentaires dans des blogs, quand le lectorat est plutôt jeune.
Ainsi celui qui ne comprend pas ce qu'on a voulu dire par une phrase fort mal tournée et fait un contresens sera estampillé "t'es con ou quoi ?". En cas de controverse, faute d'arguments auxquels répliquer, on s'en prend à la personne.
Et quand l'interlocuteur a une aisance oratoire qui lui permet de faire passer son interlocteur pour un sot alors qu'il n'est qu'handicapé du langage, la pulsion est de se déplacer sur le terrain où on retrouve sa supériorité : la force physique.
Cela simplifierait les choses si la justice n'était faite que de personnes sages comme vous.
On pourrait obliger les procureurs à suivre un stage d'action commerciale, point fort "faire plaisir au client".
De cette manière, au prochain réquisitoire, on aura les petites phrases touchantes du genre :
Serait nettement plus drôle, non ? Et d'ailleurs, est-ce qu'il y a parfois des moments de délire dans ce genre au tribunal ?
La lutte pour le Verbe est réellement une question de vie ou de mort. Une scène désormais classique des films de westerns nous montre deux hommes luttant désespérément pour récupérer une arme tombée à terre. Celui qui l'a atteint le premier tire et sauve sa peau; l'autre au contraire, se fait descendre et meurt. Dans la réalité, l'enjeu n'est pas une arme, mais une étiquette: celui qui réussit le premier à la poser sort vainqueur de la bataille; l'autre, étiqueté, est réduit au rôle de victime. - Thomas Szaz, psychiatre américain
Ce matin, j'ai entendu dire, par des gens que j'aime bien pourtant : « ha ! vocat, un métier que je ne pourrais pas faire... + Il faut dire que nous prenions des nouvelles de a procédure de divorce d'une de nos amis, face à un mari particulièrement déficient mais qui a su choisir un avocat aussi hargneux que redoutable. Et puis comme dans toute les conversations, ça a dérapé. « J'aime pas ces gens-là +, disait l'un. « Comment peut-on défendre des violeurs, des pédophiles... + sous entendu, faut être pervers soi-même. Bêtement, j'ai pas su quoi répondre. Peut-être que j'aurais dû dire : parce qu'il le faut, tout simplement. Mais ce matin, je n'avais pas envie de polémiquer, de me lancer à l'assaut pour défendre les avocats que, personnellement, pourtant, je trouve plutôt qu'il font un métier pas évident et pour qui j'ai souvent de l'admiration. A par de ça, comme dirait le Nôm, y a des cons partout. Et c'est la seule généralité que je me permettrai.
En règle générale toute appréciation d'un tel acabit sur une profession en son entier relève de l'imaginaire télévisé ou de la frustration... Cela ne démontre que l'étroitesse d'esprit de ceux qui s'y complaisent...
Je trouve normal qu'on punisse sévèrement ce genre d'acte de violence, à condition toutefois qu'on sanctionne tout aussi sévèrement un procureur qui dépasserait les bornes. http://lekhalidien.over-blog.com/article-169530.html
(J'avais lu l'article dans le Midi Libre en question le jour de la publication).
J'ai lu l'article en question...
Je suis meme en train de rediger une dissertation a ce sujet...
Je crois en effet, comme vous, que le problème ne réside pas vraiment, dans tout les cas, chez les jeunes, ou du moins chez ceux qui commentent les violences, mais chez ceux qui provoquent ces personnes, en sachant bien quelle sera leur réaction...