Lutiner en public - éclairage jurisprudentiel
Si vous avez suivi assidûment l'actualité blogosphérale, vous savez nécessairement que l'interrogation du moment est de savoir si tout un chacun peut pratiquer l'onanisme paisiblement quand bien même ses voisins directs seraient des voyeurs patentés.
Eolas, spécialiste incontesté de cette épineuse question [mais n'allez pas le lui répéter, en ce moment il soigne une poussée de mégalomanie] nous avait éclairé sur la façon dont s'abattait la poigne de la justice sur ces jeux de mains (et je vous encourage vivement à lire son poulet sous ce billet)
Or, il se trouve que dans les innombrables vieilleries que j'affectionne il y a un arrêt qui pourrait venir éclairer cette intéressante matière !
Cela se passe en l'an de grâce mil sept cent soixante-dix, le mardi vingtième jour de mars, dans la chambre du Conseil du Parlement de Normandie, sis comme chacun sait, à Rouen.

On imagine qu'il faisait froid et humide ce jour et que deux tourtereaux taraudés par le désir mutuel qu'ils s'inspiraient ont cherché refuge dans un endroit aussi confortable qu'isolé.
C'est ainsi que :

Ils furent malheureusement surpris par Maître Jean Guignery, Huissier-Commissaire en ladite Bazoche & Régence qui constata :
un homme & une fille, laquelle fille étoit assise sur un tabouret auprès d'un peu de feu qui étoit resté au coin de la cheminée, les deux jambes ouvertes & les deux pieds en haut, appuyés sur deux tisons qui étaient debout & et le dit particulier près d'elle.
Le dit huissier s'est alors retiré pour aller avertir Monsieur Lebrasseur, Conseiller en ladite Bazoche & Régence, lequel se serait transporté, ainsi que lui, dans ladite chambre du Conseil ; & y étant arrivés, ils se seraient aperçus l'un & l'autre que ladite fille étoit encore avec ledit particulier dans la posture ci-dessus, & que ce même particulier était baissé, avait une main sous les jupes de ladite fille, & l'autre main appuyée sur son épaule (...)
La sanction fût sévère : ils furent condamnés à trois livres d'amende, à garder prison pendant trois jours et solidairement aux dépens.
On leur souhaite ardemment d'avoir partagé la même geôle...
J'invite les gourmands, les curieux, les collectionneurs ou les amateurs de vieux français à prendre connaissance de l'arrêt en son intégralité et tout un chacun à éviter de lutiner son voisin dans une salle d'audience, quand bien même serait-elle déserte.
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 02/02/2005
(non) droit ou (in)justice
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Commentaires
Vertuchou ! Que c'est délicieux à lire ! Merci à vous, Veuve Tarquine de nous dénicher de tels anachronismes.
J'adore!
Pour les pointilleux de l'orthographe, science des ânes : on s'apercevra avec étonnement que le rédacteur de la sentence ne s'était pas encore apperçu qu'il fallait un seul p à apercevoir. Ben oui, à l'époque, on écrivait comme on voulait, peu ou prou... mais pour ce qui est de lutiner en public, c'est comme le reste, mieux vaut ne pas se faire prendre.
Hi hi :) C'est quand meme terrible d'aller chercher quelqu'un, alors qu'un petit raclement de gorge, aurait sans doute suffit à faire reprendre aux deux intéressés une posture certe moins rigolotte, mais aussi moins repréhensible.
Merci beaucoup pour ce billet truculent (j'adore ce mot) à souhait, j'aurais toutefois une critique à formuler: le lien vers le billet d'Eolas est le même que celui vers le billet d'Embruns. Quel dommage.
« le lien vers le billet d'Eolas est le même que celui vers le billet d'Embruns. +
Je renvoie au commentaire d'Eolas sous le billet de Laurent.
Au temps pour moi! Veuillez agréer mes excuses, la prochaine fois je relirai sept fois votre prose avant de poster =)
Cher Confrère, une rectification s'impose à votre billet : s'y j'en crois le dispositif dudit arrêt, nos fougueux magnoteurs (terme dont ledit sieur Crevel s'est servi) ont dû garder prison non pas trois jours mais quinze, durée sans doute plus appropriée pour apaiser leurs sens et endiguer leur déluge hormonal érotico-judiciaire.
Je crois que je ne verrai plus une chambre du conseil de la même manière, désormais.
Pour ma part, je rends hommage à Marie Luce, qui a fait perdre la tête à Pierre Lebret, maître de danse, et qui, alors que son amoureux, surpris la main dans un si joli sac, s'est retrouvé extrêmement surpris et tout tremblant, sppliant qu'on le laisse partir, a quant à elle rétorqué "d'un air fort riant et hardi" aux corps constitués "il ne me l'a pas pris".
Cette dernière phrase me laisse songeur, notamment sur ce que représente ce L'...
Et comment ça, il ne lui a pas pris ?
Lebret était-il trop ému et tremblant, le centre de ses préoccupations a-t-il, sous le coup de cette émotion, préféré la loi de la pesanteur à celle du désir ?
Ou Luce l'avait-elle donné, plus que Lebret ne l'avait pris ?
Cet arrêt me paraît hémas entâché d'une insuffisance de motifs. Dommage qu'on soit hors délai.
Marie Luce, j'espère que là où vous êtes désormais, vous faîtes regretter amèrement aux anges de ne point avoir de sexe !