Où l'on compare le poids de l'amour avec celui du plomb.

plombé.
La discussion courrait sur les relations amoureuses et la vie à deux, j'ai confirmé
plombé.
Plombéparce que je n'ai pas rompu avec mon mari, pas plus qu'il n'a rompu avec moi.
Je l'ai quitté en l'aimant et alors qu'il m'aimait.
Plombéparce que je connais la saveur de ces relations là et que j'ai la furieuse impression que partager des sentiments étriqués ne sera jamais une consolation pour moi.
Oh, je ne me suis pas consumée sur le bûcher et je ne me sens aucune autre fidélité que celle de préserver mon passé. Je n'ai pas d'emblée calfeutré mes lendemains, ni ne m'astreins intentionnellement à la chasteté.
Mais mon avenir est plombé parce qu'au jeu de la séduction, je m'arrête tout à coup pleine de dégoût pour ces parades où l'un ne cherche dans le regard de l'autre que la preuve de sa propre valeur.
Je me connais trop bien pour savoir que je ne reste pas longtemps sans me frotter à la vie, refusant l'idolâtrie et le confort de mes souvenirs magnifiés.
+videmment que je vais me prêter à ces jeux-là mais je ne suis pas certaine que l'âcre goût de fer qui m'envahit parfois ne ressemble pas finalement à celui du plomb.
Et cela a finalement quelque chose de rassurant... C'est beaucoup plus facile, quand il n'y a pas d'enjeu !
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 15/01/2005
Chagrine Tarquine
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Commentaires
N'y a-t-il pas toujours un enjeu ?
Comme beaucoup, je suis très touché par vos billets. Derrière ces allers-retours sur votre blog, je sais qu'il y a l'écho en moi d'une souffrance que je ne digère pas, mélange de tristesse et de colère. Mon meilleur ami s'est fait faucher par un chauffard il y a sept ans. C'était un premier avril, blague insensée ! Depuis, sa femme a rompu les ponts avec nous. Quand on la croise, dans la rue, le RER, une allée de magasin, elle fuit ou elle éclate en sanglots. Ele me dit que je lui rappelle trop son mari. Ce spectacle d'une femme qui s'est étiolée, fânée, qui vit en recluse dans une prison de jours gris, me fait mal. Mon pote était un être jovial, madré comme un paysan, et aimant tous les plaisirs de la vie. Il avait un rire tonitruant et de grosses colères. Je suis sûr qu'il exploserait de voir sa femme murée, enfermée dans une forme d'idolatrie du passé et de culte de son propre souvenir. De cela, je suis archi-sûr. Je suis en colère aussi : je n'ai pas pu suivre les enfants de mon ami, m'en occuper. Aucune recherche bien sûr de substitution du père, simplement du temps, des mots pour engueuler de temps en temps, du rire, une bagnole pour accompagner tard la nuit, une présence masculine aimante. Mon pote l'aurait fait pour mes propres enfants. Quand je croise les siens, on échange des baisers, des mots, mais une distance s'est créée. Je reste comme un con avec une tendresse qui n'a pas servi à grand chose.
Chère Veuve Tarquine, en dépit de votre passif, on ne pourrait s'empêcher de vous souhaiter le bonheur, quelle que forme qu'il revêtît. Un genre de pierre philosophale qui transformerait le plomb, même.
Je ne peux m'empêcher de dire que de voir son avenir sentimental tout en plomb, de ne vivre que ce qui ne comporte pas d'enjeux ne signifie pas la réclusion et l'emmurement dans la solitude ou le culte du passé dans des jours gris. La Veuve ne fait pas du sur place, on le vois bien. + la limite, se contraindre émotivement (par amour ou autre) avec quelqu'un alors que ça ne nous convient pas (par la situation ou par la personne, c'est selon) est à mon sens un emmurement tout aussi intense pour l'âme. Il s'agit de savoir ce qui convient à chacun selon l'état et la situation de chacun, dans un temps donné. J'ai passé plusieurs mois avec les portes de mon coeur blindées, avec le même sentiment que la Veuve nous décrit ici et avec le recul, je sais que ça été nécéssaire parce que de toute façon, quiconque y aurait pénétré n'en serait pas sorti indemne et moi de même, le seuil de la douleur supportable étant à son maximum, les occasions suceptibles d'en rajouter ont été éliminées pour éviter l'écroulement. Ni plus ni moins qu'un mode de survie qui s'est avéré efficace et s'il avait fallu poursuivre se mode toute une vie pour asssurer la cohésion de mon noyau et de ma vie, je l'aurais fait!