A fleur de vie

Je n'ai pas envie d'être triste. Je n'ai pas envie de ronchonner sur ma vie d'avant. Je ne veux pas porter ma peine en bandoulière.
De toute façon, je suis comme ça... ce n'est pas parce que je suis anéantie que je suis mise à terre. Oh, je n'y suis pour rien... J'ai observé de ma triste expérience que l'insupportable a des limites. Ce n'est pas l'horreur qui s'arrête (la concomitance de certaines morts m'a démontré le contraire) mais la perception que l'on s'en fait.
Quand cette limite est atteinte, quand la douleur est si vive, le refus si violent, je sentais ma pensée qui s'anesthésiait. Comme une drogue qui se répandait dans ma boîte crânienne. Il ne s'agissait pas de paradis artificiel ni même d'oubli mais d'une espèce de ouate qui venait tapisser mon crâne.
Je savais alors que pendant les dix à vingt minutes qui suivaient je n'allais penser à rien, ou alors de trop loin, j'allais me claquemurer contre le mal, contre l'insoutenable, en enlevant tout affect de ma tête.
Au bout de quelques temps, je connaissais même l'exact niveau de souffrance qui déclenchait automatiquement la mise en veilleuse de mes pensées. Cela ne console pas, cela ne guérit pas, c'est un pur réflexe de survie...
Il me reste de cette curieuse expérience la certitude que le bonheur, ou tout au moins l'absence de douleur, est une nécessité pour continuer à vivre.
C'est pour cette raison que je peux sans indécence dire que oui, décidément, le goût de la cannelle dont j'arrose la mouture de mon décaféiné tous les soirs est divin.
Oui, je ressens ce formidable coup au coeur en voyant mes enfants heureux et en riant avec eux.
Oui, parfois je souris, le guidon dans les mains et les yeux dans Paris. Je souris pour rien si ce n'est qu'elle est belle et que je suis heureuse d'être là.
Oui, dans ces moments là je me dis que c'est du bonheur et que c'est la seule façon de continuer. Comme je ne veux pas revenir en arrière, je n'ai pas d'autre choix que d'avancer.
Je n'ai jamais eu honte de pleurer, pas plus que j'ai peur de chopper un petit bonheur, ici ou ailleurs.
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 10/11/2004
De bric en vrac
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Commentaires
Je ne viens pas souvent ici, mais a chaque fois que je viens j'en ressort avec ce sentiment fantastique d'urgence de vivre. D'une facon ou d'une autre heureux ou malheureux, en toutes choses, intense. Merci!
Les yeux dans Paris? Oooooh.
Honte de choper un petit bonheur ?!!
"Savoir vivre avec autant de force les grands et petits malheurs aussi bien que les grands et petits bonheur" (à peu de choses près, et je ne me souviens pas qui en est l'auteur, qui plus est).
Soyez en fière bien au contraire.
Je vous embrasse
Del4yo, merci :) Anne, non je n'ai jamais dit que j'aurais "honte" de chopper un petit bonheur ! Mes cerceuils sont parfois lourds à traîner mais ma culpabilité ne va quand même pas jusqu'à monter sur le bûcher ;)
Je vous imagine pourtant si bien en passionaria du petit bonheur quotidien... montant allègrement sur le bûcher... de l'aigreur ambiante, pour le piétiner avec force et élégance !!!
Si vous avez besoin de renfort, je piétine sans beaucoup d'élégance, mais avec une certaine force ;-)
Ce blog est vraiment un eexpérience troublente pour moi :
Dire qu'il aura fallu que je lise le détails de vos tourments pour me rendre vraiment compte que ma vie était tout ce qu'il y a de plus heureuse. Desproges disait "il ne suffit pas d'être heureux, encore faut-il que les autres soient malheureux", j'ai bien peur que ce soit tristement vrai.
Dans le même temps, vos récits me font toucher du doigt à quel point ce bonheur quotidien est posé sur le fil d'un rasoir et peut basculer d'un instant à l'autre, pour les raisons les plus anodines. Qui me dit que dans 1 semaine, 6 mois ou plus (ce que j'espère bien sur), je ne serai pas le webmaster de VeufM_Spock.com ?
Finalement, c'est encore Desproges qui me donne la recette pour continuer sans trop de crainte : "Vivons heureux en attendant la mort" (mais la mort de qui ?)
tiens ... M_Spock ... tu me rappelles un extrait d'une chanson d'Higelin qui me revient parfois en tête ... "vivez ... heureux ... aujourd'hui ..... demain .... il sera trop tard ...."
yep ... il a raison jacquot ... !!!
Tant que j'aurai plaisir à me lever le matin et à me coucher le soir il me sera facile de continuer à vivre.En plus j'ai la joie d'avoir des petits enfants pres de moi,et ça ,c'est inestimable.Avoir de l'appétit pour la vie sous toutes ses formes c'est ce que je "nous" souhaite,j'ai peur de penser un jour:"à quoi bon?"Je te souhaite toute l'énergie pour continuer à t'indigner et à t'emerveiller. Bisous à toute la joyeuse tribu Tarquiniole
M. Spock : Votre remarque m'interroge, je crois que je ne suis pas bien d'accord avec vous. Je crois que parfois, on est heureux et on le sait, on vit une relation merveilleuse avec quelqu'un et on savoure la chance, le bonheur qui nous est donné...
Il arrive que la mort sépare ceux qui s'aiment.
Il arrive aussi que la mort sépare des gens qui s'aimaient tièdement ou peu, ou mal, ou pas du tout.
Je ne crois pas que la mort donne "à postériori" le goût du bonheur là où il n'était pas.
samantdi : Je n'ai pas affirmé que la mort ou autre malheur pouvait donner a posteriori le gout du bonheur là où il n'était pas. En fait, je me faisais la réflexion que j'ai beaucoup de mal à évaluer mon "niveau de bonheur" (si je peux m'exprimer ainsi) indépendament d'une référence extérieure.
Il me semble que l'esprit humain (ou alors c'est moi qui suis tordu) n'est que difficilement capable d'établir objectivement l'état de bonheur sans mesurer la distance qui le sépare de ceux qu'il estime plus malheureux que lui.
Certains disent qu'on reconnait le bonheur au bruit qu'il fait quand il s'en va, je crois que cela résume le fait que le bonheur se ressent difficilement alors que le malheur, lui, nous prend aux tripes. Comme vous dites : "on est heureux et on le sait", j'ajouterais "mais on ne le ressent pas".
Apparement, Free ne veut pas laisser passer mes ping de rétroliens <a href="www.fgranger.com/cgi-bin/...
donc, voir ici:
www.fgranger.com/dotclear...
J'avais parfaitement conscience de mon bonheur.
Je savais que j'étais heureuse. Je ressentais le bonheur dans chacun des pores de ma peau.
Mon quotidien avait des hauts et des bas, mais je savais ce qu'était le bonheur. Oui, ce n'est pas une reconstruction a posteriori.
J'avais aussi la conscience aiguë de l'aimer.
Je sais que tout le monde ne ressent pas le bonheur de la même façon.
Tout le monde n'a pas non plus la même aptitude au bonheur.
Moi je savais que j'étais heureuse.
Comme aujourd'hui je sais quand je suis heureuse ou non, même si ces bonheurs sont toujours voilés.
Anne, j'ai hurlé de rire en lisant votre second commentaire. Je vous en remercie :)
Piétinons, piétinons allègrement le bucher :-)
Un message comme un début de printemps en automne peut-être ?
Au moins Tarquine, tu avais conscience de ton bonheur et tu en as profité. Tu n'auras donc pas les regrets des gagne-petits, des économiseurs de sentiments qui se retrouvent tout nus après: "ha ! si j'avais su..."
Il y a une chose que je dis toujours à mes filles quand elles sont tristes de partie d'un endroit, de quitter une personne... "Au moins avons-nous eu la chance de connaître cela...”
Toute d'empathie, en larmes... je découvre aujourd'hui. Et je me dis, moi la divorcée, que c'est beau d'aimer autant, d'avoir été aimée comme ça. Entre ce qui a été vécu et ce qui reste à faire, merci.
Merci parce que vous rappelez que le bonheur peut exister, même s'il reste éphémère pour tous,
Merci pour votre courage, votre amour de la vie.
Amicalement