Costume sans cravate

Rue des Trois Fontanots à Nanterre. Court trajet entre la gare du RER et le Palais de Justice. La rue des Trois Fontanots à l'heure du déjeuner est un spectacle des plus déprimants. D'abord elle est sombre et moche cette artère mais de surcroît, à l'heure où les estomacs jettent les cadres hors de leur tanière, elle se peuple d'une nuée de "costard-cravate" aux nuances plus qu'étroites : de l'anthracite au gris plomb, en passant par toutes les teintes de la grisaille.
Cravate et chemise peinent à mettre un brin de fantaisie dans cette mer de pingouins chaussés de souliers cirés. Ils sont tous formatés au même gabarit, ils se conforment scrupuleusement au même code vestimentaire. Ils arborent tous le même uniforme de tristesse et bannissent scrupuleusement toute forme d'originalité.
Est-il donc indispensable de porter les insignes de la monotonie pour faire carrière dans les sièges sociaux de la rue des Trois Fontanots ?
Mouais... vous croyez que je ne vous entends pas ricaner ? Oui les avocats portent une robe identique à celle de tous les autres avocats de France et de Navarre.
Oui, c'est une robe noire avec pour seule lumière un rabat blanc et un bout d'hermine au bout de l'épitoge (sauf une bonne moitié du Barreau de Paris dont je suis mais c'est une trop longue histoire pour être contée ce soir)
Il se trouve pourtant que le port de mon costume à moi, outre que ce sont des dispositions légales qui le prévoient, ne procède pas du même esprit.
Oui, je participe à l'appareil de justice et ma robe est le signe de ma fonction.
Oui quand je l'enfile, je sais que je suis en représentation. Oui elle est identique à celle de mon jeune confrère qui vient de prêter serment et à ma consoeur qui à l'âge d'être ma grand-mère.
Oui, elle me donne cette liberté de parole et de ton qui caractérise ma profession.
Oui elle masque aussi l'énorme tâche de café qui orne dorénavant mon pantalon (quelle idée de boire un café en marchant dans la rue surpeuplée dite des Trois Fontanots !)
Oui, elle me permet de me rendre en vélo aux audiences, dans le plus pur style décontracté (essayez donc de grimper l'avenue Marceau en pantalon "trompette" ou en tailleur Chanel...)
Oui, elle me permet de m'habiller comme je veux, - de toute façon, peu importe ma tenue, on ne la verra pas le moment venu- et je peux vous assurer que le port de cette robe là me délivre des lourdes obligations vestimentaires qui pèsent sur les cadres de la rue des Trois Fontanots.
Elle me permet aussi de faire la part des choses. Je plaide avec la robe mais quand je l'ôte, c'est la fin de la représentation.
Pas besoin d'être sur son 31 pour bêcher un dossier ! A métier complet, habit de Cour et de jardin...
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 19/10/2004
De bric en vrac
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Commentaires
Et l'uniforme, ou la blouse à l'école? Pour ou contre?
C'est juste que certains de tes arguments sonnent un peu comme les miens pour la blouse à l'école...
Franchement, mis a part les cotes pratiques que vous semblez apprecier mais qui ne me paraissent pas etre la raison principale de cet uniforme, je ne vois pas bien en quoi ca ne procede pas du meme esprit que le costume cravate du carde dont vous parlez. Dans les deux cas l'idee est que l'habit fait le moine.
Sans vouloir vous vexer, je trouve pour ma part que les robes des avocats et des magistrats sont du plus grand ridicule guignolesque et participent, avec le jargon et les us et coutumes qui les accompagnent, a marquer une separation franche entre ceux qui rendent la justice et le reste du monde, c'est a dire ceux pour qui la justice est sensee travailler.
Il me semble que ces accoutrements sont aussi la pour faire croire au peuple que les decisions ne sont pas rendues par des individus mais par une force superieur dont ces individus ne seraient que les portes-paroles, ce qui est completement faux.
...Ben, moi j'aime bien.
Je trouve que ça rend les personnages plus facile à repérer.
"...et participent, avec le jargon et les us et coutumes qui les accompagnent, a marquer une separation franche entre ceux qui rendent la justice et le reste du monde,..."
Et si je veux une séparation, moi?
J'ai p'têt pas envie d'être toute mélangée avec ces gens là, beurk! ;-)
ça donne le côté solennel de la fonction... une sorte de théâtralisation... ça ne me gêne pas... au contraire.
moi ce qui me plait dans c't'histoire c'est la possibilité de rester soi-même, vestimentairement parlant, tout en souscrivant, le moment venu, à un code précis. Ca a quelque chose à voir avec la liberté accordée par les masques, et avec une certaine contrainte librement consentie.
Si je suis pas claire ... surtout dites-le moi ... j'ai un peu de mal moi le matin ;-)
Mel'O'Dye, tu es très claire. Je souscris complètement à tes propos (et comme le matin, je ne suis pas très réveillée, ça m'arrange!)
Je suis pour le port d'un signe distinctif professionnel. Un "uniforme", si le mot n'était pas si laid.
Car l'uniforme des costumes gris, il existe bien, comme le dit Tarquine.
L'uniforme gris je m'en souviens, d'ailleurs ça a du me couter un poste car j'avais revétu en une belle journée de septembre, un uniforme crème. En arrivant à la défense je me suis rendu compte que je faisait tache. Heureusement finalement, maintenant je m'habille comme je veux.
J'admire en tout cas ton plaidoyer pour la robe et Tarquinette la porte très bien.
Je n'imprime pas du tout le matin mais je vais quand meme m'exprimer, je souscris à tous les propos sur la robe d'avocat.
je veux souligner comme Tarquine l'uniformité des costumes gris
c'est d'une tristesse: je connais un homme qui meme le week end garde cet uniforme avec sa cravate, ce qui me fait penser
qu'il ne coupe jamais avec son milieu professionel. Il ne vit que
par son travail, le reste ne compte pas.
Olivier P. : Sans vouloir vous vexer, vos propos procèdent plus du cliché que de l'argumentation.
Sur la différence entre la robe et le costume cravate : nous enfilons la robe avant d'entrer dans le tribunal et la retirons avant d'en sortir. En dessous, nous nous habillons comme nous le voulons. j'ai même plaidé une fois avec un T shirt d'un groupe de heavy metal, et une fois en chemise hawaienne (c'était durant la canicule de 2003, c'était la chemise la plus fraiche que j'avais). Nos cadres sont vetus ainsi du matin au soir, que ce soit avec leur supérieur, face à un client, ou seul dans leur bureau.
La robe représente notre fonction. On sait immédiatement que nous sommes avocats dans l'exercice de nos fonctions, sans avoir à agiter une minuscule carte professionelle dans tous les sens. Elle nous met sur un strict pied d'égalité, le batonnier en exercice portant une robe identique à celle de l'avocat stagiaire qui vient de prêter serment, peu importe qu'en dessous, le premier porte un costume Yves Saint Laurent et le deuxième du GAP.
Cette robe, qui remonte non à Guignol mais à Charles V, rappelle que notre profession était autrefois exercée par des clercs laïcs (d'où également le titre de Maître). Elle n'a jamais été changée car notre profession n'a pas changé depuis, et nous nous réclamons de cet héritage.
Le jargon que nous employons ne vise pas à empêcher le quidam de nous comprendre (sinon nous parlerions latin), mais c'est un langage technique précis qui vise à permettre une démonstration sans le moindre risque de mauvaise compréhension. Désolé pour "le reste du monde" pour lequel nous travaillons, mais quand je défends les intérêts de mon client, je préfère être parfaitement compris par le juge que par lui. Je m'efforce d'expliquer mon argumentation à mes clients particuliers, mais 9 fois sur 10, au bout de deux minutes, je m'entends dire : "c'est bon, je vous fais confiance, faites au mieux". Il préfère ne pas savoir pourquoi il a gagné que comprendre pourquoi il a perdu.
Pourquoi personne n'accuse les informaticiens d'avoir inventé un jargon et des us et coutumes uniquement pour se différencier du reste des mortels, qu'ils sont supposés mépriser bien sûr, parce qu'ils parlent de FTP, ping, wiki, feuille CSS, syndication RSS, d'IP identifiables par whois, stéganographie, et des mérites comparés du php et de l'asp ?
Quant à la qualification d'accoutrements, je vous invite à assister à la sortie d'un collège aujourd'hui pour vous rendre compte que les accoutrements ne sont pas dans les bâtiments de la république que vous croyez.
Le fait que nous tenterions de duper nos semblables sur l'existence d'une "force supérieure" dont nous ne serions que les portes paroles relève là du fantasme pur et simple. Ladite force s'appelle la loi, et elle peut être consultée au JO. Ce n'est pas parce que vous ne comprenez pas, ou ne connaissez pas quelque chose qu'il faut nécessairement en déduire qu'il s'agit forcément d'une machination destinée à vous asservir.
La paranoia est à la mode, il est vrai.
Eolas, je vous le dis : votre style me ravit, vos propos m'enchantent, vous êtes une incisive dans ce monde de molaires.
Super Samantdi, je vais rajouter une incisive dans un monde de
molaires qui aime le hard-rock, on aimerait bien voir ça plus souvent.
Magnifique réponse d'Eolas.
J'ai un souvenir particulier concernant cette robe. Mais je vais le garder pour mes racontards.
Le chargé de mon compte, à la banque, arborait également un costume gris (perle) avec gilet, cravate de rigueur. Chauve, cette tenue lui donnait un air sévère, légèrement coincé. Alors que c'était un homme très sympa et ouvert. Un dimanche, je l'ai croisé dans mon quartier. Il portait un blouson en cuir, un jean élimé aux jambes courtes qui dévoilait assez largement les gros croquenots des skin heads. Sa tonsure prenait alors une tout autre dimension. Je ne lui aurais pas confié mon argent :-)) Et pourtant...
Petite, au collège, je portais la blouse obligatoire. La raison invoquée à cette obligation était de masquer les différences sociales. Nous étions tous égaux avec notre blouse. Sauf que les parents avaient le choix de la blouse. Et qu'entre une blouse à deux balles et une autre à 50 euros, la différence de classe restait visible.
En Guadeloupe, les enfants des écoles et des collèges doivent tous porter la même couleur de vêtement. A la sortie des école, on voit ainsi des océans de jaune ou de rouge ou de vert... Pour la même raison de différence sociale. Mais c'est pareil, entre le tee shirt jaune acheté au marché et la chemisette Lacoste de la même couleur, il y a un monde. Ces réglement ne servent à rien. Et quand on n'est pas des plus riches, ne pas pouvoir récupérer les fringues du cousin parce qu'il n'était pas dans le même lycée, et donc que les vêtement ne sont pas de la même couleur, c'est agaçant pour les parents.
A Tarragone, où vit ma mère, l'uniforme est obligatoire pour les enfants. Les garçons on un patalon pied de poule, une chemisette blanche, un pull marron, un gros manteau beige. Les filles la même chose sauf que le pantalon est remplacé par une jupe.
Pas de fille en pantalon. Quand je vois ça, j'ai envie de devenir carrément grossière.
Je hais l'uniforme pour les enfants et je considère que les arguments pseudo sociaux que l'on avance pour le réclamer masquent souvent une volonté de mettre tout le monde dans le même moule, à marcher au même pas. Or la richesse et la beauté du monde, c'est sa diversité. Et les problèmes d'autorité, s'ils sont graves et importants, ne se règleront pas avec des uniformes.
Pour les adultes, c'est autre chose. Car à un moment, enfin dans le meilleur des cas, on fait le chox de sa profession. et en plus, j'aime mieux un policier en tenue qu'en civil. au moins, je le repère...
J'oubliais. La robe va divinement bien à tarquinette :-)
C'est ce qu'on pourrait qualifier de brillant plaidoyer, Maître Eolas ! ;-)
Quelle chance de pouvoir vous habiller comme vous le voulez.
Toutes les tentatives de "dé-coincement" de la tenue du cadre ont échoué.
Les casual friday, les pantalons en toile style dockers... Non rien ne prend.
Malheureusement.
Et si vous persistez, alors vous êtes sujet aux remarques :
"Vous avez un look très marketing" !
Il faut comprendre "trop cool", donc à changer rapidement.
Vous en avez de la chance de pouvoir vous habiller en chemise hawaïenne, en jean tee-shirt dockside.
Chez nous l'évolution n'est pas en route.
Bien dit Eolas! J'allais faire le même commentaire sur le fait qu'à bien des égard, les victimes de la mode sont à leur façon beaucoup plus "guignolesque" parfois...ce qui ne m'empêche pas de les respecter dans leur choix et de voir autre chose d'eux que leur accoutrement (choisi volontairement de surcroît). D'un autre côté, il est effectivement beaucoup d'autres professions et/ou métiers qui requierent l'uniforme. Le policier en est un exemple, mais l'infirmière aussi, le mécano et le facteur tout autant. Le but, à mon avis, ce n'est pas de se placer au dessus du peuple, mais bien de pouvoir être identifié, exercice nécéssaire à bien des occasions. Pour la question du jargon que le commun des mortels peut avoir difficulté à saisir, il est nécéssaire, comme pour tout autre domaine d'expertise, pour que les parties puissent se comprendre, qu'il n'y ait pas de malentendu sur les sens à attribuer aux mots, aux choses dont on parle, et s'il y a un domaine ou il est important d'écarter les malentendus de sens et les interprétations dirigées, c'est bien en justice il me semble!
Comme le dit Racontars, on peut porter le costume sous la contrainte, pour des raisons professionnelles. On peut aussi considerer que c'est une marque de respect envers les clients que l'on rencontre. Et dans ce cas, il est difficile de faire preuve d'originalité.
Contrairement à AutchoZ, je pense que ça évolue. Mais lentement, très lentement.
Je met un costard-cravate uniquement quand c'est nécessaire (autrefois c'était tous les jours). Dans ce cas, j'ai l'habitude de dire que je met mon "bleu de travail".
PS: en Angleterre ou aux Etats Unis, c'est encore plus attristant ;-)
"je ne vois pas bien en quoi ca ne procede pas du meme esprit que le costume cravate du carde dont vous parlez. Dans les deux cas l'idee est que l'habit fait le moine."
Pas exactement, d'abord seuls les avocats portent une robe d'avocat, les costumes du cadre, même les avocats peuvent en porter !! (c'est dire :)
Ensuite je porte une robe non pour me mettre en valeur mais parce que je représente quelqu'un. Un cadre ne porte un costume que pour lui-seul. Moi je disparais derrière ma robe, je ne "suis" plus l'immonde tache de café ou le pull rouge vif. Je suis Monsieur Dzeta, Madame Rô, Mademoiselle Phi... Et je peux vous assurer que pour faire la différence entre la confection d'une robe de telle ou telle maison de couture, il faut vraiment un oeil de lynx et être atteint de monomanie... Ce qui n'est pas le cas en matière de costume de ville...
Mais tout cela Eolas, l'a déjà dit et bien dit, je rajouterai juste un mot :
Les représentations sociales de l'Autorité, de l'exercice du pouvoir ne sont pas neutres... Les Ors de la Républiques ont un sens, ceux de l'appareil de Justice également... De la même façon que les lieux de Justice doivent être au milieu des villes et non à leur périphérie, l'habillage et le soin qu'on leur porte, démontre la place qu'ont leur accorde et je peux vous assurer qu'il faut être un grand rêveur (ou un sombre ignare) pour penser que l'on respecte intrinséquement un juge sur sa bonne mine et sur son savoir...
L'appareil de Justice à une fonction fondamentale... celle d'être respectée par ceux qu'elle juge. Et c'est ce respect là qui fait que l'on accepte d'être jugé...
J'ajoute d'ailleurs que l'expérience m'a prouvée que quelque soit l'avis de ses clients sur le port de la robe ou non, il suffit de voir le sourire qu'ils ont quand ils vous voient l'enfiler... Même s'ils viennent de vous dire que "vraiment on comprend pas à quoi ça sert", nous, les conseils, on sait bien à ce moment là qu'un avocat avec une robe c'est quand même vachement plus crédible que sans robe...
Eolas, vous dites que le port de votre robe marque votre profession. Il en va de meme du port du costume cravate. Ni plus ni moins. Si les cadres gardent leur costume pour aller manger le midi alors que vous non c'est surtout parce que c'est moins facile a enlever qu'une robe. En dessous ils s'habillent comme ils le veulent eux aussi. La seule difference est le cote pratique.
Je n'ai jamais dit que vous ou qui que ce soit en particulier tentiez de duper vos semblable ou de les desservir mais simplement que le systeme est fait pour cacher les individus derriere leur fonction afin d'entretenir cette idee que la justice serait objective. Or elle ne l'est pas.
Hum....c'est là toute la différence entre un uniforme et un vêtement dit civil, l'un est censé représenter une institution et dont le port dans la fonction est obligatoire (militaire, justice, police...) l'autre est le reflet d'un individu (cadre à la défense, cadre au restaurant, cadre à la plage)
n'est ce pas les costumes gris qui veulent faire de leurs habits des uniformes qui donneraient alors un air institutionnel à ces nonchalantes allers et venus?
C'est une interrogation, pas un reproche ou tout autre ironie.
D'ailleurs, quelle différence voit on entre une loi et un réglement interieur? si si cherchez il y en a une....
A la suite du second commentaire de Olivier P. :
Parfois, c'est curieux comme on a l'impression de parler dans le vide...
"HE HO".
"HE HO" répondit Echo...
Bon... tout va bien, ce n'est pas moi qui suis sourde ! OUF !
Olivier P. : <<Eolas, vous dites que le port de votre robe marque votre profession. Il en va de même du port du costume cravate. Ni plus ni moins.>>
Devinette : vous voyez passer un homme ou une femme portant une robe noire, revers en soie aux manche, rabat blanc au col, épitoge à l'épaule. Quelle est sa profession ?
Réponse : avocat.
Vous voyez passer un homme en costume cravate, ou une femme en tailleur. Quelle est sa profession ?
Comment ça vous ne savez pas ? Mais je croyais que ça marquait sa profession ? ?
<<Si les cadres gardent leur costume pour aller manger le midi alors que vous non c'est surtout parce que c'est moins facile a enlever qu'une robe. En dessous ils s'habillent comme ils le veulent eux aussi. La seule différence est le cote pratique.>>
Je crois savoir qu'en dessous, ils s'habillent en sous vêtements.Il est vrai que pour aller déjeuner ce n'est peut être pas très pratique (quoique c'est peu salissant).
<<Je n'ai jamais dit que vous ou qui que ce soit en particulier tentiez de duper vos semblable ou de les desservir mais simplement que le système est fait pour cacher les individus derrière leur fonction afin d'entretenir cette idée que la justice serait objective. Or elle ne l'est pas.>>
Là, j'avoue ne pas comprendre. On cache des individus derrière une fonction pour entretenir une idée fausse mais on ne cherche pas à duper qui que ce soit ? Vous êtres bien trop subtil pour moi.
<<On cache des individus derrière leur fonction>> : oui, c'est vrai. Quand je plaide, je ne parle pas en tant que Monsieur Eolas, mais en tant qu'avocat de mon client. Je ne suis pas en cause, et mon opinion personnelle importe peu : je soutiens une cause de manière totalement partiale. Le juge n'est pas là pour donner son opinion personnelle dont nul ne se soucie, mais pour dire le droit (juris dictio en latin). Comme ses semblables. Une nuance cependant : nous ne nous cachons pas (la robe nous rend au contraire particulièrement visibles), nous nous effaçons derrière notre fonction.
<<C'est pour entretenir l'idée que la justice est objective>> : c'est visiblement si difficile de vous extirper ça de l'esprit que nous avons manifestement affaire à un préjugé. Personne ne prétend que la justice est objective. +cartons d'emblée les avocats, dont la fonction à l'audience est de ne pas être objectif. Restons en à la justice stricto sensu. Si on voulait faire croire qu'elle était objective, pourquoi diable aurait-on besoin de pouvoir faire appel ? Pourquoi a-t-on besoin de trois juges pour statuer ? Pourquoi pour statuer les juges exigent ils d'entendre préalablement deux versions radicalement contradictoires ? Pourquoi exiger des juges qu'ils expliquent pourquoi ils statuent dans ce sens, et quelles règles ils ont décidé d'appliquer ? Pourquoi diable existe-t-il des procédures de réparation des erreurs judiciaires ?
Nul juriste, pas même un magistrat ne prétend que la justice est objective. Elle est rendue par des hommes.
Ce qui importe, c'est que le juge soit impartial. Vous voyez la différence ? Pas la justice, institution abstraite et administration concrète, le juge.
Ce n'est pas la robe qui garantit ou symbolise cette impartialité. C'est la loi qui la garantit, en prévoyant des procédures pour écarter un juge suspect et en s'assurant que le juge n'a pas d'intérêt personnel à voir triompher telle partie plutôt que l'autre (sa rémunération ne dépend pas du montant des condamnations qu'il prononce, et n'est pas payée par les parties comme sous l'ancie régime). C'est plus efficace qu'une couche de laine ou de synthétique, fut-elle agrémentée d'un rabat en coton.
La robe rappelle la fonction. La robe dit que celui qui la revêt n'est plus Monsieur Untel, ou Madame Bidule, il est le président du tribunal ou juge assesseur.
Le juge partira. La mode changera. La loi évoluera. La robe restera, car la fonction de juger demeurera.
Et bien j'en apprends ici.
Merci MÝ Tarquine et Eolas.
Voyez vous, cette présentation du rôle de l'avocat telle que vous la faite, je ne l'avais pas vue comme cela.
Avec pour conséquence une profonde irritation lorsque l'avocat d'un meurtrier prenait la parole devant les médias pour disculper son client.
Après la lecture de votre commentaire, je pense que je verrai désormais les choses de façon différentes.
Je vous remercie pour ce cours gratuit, mais oh combien instructif, et pour cette ouverture d'esprit que vous me proposez.
Veuve tarquine, Eolas, vous m'impressionez !
N'ayant jamais eu afaire à un avocat, ni à la justice, j'avoue ne m'être jamais intérssée à la question de la robe.
Même l'uniforme à l'école n'a jamais suscité chez moi de reflexion plus poussée que le traditionnel "gommage des inégalités ?".
Et vous rendez passionnant (peut être simplement parce que vous êtes vous-même passionnés) cette question, en ouvrant le débat à la fois sur le métier d'avocat, la justice et le port de l'uniforme.
Vous me faites découvrir votre métier au travers d'un vêtement !
Veuve tarquine, la lecture de votre blog est un plaisir d'autant plus grand que vous m'ouvrez l'esprit.
Merci à vous, et à Eolas qui a participé à ma découverte.
C'était mon moment d'émerveillement de la journée ...
et encore, vous n'avez peut-être jamais visité les bureaux de l'INPI dans la même rue...
la robe de l'avocat est aussi une belle armure qui gomme toutes les différences sociales.
"Devinette : vous voyez passer un homme ou une femme portant une robe noire, revers en soie aux manche, rabat blanc au col, épitoge à l'épaule. Quelle est sa profession ?"
Je croyais que vous enleviez votre robe en sortant de la salle d'audiance. Dans la rue, que vous soyiez avocat, VP marketing, stagiaire ou Docteur n'a aucune espece d'importance. Le costume, comme la robe, marque l'appartenance de celui qui le porte au milieu professionnel dans lequel il evolue. Il affirme aussi, comme la robe, le fait que ce n'est pas Mr Machin qui vous racompte sa vie mais qu'il est la en tant que representant de sa profession avec toutes les qualifications requises.
"On cache des individus derrière une fonction pour entretenir une idée fausse mais on ne cherche pas à duper qui que ce soit ?"
Oui on. Pas vous ni personne en particulier, on. Et non, on ne cherche pas a duper mais a entretenir une certaine idee. Un peu comme une pub qui pretend que la lessive Truc serait bien plus efficace que la lessive X.
J'ai personnellement le sentiment que la mise en scene de la justice est faite, entre autre, pour donner cette idee que ce ne sont pas des individus qui rendent la justice, que cette justice se rendrait elle-meme. C'est peut-etre de la paranoia, je me fait peut-etre des idees mais c'est l'impression que toutes ces enluminures (uniformes, jargon, titres, palais, audiences, ...) me donnent, a moi.
Je ne remet pas en cause votre explication et je sais que le systeme judiciaire protege plus ou moins bien le justiciable contre les risques d'erreur judiciaire. Je suis convaincu qu'aucun juge ou avocat ne se pretend objectif. Simplement, comme le disait Veuve Tarquine, que tout cet apparat est la, entre autre, pour imposer une certaine idee de la justice, pour faire que les citoyens la respectent malgres toutes ses imperfections en tentant de cacher ces imperfections derriere une image, un peu pretentieuse a mon avis. Une vaste opperation de marketing en somme.
Tiens, vous étiez tout près de mon bureau... mais pas moi ! Dommage, un jour différent, en l'ayant su, j'aurais bien pris un café avec vous.
Je vous recommande l'avenue Georges Clemenceau... là ce n'est pas l'uniforme morosité des costards qui est déprimante... sauf quand je sors déjeuner bien sûr !
Amusant, je n'aurais jamais pensé faire le lien avec le votre, de "bleu de travail" !
Le tendence est au sérieux je te l'accorde. Mais l'accessoire cravate est de plus en plus dépassé. elle persiste encore chez les banquiers et les VRP (je caricature un peu), mais tout est dit. Je travaille dans la mode et nous ne pouvons que constater la tendance. C'est l'histoire de la mode, chaque produit à un commencement et une fin, c'est la courbe de vie de chaque produit. Nous ne portons plus le noeud papillon, ni la lavaliiere, ni les jambieres, la cravate touche à sa fin. Tampis pour nous les nostaliques. Nous pouvons faire semblant de ne pas y croire, c'est une réalité.
La relève judiciaire sera-t-elle assurée par Tarquinette ? A n'en point douter, la robe de notre profession lui seyant comme un gant...
je confirme; il manque tout de meme la cravate
mais c'est l'hanit qui fait le moine non ?