Nice, son tribunal, ses bruyantes casseroles ... Et son procureur.
Cela fait si longtemps qu'elle défraie la chronique -mondaine et celle des faits divers, variés et avariés- qu'on en oublierait presque que cette juridiction fait partie de l'appareil judiciaire de notre République Française...
Et à force de vouloir voler la vedette au rang des pratiques nauséabondes -vraies ou présupposées- elle finit par éclabousser tout le monde...
Là où ça devient drôle c'est quand les grands inspecteurs en chef omniscients et très intelligents de notre garde des Sceaux se font tailler des croupières ! Mais oui, mais oui, l'oeil de Moscou s'est planté une poutre dans la cornée et tout seul en plus !
Depuis 1999, Monsieur Eric de Montgolfier occupe le poste de Procureur de la République au Tribunal de Grande Instance de Nice. Ses déclarations, avec le ton qui le caractérise égratigne assez franchement le gratin de cette juridiction. En septembre 2001, Madame Marylise Lebranchu, alors Ministre de justice confie donc à l'Inspection Générale des Services Judiciaires, l'IGSJ, une mission sur le fonctionnement du Tribunal de Nice.
Et puis les affaires de Nice continuent, inchangées, elles ronronnent presque, un juge d'instruction mis en examen (pour avoir fourni des renseignements à une loge maçonnique), Le maire de la ville qui déclare à Nice-matin qu'il veut promouvoir ailleurs son procureur, des dossiers qui disparaissent du Palais de Justice, le futur bâtonnier mis en examen pour blanchiment etc. c'est invraisemblable comme le moteur de recherche du Monde est prolixe !
Bref, en septembre 2002, on commence à évoquer un pré-rapport de l'IGSJ qui désavouerait Monsieur de Montgolfier.
Et puis plus rien... jusqu'au 26 juin 2003 où apparaît sur le site du ministère de la justice le fameux rapport de L'IGSJ. Le fichier .pdf est ici, 141 pages particulièrement instructives...
J'en veux pour preuve quelques florilèges rétrospectivement assez drôles :
page 131 : Au terme de ses investigations, la mission n'a recueilli aucun élément à même de confirmer, ou de révéler, des faits mettant en cause la probité de M. Renard.
page 141 : Au vu des vérifications qu'elle a effectuées, et qui ont été menées aussi loin que permis par le cadre de l'enquête administrative, l'inspection générale constate une réelle disproportion entre la suspicion exprimée et les manquements susceptibles d'être finalement retenus.
Les mises en cause porteuses des craintes les plus graves reposent, soit sur des fondements contestables et en tout cas non établis, soit sur des interprétations hâtives ou des erreurs d'appréciation, voire même sur de simples ragots. (...)
page 141 : Le maintien à leur poste d'autres magistrats ne serait pas propice, mais pour des motifs de nature différentes, à l'apaisement attendu.
Il en est ainsi en tout premier lieu du procureur de la République, en raison de son échec dans la réorganisation du parquet comme dans son action visant à réduite les dysfonctionnements ; en raison surtout, de la forte part de responsabilité devant être mise à sa charge dans la dégradation de l'état de la juridiction.
Notons quand-même que Monsieur Perben lui-même à dû saisir les limites des la crédibilité de ce brûlot car il n'a pas fait siennes ces conclusions et n'a pas "délocalisé" Monsieur Eric de Montgolfier.
Notons également que deux jours après la divulgation de ce rapport (qui ne comporte ni date ni le nom de ses auteurs), la section niçoise du Syndicat des Avocats de France brocarde avec beaucoup d'ironie l'analyse débonnaire des inspecteurs qui voient dans une série de malversations et de pratiques franchement sordides de simples ragots d'un Procureur en mal d'audience...
Malheureusement pour ces éminents contrôleurs, et heureusement pour tous les justiciables qui composent la République Française, une et indivisible, il existe des organes un peu plus indépendants que l'IGSJ.
C'est ainsi que l'enquête du Conseil Supérieur de la Magistrature dans le cadre des poursuites disciplinaires poursuivies contre Monsieur Renard, magistrat instructeur du fameux TGI vient nous dire que Montgolfier avait raison...
Je ne puis que vous inviter à lire ces deux articles du Monde :
L'enquête du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) est accablante pour l'ancien juge d'instruction de Nice, Jean-Paul Renard, convoqué jeudi devant l'instance disciplinaire. Il est accusé d'avoir été au cœur des réseaux affairistes et maçons, comme l'avait dénoncé le procureur Montgolfier.
Les "ragots" d'+ric de Montgolfier désormais avérés
Il n'y a, maintenant, plus qu'à espérer que le Procureur Général de la Cour d'appel d'Aix en Provence revienne sur sa décision de réduire le montant du traitement du Procureur de Nice en lui refusant sa prime au mérite (8 % de son revenu brut) au prétexte, tiré du rapport de l'IGSJ qu'il est nuisible au fonctionnement de l'institution judiciaire.
Il y a des mesquineries plus insupportables que d'autres...
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 11/10/2004
(non) droit ou (in)justice
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page 131 : Au terme de ses investigations, la mission n'a recueilli aucun élément à même de confirmer, ou de révéler, des faits mettant en cause la probité de M. Renard.
Commentaires
Grâce à vous, Tarquine-Rouletabille, et à votre revue de presse synthétique et claire, nous y voyons plus clair dans ce marécage à crocodiles...
Cela me fait penser aux romans de Max Gallo, dans les années 78-80, avant que la gauche n'arrive au pouvoir. Ils avaient pour cadre la ville de Nice et racontaient des histoires qui ressemblaient un peu à celle-là dans mon souvenir.
Cela fait un moment que je suis les péripéties de la Justice à Nice. Avec les mêmes écœurements que toi...
Nice, ton uniers impitoyaaaaable
remarque, à Monaco, ce n'est pas mal non plus...
Ayant deux sœurs qui vivent à Nice, je me demande toujours comment on peut survivre dans un endroit pareil, quand on est intermittent du spectacle (donc pas à la retraite, pas rentiers et pas vraiment de droite). Il paraît qu'il existe une vie culturelle underground très développée...
Nice et son tribunal, Toulon et son arsenal.
Une enquète diligentée par l'état qui abouti à un "quasi" blanchiment de tout le monde.
Je me refuse à verser dans le tous pouris.
Mais parfois, quand même, il n'y a pas loin de la coupe aux lèvres.
Pour le français n'ayant pas accès à toutes les sources d'information et ne regardant que le journal de 20 heures, je comprends bien qu'il puisse développer un esprit de révolte et l'idée qu'il existe bien une justice à plusieurs vitesses.
AP | 14.10.04 | 19:53
PARIS (AP) -- Le directeur des services judiciaires a demandé jeudi la révocation de l'ancien juge d'instruction Jean-Paul Renard qui a comparu devant la formation disciplinaire du siège du Conseil supérieur de la magistrature (CSM) pour ses liens présumés avec des élus et personnes mis en cause dans des affaires judiciaires.
La décision du CSM a été mise en délibérée.
Le juge Renard, vice-président du tribunal d'instance de Cagnes-sur-Mer, a assuré n'être jamais intervenu en leur faveur.
Parmi les faits reprochés à M. Renard, ses liens avec deux personnes soupçonnées d'appartenir à la mafia calabraise, Marcel Allieis et Claude Pacavia. Le magistrat est intervenu au début des années 1990 pour réduire une caution de Marcel Allieis dont l'avocate était la compagne du juge Renard. AP
Visiblement ce M. Renard c'est bien fait repèrer :
news.google.fr/?hl=fr&...
+tant à l'étranger et très occupé, je ne sais rien de cette histoire et remonter le cours du Monde (euh, du temps) s'avère plus délicat que prévut.
Qu'est-ce qu'il s'est passé? Corruption de magistrats dans le Sud-Est de la France (un grand classique) ? Il est célèbre, ce De Montgolfier (apparemment c'est de la récidive, vous pouez m'en dire plus sur lui ?).
Bref, un petit historique, S.V.P.