J’écoute Columbo en fond sonore. J’écoute Columbo par hasard, parce qu’alors que j’allais imprimer au bouton d’allumage la pression suffisante pour faire taire ce stupide ustensile ménager qu’est la télé, j’ai vu les mots : Peter Falk.

Je ne vois pas le téléviseur, il n’est pas dans mon angle de vue, je ne dispose pas même de son reflet dans les vitres du la porte fenêtre. .

Colombo ce sont des soirées partagées dans le grand lit de papa et maman.

C’est la voix de mon enfance, c’est l’anti-héros génial, c’est l’antonyme de Starsky et Hutch. Là où c'est le froissement d’un imperméable et la rouille d’une vieille Peugeot qui campe le personnage.

J’ai toujours aimé Columbo, parce que Maman adorait, parce que le lit si étroit pour quatre personnes (les jumelles et leurs parents) sentait bon et était chaud, parce que j’aimais Robin des bois, parce que l’habit ne fait pas le moine, parce qu’il abat les puissants.

Il n’est point nécessaire de le regarder. Il suffit d’écouter d’une oreille bienveillante et attendrie les doublages des voix estampillées avec le cachet de la maison : toujours nasillardes , et hautaines pour les méchants.

Tout à coup, émue, je me recroqueville sur ma chaise et je me laisse bercer :

« Oui mon Lieutenant »

« Oh ! Encore une petite chose ! »

« A votre avis, Docteur ? »

« Ma femme me donne un crayon tous les matins, mais… »

« des gants en chevreau et une robe en lainage bleu marine »


Tiens, je vais m’allonger devant la télé… J’ai 10 ans et je suis fatiguée, je vais profiter de l’autorisation exceptionnelle : ce soir, on va dire que c’est le jour de la calinette …