Et puis aussi les jeunes loups narcissiques qui sortent de hautes écoles de commerce que l'on rencontre en soirée ou dans sa vie professionnelle, des gens de ma génération, formatés aux discours marchands et au mérite du rendement que l'on retrouve dans tous les milieux, y compris la blogosphère.

Ce qui m'atterre n'est pas tant leur désir clairement affiché de réussir (réussir à vendre, à acheter, à avaler son prochain, à gagner), c'est leur parfaite inélégance.

Leur parfait mépris pour la « culture + considérée désormais comme un sous-produit, voire un secteur à investir ou exploiter. C'est la dictature de l'argent, le règne du « business +, celle où ce qui est intrinsèquement gratuit devient potentiellement source de profit ou d'indécents chiffrages.

Ce qui me choque le plus n'est pas tant de défendre ouvertement des valeurs qui ne sont pas les miennes, non moi ce qui m'énerve c'est leur inélégance.

Rien n'est gratuit pas même la communication, tout est calculé, l'apparence que l'on offre (de réussite et de gagne) destinée à convaincre son prochain de sa valeur. On calcule son image, on lisse son profil, parfois même on le fait « gérer + par des agences.

Mais, il y a bien une chose qui ne s'improvise pas, c'est l'élégance. Car l'élégance ne se prête pas, ne se donne pas, ne s'achète pas.

L'élégance dépend principalement de sa seule ouverture d'esprit. L'élégance, c'est le regard tourné vers les autres et non pas sur soi, c'est le geste de la main qui adressé à votre seule attention, vous invite à être, c'est l'oscillation de la tête qui vous fait partager une infime pensée, celle d'exister pour l'autre.

Mais qu'il s'agisse des grands groupes de médias, de P2P ou de toute matière objet de l'attention des marchands, la plaie c'est toujours le nombrilisme.

Cette hallucinante propension à ne voir dans les autres qu'une pièce de son propre échiquier, une formidable réduction de l'autre (client, pirate, gêneur…) Un schéma mental inaltérable.

Que faut-il accuser ? Les grandes écoles de commerces qui vendent des modèles prêts à penser ? une culture de l'argent où la réflexion a perdu sa relation avec l'humanité ? La fascination que d'aucuns attribuent à la puissance du profit ou à sa seule expression  ?

J'aurais tendance à penser qu'il a aussi une affaire de personne. Car j'en connais des gens brillants dans ces milieux qui n'ont pas cédé un pouce de leur intelligence, refusant de limiter leur capacité d'analyse à celle du seul profit et de fouler aux pieds l'éthique de la place de l'homme dans la société.

J'ai connu aussi un marchand de légumes dans la rue Ramey qui faisait de sa boutique un lieu d'exposition ; au dessus de ses patates, de ses betteraves, de ses goyaves, ses murs se tapissaient de reproductions de célèbres peintres, d'affiches d'artistiques expositions.

Celui-là pour 2 francs 50 de bintjes il nous vendait de l'art…

J'ai plus de respect pour ce marchand de légumes sans fortune que pour ces surdiplômés surexposés surestimés marchands.