Anticonstitutionnellement numérique

C'est la seconde fois cette
année que je loue la Constitution du 4 octobre 1958
d'avoir prévu en ses articles 56 à 63,
l'existence d'un organe visant à s'assurer de la
conformité des lois à ladite
Constitution…
Une bien jolie décision que voici,
rédigée de bien belle manière ; certes
un peu absconse pour les non juristes mais je vous assure que
c’est un modèle d’économie et
de précision dont nos parlementaires - atteints de
diarrhée lexicale et d’incontinence
rédactionnelle – devraient
s’inspirer…
Bien évidemment les Sages nous rappellent qu’un
e-mail est soumis aux règles de la correspondance
privée (cela va sans dire, mais quand-même
beaucoup mieux en le disant !)
Ils vont me permettre de continuer à lire à
satiété Le Monde, Libération
et Le
Figaro sans craindre que leurs directeurs de la publication
et journalistes respectifs soient poursuivis ad vitam aeternam
sous prétexte que leurs articles ne se contentent pas
d’être figés sur un support papier mais
sont également consultable sur la Toile.
Mais surtout ces juges vont éviter que n’importe
qui, sous n’importe quel prétexte, et en invoquant
n’importe quel texte de loi, puisse exiger – et
obtenir – de mon hébergeur
qu’il ôte mes écrits qui ne leur
siéraient pas !
Non, non ils n’ont pas censuré l’article
6 de la loi pour la confiance dans l’économie
numérique, ils l’ont précisé
:
« (...) ces dispositions ne sauraient avoir pour
effet d'engager la responsabilité d'un hébergeur
qui n'a pas retiré une information
dénoncée comme illicite par un tiers si celle-ci
ne présente pas manifestement un tel caractère ou
si son retrait n'a pas été ordonné par
un juge que, sous cette réserve, les 2
et 3 du I de l'article 6 se bornent à tirer les
conséquences nécessaires des dispositions
inconditionnelles et précises du 1 de l'article 14 de la
directive susvisée sur lesquelles il n'appartient pas au
Conseil constitutionnel de se prononcer ; que, par suite, les griefs
invoqués par les requérants ne peuvent
être utilement présentés devant lui.
»
Il est trop tard pour que j’aille farfouiller dans les
travaux parlementaires pour vous démontrer que ce
n'étaient pas exactement cela que voulaient voter nos
parlementaires.
En tout état de cause, les hauts magistrats ont
très clairement signalé que toute
interprétation de ce texte a contrario
serait, non pas, non-conforme à la Constitution - mais non
prévues par les dispositions de la directive européenne du 8 juin
2000 ! donc sans objet…
Les père-noël.f ou
des Tegam qui ne supportent pas la
contestation, ne nous voilons pas la face, il y en a plein les rues
surtout quand on parle gros sous et image de marque (encore que sur ce
coup-là les deux affaires citées plus haut
démontrent la vigueur de l’adage relatif
à l’indice de pénétration
oculaire de la poutre et de la paille).
Cela n’empêchera certainement ces chantres de
l’autosatisfaction qui n’aiment pas être
contrariés de continuer à vociférer et
à menacer, mais permettra sans aucun doute à nos
hébergeurs respectifs de continuer à nous
héberger sans craindre les foudres de ces farauds !
Je ne développe pas plus avant la valeur de la
référence à la norme
européenne dans cette historique décision mais
j’indique aux curieux qu’il y a un excellent article sur ce point dans Le Monde.
>Et voici le lien vers la
décision que j'avais omis dans ma première
mouture :) www.conseil-constitutionn...
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 16/06/2004
(non) droit ou (in)justice
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Commentaires
Bsr,
Merci de toutes ces précisions, surtout sur la responsabilité des hébergeurs !
C'est beaucoup plus clair maintenant dans ma ptite tête ;-)
Euh ... Le lien vers Tegam, il sent le poisson encore plus que de normal.
Déjà qu'un lien vers Tegam ...
Enfin ...
(Ce commentaire tombe sous le coup de la responsabilité du directeur éditorial et de ses forums, non ?)
Le lien menait effectivement vers la partie administration de mon blogue, j'ai donc réparé la chose et redirigé vers un de mes précédents billets
En revanche, j'avoue n'avoir pas tout saisi des odeurs et de leur responsabilité.
Juste pour référence, lien vers la décision ;-) www.conseil-constitutionn... .
Merci Thomas :)
He he he je viens juste de m'apercevoir que mon lien était parfaitement passé à la trappe :)
"Ils vont me permettre de continuer à lire à satiété Le Monde, Libération et Le Figaro sans craindre que leurs directeurs de la publication et journalistes respectifs soient poursuivis ad vitam aeternam sous prétexte que leurs articles ne se contentent pas d’être figés sur un support papier mais sont également consultable sur la Toile."
Juste quelques précisions: selon le projet, lorsque des articles de journaux papier se retrouvaient également sur le oueb (en plus du papier), la prescription était la même pour les deux ce qui est logique, et c'était naturellement le régime antérieur qui devaient s'appliquer. Donc les journaux papiers n'étaient en rien menacés.
En ce qui concerne le caractère privé des emails, c'atait une vaste désinformation, probablement orchestrée par Odebi. N'importe qui sachant lire pouvait s'en rendre compte.
Enfin la "précision" sur l'Article 6 me semblait elle aussi évidente à la simple lecture des textes, mais il est bon qu'elle ait été faite de façon explicite.
Ciao,
LoneCat
LoneCat,
Tu lis suffisamment les journaux pour savoir que les contenus sur le Web sont beaucoup plus riches que les impressions papier (et notamment le site du Monde qui est une véritable usine à gaz).
Mais il est vraiq ue l'exemple était mal choisi puisque les journaux au sens de la loi du 29 juillet 1881 éaient bien mieux protégés que tous les portails alternatifs.
S'agissant de l'article 6, en revanche, je ne suis absolument pas d'accord avec toi... (si tu évoques les alinéas 2 et 3).
Comment un hébergeur pouvait déterminer ce qui était "à coup sûr" licite ou non ? "A coup sûr" parce que dans le cas contraire, il engage sa responsabilité en laissant le contenu du site accessible.
Je ne me leurre pas... une lettre rédigée par un avocat avec moult mentions légales aurait eu valeur d'évangile au regard des risques encourrus...
La décision de Conseil constitutionnel prend exactement le contrepied de la LEN puisqu'il leur assure que sauf si celle-ci présente manifestement un caractère illicite ou si son retrait a été ordonné par un juge, leur responsabilité ne peut être engagée.
C'est le "manifestement" qui change tout :)
Je rappelle la rédaction initiale : " Les personnes visées au 2 ne peuvent voir leur responsabilité pénale engagée à raison des informations stockées à la demande d'un destinataire de ces services si elles n'avaient pas effectivement connaissance de l'activité ou de l'information illicites ou si, dès le moment où elles en ont eu connaissance, elles ont agi promptement pour retirer ces informations ou en rendre l'accès impossible... "
Je ne tiens pas à recommencer ici des débats qui ont déjà eu lieu ailleurs. En plus un blog n'est pas un outil adéquat.
En ce qui concerne l'article 6 : forum.hardware.fr/forum2....
En ce qui concerne la confidentialité des emails: forum.hardware.fr/forum2....
Selon moi ce qu'a dit le conseil constitutionnel était implicite et ne posait aucune difficulté particulière. C'est naturellement un avis perso, et manifestement nous n'avons pas le même avis sur ce sujet :D.
Le conseil a donné un avis sur la version votée. Il y a eu une foutiltudes de versions, il est fort possible que certaines aient été plus pourries que d'autres, mais c'est la dernière qui m'intéresse (et les précédentes étaient déjà assez claires). De plus, j'ai peine à croire que les contrevenants à la LEN t seront un jour poursuivis au pénal, et je trouvais la définition pour la responsabilité civile nettement mieux faite.
Ciao,
LoneCat