Responsabilité des père et mère

Ils ne dorment pas encore, je les entends qui chuchotent.
Tarquinette a la voie si pointue qu'elle ne peut tromper personne.
Je guette le silence, je l'attends. Je suis épuisée. Je rêve de dormir. Fermer les yeux et tout oublier.
Je voudrais tant les protéger, tenter d'adoucir leur peine et de combler leur manque.
Mais rien n'y peut faire : je ne saurais être père et mère.
J'ai peur de n'être pas à la hauteur, d'être trop présente, ou trop absente ; d'être trop prégnante, ou trop distante...
Seulement peur, car pour être honnête je ne raisonne qu'a posteriori. Ex abrupto je vis, je fais, je dis, ce n'est qu'après que je réfléchis.
Ils dorment maintenant... je vais rejoindre Morphée, le seul qui parvienne à adoucir mes tourments.
C'est ce que Veuve Tarquine a écrit le 07/04/2004
Tarquin et Tarquine
Fil des commentaires de ce billet – Lien permanent de ce billet










Commentaires
Je reconnais ces angoisses....j'aurai aimé que mon père les ait quand ma mère est décédée...
Finalement si je puis me permettre de te dire une chose (nos histoires étant différentes) c'est qu'en tant qu'enfant ce qui peut manquer n'est pas tant la présence du parent décédé, mais sa présence dans nos souvenirs..
Tant qu'un enfant peut se souvenir en toute liberté de celui qui n'est plus, il le fait "vivre" dans sa propre vie...
Je n'ai pas eu la chance d'avoir un parent vivant qui parle de celle qui n'était plus...et je l'ai ressenti comme une double mort : morte physiquement et tuée symboliquement puisque notre droit à son souvenir nous a été oté...
Alors je peux te dire que je t'admire sincérement d'avoir cette intelligence :-)
Sans vouloir prendre la défense de quiconque et surtout pas de ceux qui de manière criante ont eu d'autres priorités que de te préserver, l'époque et la façon dont accepte la mort de l'autre influence beaucoup la façon dont on parle de celle-ci.
Il n'y a pas encore si longtemps de cela, on ne parlait pas des morts. On les taisaient, seul le respect filial et la commisération avaient droit de cité à l'autel des discours familiaux.
Il y a aussi une façon de se préserver de la douleur que l'on ressent mais surtout de ne pas laisser percer celle-ci.
C'est principalement vrai pour les hommes qui ont grandi avec des affirmations aussi stupides que "un homme ne pleure pas" "pleurer comme une fille" etc...
Parler de l'absent c'est prendre le risque de trahir son désespoir et pour certaines personnes c'est inacceptable.
Enfin, il y a aussi la politique de l'autruche. Nier l'autre, c'est faire comme si sa mort ne nous touchait plus, en parler c'est empêcher de se reconstruire et j'ai même le sentiment que pour beaucoup de gens, persiste comme l'idée que quand il s'agit d'enfant "c'est pas grave, il a toute la vie devant lui pour oublier".
Mes enfants sont grands (enfin, les deux aînés) et ils étaient très proches de leur père. Mon mari s'en occupait énormément.
Outre le fait que j'aurais le sentiment de le faire mourrir une nouvelle fois en niant cet amour et cette communauté de vie, je pense que même si je le voulais, je ne parviendrais pas à les faire taire ... sans compter que l'on ne peut jamais empêcher les gens d'aimer, tu es là pour nous le prouver.
Ce que tu dit est si juste : "Tant qu'un enfant peut se souvenir en toute liberté de celui qui n'est plus, il le fait "vivre" dans sa propre vie..." j'ai pensé soudainement aux souvenirs que se construisent mes deux aînés.
Parfois, il me montre un jouet, un objet, et ils me disent qu'il le tienne de leur père en me décrivant l'endroit où la façon dont il leur a été transmis. C'est souvent vrai.
Mais pour des objets qui leur sont très précieux, auxquels ils sont attachés d'une quelconque manière (la chemise préférée de mon fils ...) c'est parfaitement faux. (c'est moi qui lui avait offerte :)
Je ne rectifie pas :) les souvenirs ne sont pas nécessairement fait pour être vrais... et je sais que ce lien avec papa est si précieux qu'il supplante toutes les vérités du monde...
Et si je ne le savais pas assez, lire ton blog me le rappelle de manière impérieuse, c'est comme entendre un enfant blessé crier...