Mon premier Canon est revenu.
Je pensais pouvoir m'en défaire.
Je pensais que le second me ferait oublier le premier.
Mon premier Canon c'est ma victoire sur la clope.
C'est le cadeau dont j'avais toujours rêvé.
C'est une folle équipée à la FNAC un
samedi de fin d'année.
Le métro avec trois mômes en goguette.
Le petit dernier dans une poussette que je saisissais à bras le corps malgré mes paquets,
déclinant avec une rare opiniâtreté
toute proposition de partager mon fardeau à chaque franchissement d'escaliers.
Mon premier Canon c'est un an sans la moindre cigarette.
C'est l'incroyable pari que j'avais pris entre la mort de mon mari et
celle de ma mère.
Moi qui n'avait jamais de ma vie arrêté de fumer
plus longtemps qu'une nuit de sommeil.
Moi qui avait fumé comme un pompier jusqu'au terme de toutes
mes grossesses sans avoir pu y trouver la nécessaire
motivation de cesser.
Moi qui m'étais levée à la force des
poignets à peine une heure après avoir
accouché.
Moi qui traversée par une sonde dans un lit
d'hôpital, avec la formelle interdiction d'en sortir, avait
tellement dérouté le personnel médical
qu'ils y ont fait, quatre jours durant, semblant de ne pas m'y voir cloper,
Moi qui était tétanisée à
l'idée de me passer de cette fumée sans laquelle
je ne savais plus exister, depuis plus de 22 ans.
Mon mari avait su me convaincre d'affronter son arrêt.
Nous avions programmé d'arrêter ensemble en octobre.
Il est mort sans prévenir en septembre.
Pourtant un dimanche d'octobre j'ai écrasé ma clope dans un cendrier et puis j'ai pris ma voiture,
Je suis allée dans un vague hôpital de banlieue
Je me suis assise près d'une femme méconnaissable.
Méconnaissable même pour ses enfants.
Je lui ai juste dit que j'avais arrêté de fumer.
Elle m'a juste dit : C'est bien ma fille.
C'était le dernier jour où je l'ai vu, le dernier jour où je lui ai parlé.
Le cancer l'a emporté loin d'ici.
Mon premier Canon c'est tout cela réuni.
C'est d'avoir tenu cette promesse muette.
Celle faite à mon mari, celle faite à ma maman,
Alors j'ai pris un câble.
J'ai uni Canon et VAIO.
Et j'ai remis mon nom dans l'appareil photo.
Le nom qui apparaît dans tous les fichiers exif.
Je pensais m'en défaire.
Mais pas ainsi.
Pas comme ça.
Pas sans rien.
Pas maintenant.
Chagrine Tarquine
mardi 1 août 2006
La clope et mon Canon ou le désamour et l'attachement
Par Veuve Tarquine le mardi 1 août 2006, 22:55
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vendredi 28 juillet 2006
Quand la nuit s'étire...
Par Veuve Tarquine le vendredi 28 juillet 2006, 01:16
Il suffit de le réclamer à corps et à
cris et le voilà qui fuit.
Alors j'écoute la nuit et je guette la
silhouette des moustiques qui viennent se cogner à
la lumière de mon écran.
J'essaye de ne pas penser à cette écrasante
température, qui m'indiffère assez si ce n'est
qu'elle me rappelle 2003. L'année où tout a
basculé.
Un moustique vient de prélever sa dîme sur le
petit orteil de mon pied droit.
Il me distrait un instant de cette sirène de SAMU
que je ne cesse d'entendre retentir.
J'ai menti à tout le monde.
Et d'abord à lui-même.
Tout le monde se rassurait de me voir y croire.
Moi qui en avait tant vu dans mes dossiers de ces
hémorragies cérébrales.
Moi qui était la seule à comprendre ce qu'ils me
disaient, les termes étaient si compliqués.
Ils savaient pourtant que je savais. Je savais qu'ils savaient.
Ils ne m'ont jamais menti. Et je leur en ai toujours su gré.
Mais personne ne le voyait.
Je n'ai pas travesti la réalité. Simplement, je
n'ai pas exprimé les non-dits.
Et déjà j'ai cultivé ma solitude.
Ils voulaient tellement y croire.
Moi aussi. Tellement que je ne voulais même pas briser leur
espoir.
J'ai pas partagé ma peine.
Il n'y avait qu'à lui que je savais confier mes chagrins.
Lui il s'en foutait que je sois solide ou non. Il me prenait juste dans
ses bras et me serrait à me rompre. Il n'aimait pas voir les
gens malheureux. Et moi, moins que quiconque.
J'ai pas partagé ma peine.
Et je sais bien que je ne le ferai jamais.
Je ne suis pas même certaine de savoir encore partager un
chagrin quel qu'il soit...
Je ne crois pas.
mardi 18 juillet 2006
Souveraine et lotophage ou l'improbable illusion.
Par Veuve Tarquine le mardi 18 juillet 2006, 22:41
On a toujours le choix.
On a le choix de ne pas subir.
On a même celui de rester maître de sa vie.
Même face à l'innommable. Je le sais.
Alors parfois, je ferais bien de m'en souvenir plutôt que de
laisser mes démons me gouverner.

J'ai nettoyé mon ordinateur.
J'ai vidé mes téléphones portables.

Pour l'heure je laisse sans plus de manière mon
épuisement et ma lassitude combattre ma mémoire
vive.
Et peu m'importe de savoir ce qu'il ressortira de ce duel.
Je suis bien trop rompue pour m'en préoccuper.
Brisée à nager dans un univers trop incertain
pour moi.
Les écheveaux ténébreux font de moi un
être si tourmenté qu'il devient
intolérable à moi-même.
Alors je ne suis plus.

J'ai nettoyé mon ordinateur.
J'ai vidé mes téléphones portables.

Je vais déjà me souvenir d'où je viens.
Du chemin que j'ai fait.
Mais surtout de ces souffrances qu'on oublie jamais tout à
fait.
Alors de ridicule mes paniques vont se couvrir.
Sans doute. Peut-être.

Et puis, Tarquinou avec un à propos qui n'appartient
qu'à lui me déclame soudain que je suis « la plus
belle des mamans +.
En rajoutant qu'il est mon amoureux.
- Je ne sais plus qui est mon amoureux, Tarquinou.
- Mais je sais que ce ne sera jamais toi.
- Toi tu es bien plus que cela mon amour.

Je vais déjà me souvenir d'où je viens.
Je vais aussi m'emparer de cette insondable lassitude.
Je vais m'y engloutir.
Je vais m'y dérober.
Je vais fuir.
Un instant ou plus longtemps. Je ne sais.
Là il me faut survivre.
Après je réapprendrai à sourire,
peut-être à rire, et puis peut-être
qu'un jour je saurais vivre loin des énigmes que j'abomine
autant qu'elles me minent.
Cela m'est déjà arrivé.
Un temps seulement.

- Oui Tarquinou, je pleure pour papa.
- Je pleure aussi pour lui.

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mardi 11 juillet 2006
Les murs, qu'on dresse et ceux qu'on contourne ... ou non.
Par Veuve Tarquine le mardi 11 juillet 2006, 22:43
MUR, subst. masc.
A. 1. Ouvrage de maçonnerie
vertical (parfois oblique),
d'épaisseur et de hauteur variable, formé de
pierres, de briques, de moellons superposés et
liés par du mortier ou du ciment, et
élevé sur une certaine longueur pour constituer
le côté d'un bâtiment, enclore ou
séparer des espaces, soutenir et supporter des charges.
Battre les murs (fam.,
vieilli). ,Vaciller d'un côté à l'autre
de la rue comme un homme
ivre`` (LITTRÉ, DG).
Faire les pieds au mur. Se
tenir en équilibre sur les mains,
les pieds reposant contre le mur.
Être au pied du mur.
Être acculé
à prendre une décision, être contraint
d'agir.
Être logé entre quatre murs
(fam.). Être
enfermé, mis en prison.
Être, se trouver le dos au mur.
Être dans
l'impossibilité de fuir, de reculer, d'échapper
à une situation.
Se cogner, se taper la tête contre les
murs. Se
désespérer.
C'est à se taper la tête
contre les murs/un mur!
(fam.). C'est impossible, impensable. Dans quoi nous sommes-nous
fourrés! C'est à se taper la tête
contre les murs! (TRIOLET, Prem. accroc, 1945, p. 137).
B. 2. Ce qui forme un obstacle
infranchissable, ou sépare
des personnes, empêche la communication.
Un mur, un mur! Avoir le sentiment que l'on est
devant un mur
très haut, très lisse, très
épais, et que ce mur-là, c'est l'avenir, et qu'on
ne peut ni l'escalader, ni le renverser, ni le percer.
DUHAMEL, Confess. min., 1920, p. 104.
Mur d'airain, mur de séparation ou simplement mur.
,Causes
qui divisent deux personnes et empêchent qu'elles ne puissent
se rapprocher, se réunir. Il y a un mur entre ces deux
hommes`` (Ac. 1935).
Mais aussi :
Ce qui protège, isole, défend. Vivre
derrière un mur :
. ... il n'est pas d'amants qu'on ne trouve
occupés,
acharnés à tuer l'amour, tâchant de le
borner, de se l'approprier, de lui donner des murs.
G. BATAILLE, Exp.
int., 1943, p. 213.
Mur de la vie privée. Secret, discrétion qui
entoure la vie privée. Franchissons
le mur de la vie
privée, de la vie la plus privée, celui du
cabinet de toilette (HUYGHE, Dialog. avec
visible, 1955, p. 42).
Mais moi ce que je redoute et me répète en
pleurant ce soir n'est pas même défini par cet
article... Aller dans le mur...
Aller dans le mur ou pire attendre
qu'il vienne à moi sans même me donner l'illusion
d'agir ne serait-ce même que pour avancer vers lui. Comme si
toute forme de vie autre que végétative
m'était interdite. Moi qui ne déteste rien dans
la vie que de rester les bras ballants on
peut dire que j'ai un don
inné pour la souffrance...
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mardi 27 juin 2006
Panique et ouragan
Par Veuve Tarquine le mardi 27 juin 2006, 22:03
Il y a des gens qui crient dehors.
Je ne sais même pas si c'est de dépit ou de joie.
Et moi, je sens la terre qui s'ouvre sous mes pieds.
Je ne sais plus quoi croire.
Je ne sais plus qui croire.
J'ai l'impression que la vie n'est qu'un attrape-nigaud.
Si elle se met à briller c'est donc pour mieux me broyer ?
Jamais donc je ne pourrais croire en elle ?
Quel invraisemblable prix faut-il donc payer pour pouvoir avoir confiance ?
Juste confiance, juste une fois, pour une fois...
Il y a des gens qui crient dehors.
Qu'ils crient de dépit ou qu'ils crient de joie n'y changera rien.
Moi j'ai mal à hurler.

Ce billet mis hors ligne peu après avoir été posté, est finalement réhabilité, non en raison de l'actualité mais de sa présence et de son référencement dans moults agrégateurs...
dimanche 25 juin 2006
Vie, magie et baguette, par le petit bout de la lorgnette.
Par Veuve Tarquine le dimanche 25 juin 2006, 22:31
A défaut d'avoir en main la baguette magique qui me fait
tant défaut aujourd'hui, j'ai fait la folie
d'acquérir ce qui me permet de capturer celle tenue par mes
enfants.
Et à l'heure où les nuages sont si bas je sais combien il m'est important cet écran que je tends devant
moi.
Moi qui ne déteste rien au monde que de rester les bras
ballants, le cœur en écharpe et le silence pour
seule attitude décente, qu'il va m'être
précieux ce prisme électronique...
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vendredi 23 juin 2006
Stabat Mater Dolorosa
Par Veuve Tarquine le vendredi 23 juin 2006, 01:48
Au début je pensais que c'était son
immensité qui me dérangeait.
Et puis j'ai découvert que c'était sa
vacuité.
C'était ma viduité.
Celle qu'on ne peut pas tromper.
Celle qui vous tient éveillée quand la ville dort.
Alors j'ai réalisé d'aussi loin que je me
souvienne j'ai toujours recherché, à la nuit
tombée, un souffle chaud contre lequel je pourrais fermer
les yeux.
Je me suis souvenue des expéditions folles avec Zomozygote
où chaque nuit, quasiment sans exception, nos oreillers
respectifs sous le bras, nous partions investir le grand lit des
parents tellement épuisés par nos
réveils nocturnes qu'ils n'avaient plus la force d'affronter
nos pleurs si par malheur ils nous en chassaient.
Je me suis souvenue que plus tard, au prétexte de partager
nos lectures et leurs fous rire, nous nous endormions quasiment le nez
dans le bouquin de l'autre posés si prêts l'un de
l'autre que leurs couvertures s'enchâssaient.
Je me suis souvenue que jamais je ne me suis endormie contre Tarquin
sans venir me coller à son corps tout rond, venant lui
soutirer la chaleur et la tendresse dont il était si
généreux à mon égard.
Et puis, confrontée brutalement au silence de ce grand lit
glacial, de frileuse patentée, je me suis soudain
congelée, autant de froid que d'effroi.
Alors a commencé la longue suite des stratégies
pour ne pas m'abrutir de cachets.
Au début il était si grand, ce lit, que je
refusais d'y dormir.
Durant des mois, j'ai baissé l'inconfortable
canapé devant la télé et je me suis
noyée de tout ce que mon appartement comportait de cassettes
vidéos. Quand j'avais de la chance je n'en voyais pas la fin
: Morphée m'avait cueilli avant.
Et puis, un jour enfin, j'ai affronté la vacuité de mon
propre lit, le second oreiller surnuméraire et la couleur
des draps qu'il avait choisis.
Mais seule, je ne pouvais pas.
Comme je ne voulais pas m'emparer du sommeil de mes Tarquinets pour m'y
aspirer et m'y consoler, j'ai fait une place à mon Tarquari
qui rappliquait ventre à terre dès la
première larme perlée.
Et comme cela ne suffisait pas encore, j'ai rempli mon PDA de tout ce
que j'ai pu trouver de comiques français.
Alors les écouteurs sur les oreilles, j'ai passé
en boucle tous les disques de Desproges, des Sketch de Muriel Robin ou
des extrait de Luis Rego ; jusqu'à épuisement,
jusqu'à ce que mes paupières soient du plomb que
mon esprit soit du coton et mon corps un espèce de bout de
chiffon ou ne persistait plus la moindre parcelle de
volonté. Il me fallait sombrer comme on saborde le navire.
Cependant, ce moyen là fût par trop vite
élimé : pour parvenir, dans la
journée, à mettre un pied devant de l'autre sans
ouvrir les yeux, je répétais, dès le
lendemain matin, la même opération en marchant
dans la rue, écouteurs aussi assourdissants qu'aveuglant
vissés sur les oreilles.
Alors j'ai connu bientôt chaque respiration, chaque
applaudissement, chaque hésitation et il m'a
fallût songer à de nouvelles dérobades.
Un VAIO tout chaud à la place où dormait Tarquin
fût le remède onéreux mais
définitif à mes courses poursuites.
S'y déverse DVD, stations de radio ou articles de presse qui
viendront me procurer l'illusion d'une présence, d'une
chaleur, d'une raison de ne pas fuir cet immense lit vide.
Plus tard, j'ai même réussi à y
écouter quelques morceaux de musique et
nouveauté, à me caler contre lui tout en lisant
les pages de quelques romans où je m'endormais
impérieusement entre deux phrases. Ce n'était
certes pas la panacée mais je pouvais clamer haut et fort
que j'avais vaincu la guerre des cachets et quand on sait la
facilité avec laquelle on vous les dispense ces pilules, ma
victoire ne m'en paraissait que plus belle !
Sauf que lorsqu'un soir de juin dont la température est
pourtant plutôt sereine, on se retrouve soudain
recroquevillée dans le coin le plus reculé de son
lit à grelotter de froid enfouie sous une couette,
étouffant ses frissons dans son oreiller sans rechigner
à retrouver même la douceur d'un pouce poli par
des années de suçotements, sans parvenir
à se contenter du ronronnement qui du chat, qui du VAIO, il
est vain de se voiler la face.
Elle est parfois diablement lourde cette vacuité...
Et quand on ne parvient plus à l'ignorer le mieux est encore
de se l'avouer et de l'affronter.
Alors je n'ai pas éteint mon VAIO mais plutôt que
de meubler encore une fois la place de celui avec lequel j'aimerai
aujourd'hui passer mes nuits, j'ai laissé James Bawman me
torde les tripes et me tétaniser d'envie.
Je n'ai pas de remède mais je n'ai pas envie, cette fois-ci,
d'inventer de nouvelles ruses pour y échapper.
C'est toute la différence entre sa vie qu'on construit et la
mort qu'on subit.
Antonion Vivaldi — Stabat
Mater — Academy of Ancient Music Christopher
Hogwood— James Bowman — Stabat Mater Dolorosa -
Cuius animan gementem - Oquam tristis et afflicta.
Antonion Vivaldi — Concerto
in sol mineur Nisi Dominus — Academy of
Ancient Music Christopher Hogwood— James Bowman —
Cum dederit dilectis suis somnum.
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mardi 28 mars 2006
Secrets de livre
Par Veuve Tarquine le mardi 28 mars 2006, 01:34
Ce soir, je cherchais à livre à raconter,
à rire et à caliner.
Au milieu des ouvrages en tas et en amas, j'ai ressorti l'album photo
de Papa que mes Tarquinets ont annexé avec raison.
Je l'ai ouvert et son magnifique sourire m'a sauté au
visage, comme s'il était toujours là avec son
humour à vous dérider une veuve et une gentillesse
à vous dégoupiller n'importe quel dragon digne de
ce nom.
Tarquinette, sise par terre à côté de
moi s'est soudainement mise alors à balbutier qu'elle ne
voulait pas croire que son papa était mort.
C'est comme s'il était là. Comme s'il allait
venir.
Non ma chérie, il ne viendra plus.
Mais il t'aimait si fort qu'il t'aimera toute ta vie.
Et c'est bien normal qu'on ait l'impression qu'il n'est pas parti.
Parce qu'il nous aimait tant qu'il ne nous quittera jamais
complétement.
On a regardé toutes les photographies.
Une à une.
On a raconté les blagues qu'il faisait.
On a raconté ses facéties et celles que ses
Tarquinets lui faisaient.
Et puis, quand plus personne ne pleurait on a fermé l'album
et il a fallut enfin choisir un livre.
Alors Tarquinou a voulu "Mille secrets de poussins" de Claude Ponti.
Tarquinet invité à choisir le passage du soir a
immédiatement porté son choix sur la page 632.
Dans "Mille secrets de poussins", la page 632 est juste
après la page 126 et juste avant la page 364.
A la page 632, il y a le chapitre : « Est-ce que les poussins
meurent ? »
« Les poussins sont des poussins de livres, ils ne meurent
jamais. C'est impossible. [...] Les poussins n'ont pas peur de la Mort,
d'ailleurs, ils lui font plein de grimasques »
Milles mercis à Vroumette à qui les
Tarquinets doivent ce magnifique ouvrage qui nous a fait hurler de rire
ce soir selon une méthode "brise cafard"
spécial Claude Ponti :
Lire à toute vitesse en articulant parfaitement d'une voix
haute, claire et sonore une phrase longue aux noms
invraissemblables.
Ponctuer chacune d'elle en exigeant que vos enfants s'écrient
en choeur "oui mon colonel".
Puis les sommer de déclamer immédiatement ladite
phrase sous peine des pires tortures chatouillesques.
Les fous rire sont garantis mais pas l'endormissement qui s'ensuit.
Maintenant qu'ils ont rejoint Morphée, je crois que je vais
moi aussi aller retrouver le monde merveilleux de Claude Ponti.
Qui sait ? Peut-être que quelque part dans ce monde il existe
un Tarquin de livres...
mardi 7 mars 2006
Ligne numéro quatre
Par Veuve Tarquine le mardi 7 mars 2006, 23:18
Rentrer à point d'heure car ceux qui ont la
moitié de mon âge et leur propre cheval de
bataille se sont mis en travers de mon train.
Traverser une gare déserte où les
lumières crues n'attirent plus l'œil sur des
clinquantes richesses mais sur des rideaux de fer rouillés et
des chochards transis.
Reprendre sa ligne de métro, celle qu'on a
arpenté quand on avait 20 ans, le soir, la nuit,
le matin, celle qu'on connaissait si bien que selon ma
destination, pour n'importe laquelle de ses stations et sans jamais me
tromper je ne levais les yeux de mon livre qu'une fois la rame
arrêtée.
Se souvenir que certains soirs de solitude je m'y jettais comme on
prend la fuite pour aller rejoindre une librairie à l'autre
bout de la ville qui m'offrirait de quoi tromper mon ennui.
Voir sa station à soi, celle des premiers amours, celle
où l'on rejoignait l'appartement de l'un de ses premiers
amants ; celle où plus tard et parfaitement fortuitement je
louais au pied d'elle un minuscule appartement.
Y passer ses années d'étude et puis aussi
l'année où l'on se décide à le
partager avec celui dont on sait qu'il est l'homme de sa vie.
Se souvenir des baisers qu'on échangeait sur le quai, des
rires qu'on y a partaé, des regards où se lisait
qu'on s'aimait.
Au terminus, songeuse et triste, la quitter à regret pour
attraper son bus.
Découvrir que les chevaux de bataille se partagent
à tout âge et que cet autobus ne partira point.
Alors maugréant d'avoir troqué ce
jour-là sa bicyclette pour un TGV, cheminer à
pied mélangeant ses larmes à la pluie qui n'en
finit plus de tomber.
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dimanche 26 février 2006
Une décennie plus tard.
Par Veuve Tarquine le dimanche 26 février 2006, 21:52
Un café au lait sans lequel mes soirées sont trop
mornes. On a les douceurs qu'on peut.
Le tabac me fait bien depuis deux jours un époustouflant
numéro de séduction mais je n'ai pas plus envie
d'une satisfaction sans lendemain que de me préparer
à une nouvelle rupture. Douces tiges empoisonnées
plus vous me charmez, plus je mesure votre danger...
Un enfant malade dont je me réjouirais presque puisqu'il
constitue un judicieux prétexte pour déroger
à la froideur de mon lit : ce soir ma fiévreuse
Tarquinette dormira avec moi. Tempétueuse qu'elle sera, je
côtoierai terreurs nocturnes et bourrades sans parvenir
à cesser de m'en féliciter. C'est donc que le
moral est bas.
Alors je me me persuade que demain sera différent.
Mais c'est surtout d'hier dont je dois m'efforcer de
détourner le regard. Ce n'est pourtant pas facile d'ignorer
la décennie qui vient de s'écouler quand on
fête les 10 ans de son aîné. De ma vie
d'alors il ne reste quasiment rien. Souvent j'y jette un regard ahuri,
comme si ce n'était pas la mienne, comme si elle
était tellement loin qu'elle était hors
d'atteinte.
Je pourrais faire la morbide chronologie de sa disparation. Le premier
jeudi c'était mon mari. Le samedi suivant mes beaux-parents
vociféraient comme des bêtes dans un appartement
où nuls cris hormis des vagissements n'avaient jamais
retentis. Je comprenais leur chagrin. Je comprends la colère
mais pas la haine et la méchanceté et encore
moins la fausseté de tenter de m'extorquer la promesse
enrobée d'excuses auxquelles nul ne croyait de taire leurs
insultes. Je n'aurais jamais dû prendre le parti d'oublier.
On n'oublie pas qu'un jour on a dû invoquer le souvenir de
son père pour ne pas se lancer dans le vide. Ils l'ont
payé au prix fort et je n'en ai aucun regret,
c'était le prix de ma survie. La suite s'est
délitée avec la même
régularité. Au troisième jeudi, maman
est parti ; alors ma famille a su me montrer avec brio que nul
n'était à l'abri de ces prestations aussi nulles
que dramatiques. D'elle, il ne reste que ma zomozygote, le reste s'est
perdu dans les cimetières et dans quelques bassesses bien
senties qui, même regrettées par ceux
qui les ont prononcés m'ont appris à ne compter
que sur moi-même. Qu'il est difficile de croire à
la fraternité quand le seul geste dont est capable votre
frère n'est pas d'être à l'enterrement
de votre époux mais de vous envoyer une lettre
recommandée pour préserver ses
intérêts. Qu'il est douloureux de
s'entendre dire devant le cercueil de sa mère que de votre
douleur on en a rien à foutre. Instants
surréalistes de bêtise et de drame où
l'on s'aperçoit que votre histoire d'être
concomitamment veuve et orpheline, en plus de vos trois mômes
à charge, suscite la jalousie en ce qu'elle estompe le
chagrin de ceux qui n'en ont perdu qu'un des deux. Enfin c'est ce que
j'en ai compris du fond de l'endroit où j'étais,
à moins qu'il ne s'agissait que de fuir la charge que je
représentais pour eux. Peu importe, cela a eu le
mérite de ne pas entretenir de mensonge. J'ai vu les murs de
ma vie qui tombaient l'un après l'autre et ceux sur qui je
pensais pouvoir compter se dresser comme des concurrents : qui veut sa
part de succession, qui veut son quota de reconnaissance post-mortem.
Moi je me foutais des deux et c'était tant mieux parce que
je n'étais pas état de lutter, seulement de me
terrer. Je n'ai pas crié, je n'ai même pas
protesté, je suis juste devenue plus solitaire que jamais.
Je m'aperçois aujourd'hui j'aurais pu faire autrement. Il
m'aurait suffit de pleurer haut et fort et d'en appeler bruyamment
à la pitié, à la fraternité
et à la charité. Je leur aurais donné
un beau prétexte pour vaincre leur gêne, effacer
leurs remords. Mais la vie ne m'a pas armée ainsi. Sans
aucun autre dessein que celui de parvenir à survivre,
j'étais bien incapable de faire semblant d'avoir besoin
d'eux. Alors c'est loin d'eux que j'ai réuni les bouts
épars qui constituaient ma vie d'alors. Pas assez haineuse
pour être misanthrope mais trop
échaudée pour compter sur personne d'autre que
moi-même. Jamais je n'ai cédé. Jamais
je n'ai appelé à l'aide, jamais je n'ai
demandé du secours ou même une simple
écoute. J'ai quasiment enterré le
téléphone et mes amis me voient fort peu. Je ne
crois pas m'être souvent plainte. J'ai pas dit à
grand monde combien c'est difficile parfois d'être seule avec
trois enfants, combien on a peur de ne pas être à
la hauteur, de se laisser dépasser, de ne plus rien
contrôler ; j'aurais eu bien trop peur que l'on prenne cela
pour une demande d'entraide ou que l'on s'apitoie sur moi. Je sais bien
que parfois la corde est trop tendue, que les angoisses
m'étreignent et que quand j'envisage mon avenir le sommeil
me fuit mais de cela, je ne me souviens pas en avoir parler
à quiconque. Je ne me méfie pas des gens. Je ne
suis pas spécialement suspicieuse. Je ne peux pas dire que
je ne fais pas confiance. J'ai simplement appris à survivre
sans offrir de prises, en craignant que s'instaure la moindre
dépendance. Je n'ai fait peser sur quiconque la
misère de ma vie. Et nul ne pourra me navrer comme ceux en
qui je croyais l'ont déjà fait. Je donne le
change en presque toutes circonstances et je ne pense pas qu'il vienne
à l'esprit de qui ce soit de me plaindre.
Dix années ont fait plus que me dessiller. J'ai appris la
douleur, la peur, le désenchantement, et la force aussi.
Celle de n'avoir besoin de personne et de continuer à vivre
malgré mes cercueils, celles de redécouvrir le
monde sans les yeux de celui que j'aimais. Ma vie ne ressemble plus en
rien à celle qui était la mienne une
décennie avant. Et parfois le soir quand j'ai le moral en
berne et que je mesure le temps passé je sais bien que le
plus insupportable est de n'être plus aimée. Alors
je prends un café au lait, je me félicite d'avoir
un enfant malade et je vais câliner ceux que j'aime.
mardi 21 février 2006
Mauvaise grâce
Par Veuve Tarquine le mardi 21 février 2006, 01:26
Queuter toute la matinée pour aller chercher un colis.
Pas envie.
Pourtant il va être content Tarquinet de recevoir un cadeau
de Papi et Mami.
Tarquinette aussi était contente quand elle l'a
reçu son colis.
Pour son anniversaire à elle.
Tarquinou aussi il aime bien recevoir des colis.
Mais Tarquinou, lui, n'en a pas.
Quand c'est le jour de son anniversaire.
C'est comme ça...
Cela a au moins le mérite de me rappeler que pour
être excessives mes colères n'en sont pas
moins fondées.
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jeudi 16 février 2006
Cambriole d'apaisement
Par Veuve Tarquine le jeudi 16 février 2006, 01:13

D'assoupie, ma chaudière est tombée en catalepsie s'accordant ainsi à la température de mes humeurs. A moins qu'elle n'ait que pour seul dessein que de m'offrir une judicieuse raison d'ouvrir ma couche à son petit corps chaud. Avisé de cette exceptionnelle faveur il s'écrie un enthousiaste "génial" en sautant comme un cabri. Alors charmée de ses yeux, de son sourire et de sa grâce je ne peux que lui dire que " je l'aime et que je l'aimerai toujours". Ôtant sa tétine c'est la voix aussi grave qu'un Giscard à la télé qu'il déclame un" je teu aime maman" me faisant croire un instant que de telle sentences se gravent dans le marbre des constitutions. Dans le friselis des gouttes de pluie qui ruisselle sur la verrière, le cœur en vrac mais si soigneuse de mon trésor, je vais doucement m'étendre contre ses trois ans et ses si précieuses certitudes profitant de son sommeil comme d'autres useraient de somnifères. Les grands lits sont tellement froids parfois.
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mercredi 15 février 2006
Coeur de glace
Par Veuve Tarquine le mercredi 15 février 2006, 17:44

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L'insomnie à la chaudière assoupie
Par Veuve Tarquine le mercredi 15 février 2006, 03:25
Une nuit qui s'étire à n'en plus finir. Peut-être pour mieux savourer les derniers soupirs de cette Saint-Valentin, pinacle de mes détestations, journée honnie entre toutes celles des réjouissances obligées et vénales, une journée, plus que toutes les autres années, ô combien détestable. Je n'ai plus que mes fantômes à aimer sans regrets, odieuse satisfaction de savoir que les larmes qu'ils suscitent ne le sont que pour le bonheur passé. Eux n'ont plus qu'à m'offrir le souvenir de leur indubitable amour, dernière certitude dont on se repaît dans la solitude des nuits sans lune. Quand la chaudière s'est tue faute de carburant et que la température descend inexorablement, cela tient toujours plus chaud qu'un présent en lambeaux où la seule source de chaleur est le souffle lent et cadencé de ses enfants endormis sous les couettes. Ne croyez pas ceux qui vous disent que le froid est un bon anesthésiant, ce sont des bonimenteurs. Même à pierre fendre, la douleur est mordante.
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vendredi 27 janvier 2006
De la proximité et de son absence
Par Veuve Tarquine le vendredi 27 janvier 2006, 00:04
D'aussi loin que je me souvienne je me suis sentie toujours loin de mes
congénères. Pas très loin, pas mieux,
ni moins bien. Juste un peu ailleurs. Si le décalage
n'était pas très grand, il a toujours
été constant. Petite c'était celui
d'être deux et, fortes de nos convictions, de tenir
tête aux adultes. A 15 ans, je
désespérais d'être comme toute les
filles de ma classe qui semblaient donner un sens à leur
existence en s'abîmant dans la contemplation de tel ou tel
joueur de tennis avant de brailler l'air inspiré sur de la
mauvaise musique synthétique. J'ai bien fait un peu semblant
d'être comme elles mais trop prompte à
m'encolérer de vermillon avant de descendre en flammes
l'abruti qui s'imaginait pouvoir faire un exposé sur
Homère sans en avoir lu la moitié d'un vers, je
n'ai jamais abusé personne bien longtemps... Je
dois reconnaître que l'université et ma
vertigineuse rencontre avec le droit m'ont procurée quelques
accalmies, comme si par le truchement de cette matière
j'avais enfin découvert que ceux qui m'entouraient
n'étaient finalement pas si différents de moi.
Mais comme on ne refait pas, j'ai petit à petit repris mon
habit de loup solitaire. Je soupçonne que l'inconsistance et
l'insipidité chronique des relations amoureuses avec les
garçons de mon âge n'étaient sans doute
pas étrangères à ce sentiment
d'être différente, parfaitement incapable que
j'étais de me satisfaire de ces joies
médiocres.
Et puis, là où je ne l'attendais pas Tarquin est
entré dans ma vie. Ce fût ensuite une
autre histoire. Une histoire d'amour, une vraie. Loin des
clichés, des idées reçues et des
formules tout faites. Si je ne me suis jamais départie d'un
certain sentiment d'étrangeté envers autrui, je
n'en ai plus jamais souffert. Entre mon formidable bonhomme et mes
trois marmots, le monde aurait pu tourner à l'envers que je
ne l'aurais peut-être pas senti. Sauf que c'est mon
monde à moi qui s'est mis à tourner à
l'envers, et que j'ai découvert alors ce que signifiait la
douleur.
J'ai trop pansé mes plaies en solitaire pour ignorer que ce
qui était vrai à 7 ans l'est encore
trente et quelques années après. Cela je le sais,
je le sens au plus profond de moi. Pourtant entre 7 ans et trente et
quelques années plus tard, la différence est
démesurée, insondable. C'est celle de n'avoir
plus personne dont je me sais indéfectiblement proche. Ceux
qui me savaient, qui comprenaient, qui m'acceptaient ainsi. Ceux qui se
tenaient loin des jugements et des leçons de maintien, ils
sont partis, tous morts et enterrés. Je n'ai pas l'impression
d'avoir beaucoup changé mais ce gouffre là,
putain qu'il est profond.
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mardi 10 janvier 2006
Soirée en solitaire
Par Veuve Tarquine le mardi 10 janvier 2006, 21:40

Le nez dans le guidon, ce n'est qu'à huit heures que je l'ai
levé du dossier dans lequel j'étais
plongé, avertie par un léger gargouillis stomacal
de l'heure déjà nocturne bien que
vespérale.
Pas de cris, pas de stylos à récupérer
des mains du petit dernier, pas de perles qui crissent sous le papier,
pas de télé, pas d'ordi. Rien. Le silence.
Un coup de fil plus tard me voilà effondrée au
prétexte que ma tranquillité est
assurée pour la soirée : erreur de
compréhension ou inattention de ma part : ce
soir, les Tarquinets se font dorloter par Tata.
Et me voilà comme une âme en peine,
hésitant même un instant à aller les
chercher quand je pourrais me féliciter d'avoir la paix et
le temps d'un cinoche ou celui de terminer mes recherches ou d'aller
musarder dans Paris, l'objectif en goguette.
Mais moi, je voulais finir de leur lire le Petit Prince ce soir ! Et
aussi le livre du caca. Et puis je voulais leur faire des
câlins et aussi des chatouilles et puis des bisous. Beaucoup
de bisous.
Alors j'ai raccroché bêtement mon
téléphone complètement
décontenancée d'être sans ma marmaille,
pas même convaincue qu'épuisée comme je
suis aujourd'hui, avoir un soir de relâche, serait-il
même imprévu, ne peut m'être que
bénéfique.
Il est vrai que j'aurais été peut-être
irritable avec ma fatigue en valise — voire
exécrable si je pèse le poids de ce bagage. Mais
une chose est sûre, j'aurais trouvé
l'énergie de ne pas me laisser envahir par cette gluante
mélancolie qui m'empoisse depuis deux jours.
Demain matin j'irai au cimetière et, même si je
sais combien cela est vain, je lui dirai bonne année.
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vendredi 30 décembre 2005
Les histoires d'amour finissent mal...
Par Veuve Tarquine le vendredi 30 décembre 2005, 09:17
... en général
Ultime journée, que ce soit au boulot ou avec celui que j'appelais mon secret.
Pour l'heure j'ai quitté le second mais pas encore le premier, alors je vais m'abrutir dans les derniers dossiers à traiter.
Je remets l'inventaire de mes abattis à l'année prochaine.
jeudi 17 novembre 2005
Liquide vélocypédie
Par Veuve Tarquine le jeudi 17 novembre 2005, 22:22
Certains parlent de blues ou de spleen. Moi j'ai la chiale comme
d'autres auraient la haine.
Cela commence par un froid glacial ; de ceux qui vous terrassent de
frissons au chevet même d'un radiateur. Et puis
bêtement, au décours d'un coup de fil ou d'une
lettre de transmission, cela commence à crouler,
à s'écrouler puis à couler. Les yeux
liquides et la voix sourde on s'aperçoit alors de
l'étendue des dégâts : "non, le moral,
c'est pas folichon". Alors il faut tenir, fermer les
écoutilles, tenir son rang et faire semblant. Moi, c'est sur
mon vélo que je baisse ma garde, trajet volé
à ma vie trop remplie durant lequel je suis scrupuleusement
seule. Moi c'est sur mon vélo que je chiale mes maux. J'ai
la chiale comme d'autres auraient la haine alors j'y pleure comme une
Madeleine. Je chiale ce que je ne confie plus à quiconque et
puis tout ce que j'ai voulu dire sans y parvenir. Je chiale
aussi le plaisir de ceux qui prennent tant de soin à vouloir
faire du mal. Je chiale aussi ma vie et ce qu'elle est devenue, cet
immense champs de ruine dont je m'interdis dorénavant de
parler. Je chiale mes parents et mon mari, je leur en veux aussi
d'avoir été les seuls à qui j'aurais
peut-être dit combien j'ai mal. Je chiale comme un
môme, comme un ouragan, comme une folle à lier. Je
chiale tout ce que je ne peux plus confier à ces feuillets,
tous ces silences dans lesquels je me suis claquemurée,
toutes ces tristesses bien ensevelies. Quelle est lourde cette solitude
sans laquelle je ne sais plus vivre.
mercredi 16 novembre 2005
Il paraît que 7 ans c'est l'âge de raison.
Par Veuve Tarquine le mercredi 16 novembre 2005, 22:42
Ce soir, j'ai appris que nous étions le 16.
Moi, je croyais que nous étions le 15.
Le 15 c'était l'anniversaire de ma maman.
Donc hier, je n'ai pas pensé à elle puisque je
pensais que nous étions le 14.
En revanche et parce que j'ai appris que nous étions le 16,
je n'ai pas eu le temps d'ignorer l'anniversaire de ma fille.
Elle était à table, éperdue de paroles
et perdue dans ses cheveux et moi, je la trouvais belle.
Pas raisonnable du tout mais belle !
Aussi belle que le bébé potelé qu'elle
était au point de sa vie.
Et comme les souvenirs ne restent pas sagement à la place
qu'on leur assigne, certains d'entre eux sont sortis du bois.
Qu'ils étaient fameux ces éclats
d'hilarité qui ont présidé sa
naissance.
Une puéricultrice collante et nunuche qui s'obstinait
à penser que nous allions prénommer notre
Tarquinette Germaine, se faisait la conservation à
elle-même. A telle enseigne qu'elle ne nous permettait, pour
toute intimité, que de se contenter d'échanger
des regards aussi complices qu'amusés.
Les yeux vissés l'un à l'autre mon Tarquin
devinait au battement de mes cils mes premières
contractions. Navré d'impuissance dans cette vaste
entreprise, mon mari s'emparait alors du seul instrument qui
lui soit autorisé : une vulgaire bouteille d'eau
pressurisée que j'avais apportée en
prévision d'une hypothétique canicule !
Émue par sa sollicitude je n'osais refuser son aide de sorte
qu'à chaque froncement de sourcils je hochais vigoureusement
du chef quand fusait son « un petit coup de pschiitt -
pschiitt ? ».
En l'an de grâce 1998, le mois de novembre était
de saison de telle façon que la température du 16
courant était, comme aujourd'hui, plutôt
fraîche.
Étant par nature singulièrement frileuse, je me
retrouvais après quelques aspersions frissonnante sous un
mince drap d'hôpital, les lèvres bleuies de froid
mais forte d'une irrépressible envie de rire.
Tarquin qui lisait en moi comme dans un livre pour enfant
découvrit et partagea immédiatement le comique de
la situation.
C'est ainsi qu'en attendant Germaine, bercés par un
soliloque haut-perché, nous partageâmes la plus
mémorable de nos crises d'hilarité :
l'anesthésie à coup de pschiitt - pschiitt.
C'est peut-être pour cela qu'elle aime tant rire ma
Tarquinette.
Pour tous ces rires partagés dont le souvenirs me fait
encore pleurer aujourd'hui.
Bonne anniversaire ma Tarquinette adorée (je ne lui dis pas
trop fort car la fête est pour samedi !)
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vendredi 9 septembre 2005
Cafard
Par Veuve Tarquine le vendredi 9 septembre 2005, 21:43

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jeudi 8 septembre 2005
Larmes homicides
Par Veuve Tarquine le jeudi 8 septembre 2005, 22:42
Ce chauffeur ignorera à jamais qu'il a
frôlé la mort. Étranglé de
mes blanches mains sans faillir ni faiblir, sans aucune autre
pensée que celle de l'achever. Anéanti pour avoir
haussé le son d'une radio parisienne qui gueule et qui vomit
de mauvais airs dans le vent. Cochonnerie de sono qui me
déverse dans les oreilles une pauvre chansonnette
feulée par un mec qui fait rimer "histoire" et
"désespoir" sur un piano gluant façon Richard
Clayderman. De ces chansons maudites où grincent des "Je
t'aime" dans un refrain convenu.
Et moi je suis comme une conne, pétrifiée
d'émotions, la gorge trop serrée pour lui
demander de se taire, ramassée sur moi-même pour
empêcher mes yeux de se noyer, mon nez de
dégouliner et ma bouche de trembler. Échec. Je me
liquéfie.
Naufrage puis l'escalade. Celle des jours où l'on croit
qu'on va mieux et où l'on en paye le prix : Pas l'ombre d'un
mouchoir en papier dans mes innombrables besaces. Pas plus que de
lunettes de soleil pour planquer mes yeux rougis. Je n'ai pas
même l'excuse du pollen judicieusement allergène.
septembre est définitivement une saison de merde.
Je ne l'ai pas occis ce chauffeur de taxi, j'ai juste regardé
défiler Paris derrière un écran
liquide en pleurant mon mari et puis un peu ma vie. J'ai
payé l'air de rien, comme si je n'avais pas le visage
ravagé, et puis je me suis enfuie loin de ses chansons
pourries.

Toute la journée elles m'auront hantée. Ce soir
c'est jusque dans le fond d'un train corail que je planque mes pleurs,
un grand bouquet de fleurs en équilibre près de
moi, touchante attention de clients au sortir d'une cour de
province. Je surprends le regard d'un voisin de train. Je
comprends de la conjonction de mes larmes et de cette jolie
gerbe, qu'il devine une solennelle rupture, de celles dont on vous
aménage le souvenir en les agrémentant de fleurs
pour les rendre plus supportables. J'essaye de m'en amuser. Mais
ça ne m'amuse pas. J'aimerai tenir mes souvenirs au loin.
Mais je n'y parviens pas et je me fais terrasser encore une fois.
J'aurais dû l'étrangler. Encore qu'aujourd'hui,
sans mouchoir en papier, sans lunettes de soleil et sans pollen, je suis
devenue experte pour défaire ma barrette et faire un
écran de mes cheveux.
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lundi 20 juin 2005
Juin, particulièrement.
Par Veuve Tarquine le lundi 20 juin 2005, 23:46
Saveur singulière — C'était le mois des
examens, le mois où j'étais certaine d'avoir tout
raté, où je n'avais plus qu'une idée
en tête c'était que tout soit enfin
terminé pour pouvoir fuir comme une
dératée vers la session musicale de Saugues
début juillet.
Plus tard, c'était le mois des projets, celui où
l'on savait que l'été allait bientôt
nous emporter vers le sud et nos habitudes. Celles d'être
ensemble et de nous retrouver là où
nous nous étions rencontrés.
Puis, c'était le mois des ballades, celles où
nous partions avec notre marmaille au grand complet pédaler
en Forêt de Rambouillet, le mois où l'on gonflait
la piscine dans le grand jardin de la demeure.
« Maman, en ce moment je pense beaucoup à Papa
» me dit Tarquinette.
« Moi aussi » ajoute Tarquinet.
Juin, c'est le mois où je leur réponds,
« Je sais bien — Je le sens bien » et
où j'essaye de leur changer les idées.
Juin, c'est le mois où j'ai toujours peur de tout rater.
Juin a toujours une saveur particulière, celle de savoir que
désormais plus aucune coupure ne pourra me faire oublier mes
tourments.
Longtemps, j'ai cru que ce qui m'avait le plus sûrement
envahi à la mort de Tarquin l'aimé
était la colère. Je me trompais.
En juin, je sais que c'est la peur qui
me tient au ventre.
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samedi 21 mai 2005
La guigne...
Par Veuve Tarquine le samedi 21 mai 2005, 19:15

Déjà ce matin, le CD censé ressusciter mon VAIO est demeuré muet... et en tout état pas suffisamment costaud pour le ranimer... « Je vous en envoie un autre » m'a-t-on dit. Bon j'attends... de toute façon au point où j'en suis, je n'en suis plus à une semaine près.
Comme la journée commençait mal et que je craignais de ne pas parvenir à fuir mes démons, je pensais pouvoir protéger mes marmots de ma ténébreuse morosité persistante en m'ensauvant loin d'ici. Branle le bas de combat on décide de passer la journée à Thoiry ! On mangera là-bas ! On mangera n'importe quoi, et même de la barbe à papa ! On prends les appareils photos, un biberon, deux couches et on file. J'ai fait trois mètres.
Le temps de m'aperçevoir que j'avais un pneu à plat.
J'ai compris comment sortir la roue de secours, j'ai débusqué, extrait et débloqué ce putain de cric puis je me suis en tête de comprendre où il pouvait bien se poser (le mode d'emploi de la voiture a beau être en italien, j'ai quand-même compris qu'ils n'envisageaient à aucun moment de manier un cric pour changer une roue...)
Je commençais à me résoudre à demander de l'aide quand un charmant voisin est passé et m'a expliqué que c'était sur l'aspérité-là qu'il fallait le placer (les italiens apprennent-ils à manier le cric au berceau pour se dispenser de signaler ce surprenant logement ?).
Malheureusement tout s'est arrêté là : les écrous sont vissés tellement serrés qu'ils ont été impossible à retirer, mon charmant voisin y a laissé une clef "à rallonge" qu'il a refusé que je lui rembourse et le garagiste m'attend lundi matin, avec, sans doute, non plus une roue a réparer mais un jeu de pneu-avant à changer...
Au point où j'en étais, après avoir affronté la déception des tarquinets et m'être résolue à ne même pas savoir changer une roue toute seule, je me suis dit que c'était le moment où jamais de remettre les pieds au cimetière que j'ai fui depuis de longs mois et d'aller admirer les plantes crevées qui ne manqueraient pas d'ornementer le dernier refuge de mon Tarquin.
Et bien, les plantes ont survécu, elles... super !
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mardi 10 mai 2005
Où l'on reparle de la Chèvre de Monsieur Seguin qui s'est fait manger au matin
Par Veuve Tarquine le mardi 10 mai 2005, 01:32
« Mais qui vous demande de vous battre comme La Renaude ? +
La Blanquette voulait se laisser manger de suite mais en pensant à la Renaude elle s'est battue toute la nuit.
Parfois, moi aussi j'ai peur et j'ai envie de baisser les bras, parfois je me dis aussi que la tâche est trop lourde et que je n'y arriverai pas. Parfois j'ai même envie de m'allonger et de tout abandonner.
Alors, je me dis aussi qu'il faut juste tenir la nuit, le temps de mettre mes tarquinets à l'abri, et puis, à l'heure du coq, je pourrais me laisser choir.
lundi 9 mai 2005
Où l'on trouve le soir ce qui point le matin
Par Veuve Tarquine le lundi 9 mai 2005, 00:04

Tout a commencé ce matin quand je cherchais un CD
à graver. Il était tellement propret qu'il me
semblait vierge alors je m'en suis emparée. Une fois
avalée par l'ordinateur j'y ai découvert des
fichiers.
Comme si chacun savait ici, les bruits de la
télé, les rires et les pleurs d'enfants se sont
tus. Alors telle une messe dominicale a retenti un air connu, une
musique d'été et de cigale et ont jailli par
milliers des odeurs, des sourires des rires, des bonheurs et des joies.
C'était la compilation qu'il avait
préparée pour l'été 2003,
celui qui nous avait tellement enchantés qu'on disait qu'il
était le plus beau alors que nous ne savions même
pas que c'était le dernier.
J'ai pris ma marmaille sous le bras pour investir d'autres champs de
bataille. Celui des souvenirs est jonché de trappes bien
trop délétères pour que je m'y
aventure.
Paris mon amie, Paris ma belle nous voici ! Je lâche mon
escadron dans le Jardin des Plantes, à la
section Ménagerie.
Évidemment que nous y sommes déjà
allé en sa compagnie même si j'avais fait cru
pouvoir l'oublier. Alors au lieu de regarder ils m'ont
demandé que je leur raconte ce que nous avions vu dans le
temps où ils étaient petits et que papa
étaient là, avec eux.
Parvenus au Pavillon des Reptiles j'ai juste eu le temps
d'empêcher Tarquinette de lancer toutes ses
économies aux poissons rouges de l'entrée. Elle
m'a expliqué qu'elle voulait y jeter toute sa fortune pour
faire un voeux d'importance puisqu'elle voulait que Papa revienne !
Mais moi je sais bien que les voeux, même les plus
précieux, n'en ont rien à faire des coeurs de
petite fille ! Alors je lui ai conseillé de ne jeter
à l'eau que sa plus petite pièce de monnaie parce
que les voeux "ça marche pas" et Papa
c'est seulement dans son coeur qu'il sera.
Enfin, ce soir, encore inspirés par tous ces animaux
salués, ils se sont assis dans le grand lit et je leur ai lu
la chèvre de Monsieur Seguin
:
« - Mais, malheureuse, tu ne sais pas qu'il y a le loup dans la montagne... Que feras-tu quand il viendra ?...
- Je lui donnerai des coups de cornes, monsieur Seguin.
- Le loup se moque bien de tes cornes. Il m'a mangé des biques autrement encornées que toi... Tu sais bien, la pauvre vieille Renaude qui était ici l'an dernier ? une maîtresse chèvre, forte et méchante comme un bouc. Elle s'est battue avec le loup toute la nuit... puis, le matin, le loup l'a mangée. »

« La chèvre entendit derrière elle un bruit de feuilles.
Elle se retourna et vit dans l'ombre deux oreilles courtes, toutes droites, avec deux yeux qui reluisaient...
C'était le loup.
Énorme, immobile, assis sur son train de derrière, il était là regardant la petite chèvre blanche et la dégustant par avance. Comme il savait bien qu'il la mangerait, le loup ne se pressait pas ; seulement, quand elle se retourna, il se mit à rire méchamment.
- Ah ! ha ! la petite chèvre de M. Séguin ! et il passa sa grosse langue rouge sur ses babines d'amadou.
Blanquette se sentit perdue... Un moment, en se rappelant l'histoire de la vieille Renaude, qui s'était battue toute la nuit pour être mangée le matin, elle se dit qu'il vaudrait peut-être mieux se laisser manger tout de suite; puis, s'étant ravisée, elle tomba en garde, la tête basse et la corne en avant, comme une brave chèvre de M. Séguin qu'elle était... Non pas qu'elle eût l'espoir de tuer le loup, les chèvres ne tuent pas le loup, - mais seulement pour voir si elle pourrait tenir aussi longtemps que la Renaude...
Alors le monstre s'avança, et les petites cornes entrèrent en danse.
Ah ! la brave chevrette, comme elle y allait de bon coeur! Plus de dix fois, je ne mens pas, Gringoire, elle força le loup à reculer pour reprendre haleine. Pendant ces trêves d'une minute, la gourmande cueillait en hâte encore un brin de sa chère herbe ; puis elle retournait au combat, la bouche pleine... Cela dura toute la nuit. De temps en temps la chèvre de M. Séguin regardait les étoiles danser dans le ciel clair et elle se disait :
- Oh ! pourvu que je tienne jusqu'à l'aube...
L'une après l'autre, les étoiles s'éteignirent. Blanquette redoubla de coups de cornes, le loup de coups de dents...
Une lueur pâle parut dans l'horizon... Le chant du coq enroué monta d'une métairie.
- Enfin ! dit la pauvre bête, qui n'attendait plus que le jour pour mourir ; et elle s'allongea par terre dans sa belle fourrure blanche toute tachée de sang...
Alors le loup se jeta sur la petite chèvre et la mangea. »

Et moi je me suis mise à pleurer toutes les larmes de mon
corps parce que je sais bien que je suis comme la Blanquette qui veut
faire comme la Renaude.
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vendredi 25 mars 2005
Quand le passé est présent, le "je" devient "on"
Par Veuve Tarquine le vendredi 25 mars 2005, 00:58

Je les regarde grandir en pensant à lui.
Curieuse sensation où je les vois perdre leur traits enfantins pour prendre qui les yeux, qui le nez, qui le rire de leur papa.
Je reconnais la courbe d'une joue, le dessin d'une oreille et même la forme d'un crâne.
Et moi, je ne sais toujours pas dire « je », j'use du « on » à foison, pronom indéfini qui me permet d'associer indéfiniment "Papa" aux prises de décisions et aux félicitations. En revanche, toute forme de réprimande ne s'articule qu'exclusivement à la première personne du singulier. « Je ne suis pas contente ».
Je leur raconte ses histoires, ses bêtises, ses drôleries, et surtout l'immense amour qu'il leur portait.
Ils rient, pleurent parfois, mais en redemandent toujours.
Le temps s'est arrêté un après-midi de septembre avec son cœur dans une chambre d'hôpital. Il reste ses histoires, ses bêtises, ses drôleries et son amour.
Il ne reste plus que cela.
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jeudi 3 mars 2005
Père et fils
Par Veuve Tarquine le jeudi 3 mars 2005, 23:48
Ils ne se connaissent quasiment pas.
L'un a disparu,
L'autre l'a oublié.
Il ne se souvient pas de lui
ou si peu.
Et puis quoiqu'il en soit, il oubliera.
Il grandira sans lui,
alors qu'ils s'aimaient tant.
Il appelle tous les hommes « papa »
quand le sien était vraiment unique...
Ils ne le savent pas mais moi je vois.
Je vois bien qu'ils ont le même sourire
qu'ils ont le même rire,
qu'ils savent les mots pour me faire rire,
et les mots pour me séduire.
Je sais bien qu'ils ont tous deux compris que je résiste moins aux sourires coquins qu'aux déclarations de guerre.
Ils ont la même joie, et ce même génie de la bêtise.
Ils savent quérir un regard complice au lieu de récolter un éclat de colère.
Ils ont le même goût de la comédie et la même malice.
Ils ne connaissent plus mais moi je sais bien qu'ils sont père et fils.
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lundi 28 février 2005
Cœur en vrac.
Par Veuve Tarquine le lundi 28 février 2005, 21:36
Cœur en vrac.
En petits morceaux qui s'éparpillent.
Je ne parviens même pas à leur en vouloir de m'avoir laissée.
Ils m'ont tellement aimée...
Jusqu'au bout.
Ils m'ont couverte d'amour et puis ils s'en sont allés.
Un à un.
Inexorablement.
papa, maman, nounet.
Tous partis.
Je m'en voir au fond d'un livre s'il existe des vies meilleures.
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lundi 14 février 2005
Saint-Valaprout
Par Veuve Tarquine le lundi 14 février 2005, 22:48

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